"Make Wall Street great again, make dollar weak again ! "

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(Crédits : ERIC THAYER)
OPINION. « Faites de la Bourse de Wall Street une championne à nouveau, affaiblissez à nouveau le dollar ! » Avec l'arrivée à son terme du mandat de Donald Trump, l'heure des comptes approche. Pour balayer les critiques qui lui seront adressées quant à sa politique internationale, la situation sociale aux USA, sans parler de sa gestion de la Covid, ce dernier voudra mettre en avant la santé insolente des sociétés américaines cotées en Bourse. Qu'en est-il en réalité du rallye du Dow Jones, alors que l'économie mondiale sort groggy d'une crise sanitaire sans précédent ? Par Pierre Gruson, Responsable du MSc Banking & Finance Kedge Business School, Bordeaux (*).

Avec les indices boursiers, on se pose toujours la même question : est-ce que les indices boursiers sont représentatifs de la bourse, est-ce que la bourse est représentative de l'économie ? On peut en douter, aux USA, comme en Europe ;

Est-ce que le succès planétaire des GAFAM ruisselle sur les entreprises américaines ? Rien n'est moins évident comme en témoigne le déficit de leur commerce extérieur ;

Est-ce que nouveau monde enterre l'ancien ? Tesla vaut aujourd'hui en bourse plus de dix fois Ford ou General Motors. Ces deux opérateurs historiques auront été l'emblème de la domination américaine au vingtième siècle. Ils sont aujourd'hui les poids morts des fonds de pension, qui leur préfèrent une société qui se négocie mille fois son bénéfice (ratio P/E, 3 sept 2020).

Baisse de pouvoir d'achat des ménages américains

Cette bulle financière intervient au moment opportun pour le président américain. Voici un indicateur simple, comme il les aime. Lors de son élection, en novembre 2016, l'indice boursier Dow Jones était à 21.000 points. Si l'on fait exception du trou d'air en bourse constaté au mois de mars 2020 (plus bas à 18 591 points), l'indice caracole aujourd'hui entre 28.000 et 29.000 points. Dans un tweet du 2 sept, D. Trump s'est déjà approprié la paternité exclusive de cette hausse de près de 40%.

Ce succès apparent doit être remis en perspective. Au cours de cette même période, le dollar a baissé de 15%. On cote aujourd'hui environ 1.19 dollar/euro, alors qu'on était proche de la parité (1.04 dollar/euro), juste après son élection. La baisse de pouvoir d'achat des américains est importante. Même si bon nombre de marchés internationaux sont libellés en dollars (matières premières, énergie, aéronautique, etc.), on observe que les cours de ces marchandises en dollars progressent, lorsque le dollar diminue. Les autres devises sont épargnées. Mais les républicains US n'en démordent pas depuis la fin du système de Bretton Woods : « le dollar est notre monnaie et votre problème » John Connaly, 1971, secrétaire au Trésor sous R. Nixon. Pour une analyse plus détaillée du taux de change à long terme dollar vs euro, voir l'article publié par La Tribune en août 2017 : « le dollar faible, une histoire de républicains ».

Lire aussi : Le dollar faible : une histoire de Républicains ?

Un dollar qui s'équilibre sous Obama

C'est une constante historique observée depuis près de cinquante ans. A chaque mandat d'un président républicain, le dollar perd de la valeur. Les politiques mises en œuvre reposent sur la dévaluation compétitive de la monnaie. C'est ainsi que Donald Trump consolide sa base électorale des milieux agricoles en facilitant leurs exportations. Le secteur pétrolier, autre grand bailleur de fonds du président dans sa campagne, n'aura pas eu la même chance. L'effondrement du cours du pétrole ne permet plus au pétrole issu du gaz de schiste (fracking) d'être rentable. Suite à la crise sanitaire, le cours du pétrole (WTI) a été coté à $-37.63 le 20 avril 2020 sur le marché de Chicago ! Curieusement, pas de tweet. En accusant les autres pays de sous-évaluer leur monnaie (l'euro, mais aussi le Yuan chinois), il veut occulter l'absence de compétitivité d'une partie de l'économie américaine. A l'inverse, les présidents démocrates, moins interventionnistes laissent la valeur du dollar s'équilibrer selon le marché des changes. La valeur du dollar s'est redressée au cours des deux mandats de Barack Obama (1.50 dollar/euro en 2008, 1.04 dollar/euro fin 2016).

La baisse du billet vert rabote sensiblement la performance affichée par les valeurs phares de l'économie US. En effet, dans le même temps, l'indice boursier européen Eurostoxx a progressé de plus de 10 %, tandis que l'euro s'est apprécié de plus de 15%. En dollars, c'est une progression des valeurs européennes d'environ 27%. La hausse des bourses américaine doit être relativisée. De plus, en termes de performances pures, on doit observer le couple rendement-risque et pas seulement l'évolution du cours des indices.

Sous cet angle, le jugement est encore moins favorable. La devise américaine est actuellement très volatile : 8% (pour 4% en temps « normal »). Selon la loi normale, cela signifie que la devise US aurait 70% de chances de se situer entre 1,10 et 1,26 dollar/euro sous un an. De leur côté, les prévisions relevées au travers des cotations sur les marchés à terme correspondent à une baisse régulière à moyen terme jusqu'à 1,25 dollar/euro. Donald Trump serait-il réélu ? Quant à lui, l'indice Dow Jones affiche une volatilité supérieure à 30%, pour moins de 25% en Europe. De même, la volatilité d'Apple ou d'Amazon dépassent largement 50%. Vous avez une idée du cocktail explosif que redoutent les analystes, si l'économie mondiale devait à nouveau trébucher.

La bonne santé des marchés boursiers américains est précaire, reflet d'une économie plus flexible que celle du vieux continent. L'analyse des fondamentaux de l'économie renvoie à une réalité moins positive. Pour 2020, la baisse du PIB aux USA (-7,1%) est analogue à celle constatée en Europe (-7,3%). Mais la vraie différence tient au financement de la crise. Pour 2020, le déficit budgétaire de la zone euro ressort à 10 % du PIB. 19,1% aux Etats-Unis qui sera financé par des emprunts d'Etat achetés par les investisseurs étrangers ! Les américains n'en ont pas fini avec leurs vieux démons : « Let other countries pay again ». Une contradiction de plus pour le président américain qui veut laisser croire à ses électeurs qu'ils payent toujours pour le reste de la planète.

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(*) Par Pierre Gruson, Responsable du MSc Banking & Finance Kedge Business School, Bordeaux

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Commentaires
a écrit le 09/09/2020 à 8:45 :
"T'as vu en UE c'est encore la catastrophe !?"

"Oui tu as raison, faisons vite un papier sur les états unis !"

En lisant ce type d'article j'ai l'impression de lire les trolls que je subis sans cesse tandis que j'expose une anomalie quelque part dans un domaine quelconque en UE ou ailleurs, venir me dire que ya plein d'autres anomalies partout ! Et ils ont l'air contents d'eux, tranquilles même...

L'économie mondiale a été quasiment à l'arrêt pendant deux mois et maintenant nous la faisons repartir avec les "gestes barrières" et autres masques, faut pas rêver hein c'est le marasme total et partout même si les uns font un peu moins mal et les autres un peu moins pire.

L'exemple étant la Suède qui n'a pas confiné et qui a quand même vu son économie chuter de 8%, nous sommes en pleine mondialisation de l'économie faisant que quand il y a un dysfonctionnement quelque part il se retrouve à plusieurs endroits par répercussions et on ne parle pas d'un arrêt total de notre économie là.

Épuisant.
a écrit le 09/09/2020 à 8:29 :
Point de vue intéressant qui illustre bien l'empire des chiffres

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