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Manuel Valls : « Franchement, il m'a tout piqué Macron, je vais demander les droits d'auteur »

Daniel Dobricean, les Mardis de l'Essec

Publié le 08 mars 2018 à 06:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:14

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[Entretien Vidéo] Manuel Valls, ancien Premier ministre de François Hollande, toujours socialiste mais en rupture du PS, sympathisant macroniste presque En Marche, a été l'invité le 27 février dernier des Mardis de l'Essec, dont La Tribune est partenaire. Retrouvez ici la vidéo de son intervention et le texte rédigé à l'issue par un des étudiants.

Le 27 février, les Mardis de l'ESSEC ont reçu l'ancien Premier ministre Manuel Valls. De retour de Nouvelle-Calédonie, où il s'est rendu avec les autres membres de la mission parlementaire sur l'indépendance, l'invité a eu l'opportunité de soulager son jet lag dans les désormais très reconnaissables et confortables fauteuils rouges.

Face aux étudiants, Manuel Valls a mené une opération de dédiabolisation de sa personne : « Je veux ce soir que vous reconnaissiez que j'ai une âme » a-t-il lancé. L'ancien Premier ministre socialiste avait en effet subi la réprobation d'une partie de l'opinion publique suite au soutien apporté à M. Macron pendant la présidentielle. Interrogé sur le sujet, l'invité a fait appel aux arguments habituels. D'une part, Manuel Valls a répété qu'il se sentait plus proche du candidat Macron que du candidat Hamon, qui avait remporté face à lui la primaire socialiste. D'autre part, la possibilité d'un second tour Fillon-Le Pen lui semblait « insoutenable », ce qui l'a poussé à revenir sur son engagement de départ : soutenir le vainqueur de la primaire en cas de défaite.

Déverrouillage des 35h, sélection à l'université, dédoublement des classes, service civique : Manuel Valls affirme avoir été parmi les premiers à gauche à défendre ces mesures, et ce bien avant la vague macroniste. On retrouve en effet ces idées disséminées dans des interviews antérieures à 2017. « Franchement, il m'a tout piqué Macron, je vais demander les droits d'auteur » a plaisanté l'invité à ce propos. Emmanuel Valls en manque d'amour ? Devant les étudiants, l'invité n'a pas renvoyé cette image de premier flic de France qui lui collait à la peau lorsqu'il était chef du gouvernement, avec l'utilisation répétée du 49.3. Lors de sa venue aux Mardis de l'ESSEC, Christophe Castaner, le nouveau chef de file de LREM n'avait pas manqué de souligner que « le Premier ministre Valls [avait] parfois put confondre autorité et autoritarisme ». Valls est-il réellement ce gendarme autoritaire ? Ne peut-on pas devenir une caricature de soi lorsque l'on est chef du gouvernement ? « Si, c'est possible. Le pouvoir endurcit, vous êtes dans un corset, et il est difficile d'en sortir », nous indique l'ancien Premier ministre. La gauche et l'autorité sont-elles compatibles ? À cette question, celui à qui l'on doit le virage sécuritaire de la gauche répond : « Il fallait que la gauche s'empare de la question de la sécurité. [...] Je considère qu'une société doit être en ordre et avoir des règles. »

« N'importe qui aurait échoué »

Devant les étudiants, Manuel Valls est revenu sur les polémiques marquées de son sceau : la déchéance de nationalité pour terrorisme, portée contre l'avis de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, qui a quitté son gouvernement, le burkini, un maillot de bain qui ne recueille visiblement pas les faveurs de M. Valls (« Moi, je suis plus bikini que burkini »). Et enfin, la croisade menée tambours battants contre Dieudonné : « Dieudonné est aujourd'hui à genoux, parce que c'est un antisémite et un raciste ».

Plus globalement, Manuel Valls porte-t-il un regard positif sur le bilan du quinquennat de François Hollande ? D'un côté, l'ancien Premier ministre affirmait début février : « On a échoué... Quand le président sortant ne peut même pas se présenter, que son Premier ministre est battu par un membre de l'aile gauche de son parti, que celui-ci obtient 6% des voix au premier tour de la présidentielle, que le PS passe de trois cents à trente députés, c'est un échec. » De l'autre, Manuel Valls a affirmé lors du débat que « n'importe qui aurait échoué », évoquant aussi la conjoncture du quinquennat, défavorable avec une très faible croissance. Pour l'invité, personne n'avait pris mesure de la gravité de la situation en 2012, personne ne savait l'ampleur des défis qui attendaient la France pendant ce mandat présidentiel.

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« Les nœuds de cravate de François Hollande.
J'en étais responsable en 2012. C'est un échec ».

En revanche, l'invité a volontiers reconnu l'erreur de communication du gouvernement à propos de la loi Travail. Manuel Valls concède que les Français n'ont pas été informés au préalable de l'utilisation de procédés comme le 49.3. Mais le président Macron n'utilise-t-il pas abondamment les ordonnances depuis qu'il a été élu ? « La différence, c'est que Macron avait prévenu » affirme M. Valls. Ne manquant pas d'humour, l'invité a identifié un autre point sur lequel il aurait souhaité mieux faire : « Les nœuds de cravate de François Hollande. J'en étais responsable pendant la présidentielle de 2012. C'est un échec ».

Sur un ton beaucoup moins léger, l'ancien Premier ministre a aussi été interrogé sur les volets sécurité et terrorisme. Manuel Valls a souligné le paradoxe qui existe entre le modèle démocratique français et le risque terroriste, arguant qu'il est « difficile » pour la société de sortir de l'insouciance et de prendre conscience que le pays est en guerre. Face au terrorisme, celui qui a été ministre de l'intérieur n'a pas de solution miracle. Prônant la prévention de la radicalisation, Manuel Valls avoue qu'il est excessivement compliqué de ramener dans le droit chemin un individu radicalisé. Interrogé sur les Français partis faire le djihad en Syrie et en Irak, M. Valls répond qu'il « faut éviter que ces terroristes reviennent chez nous, car quand ils sortiront de prison, ils n'auront pas changé. ».

« Vous pensez que c'est moi qui suis responsable
des 6% de Benoît Hamon ? »

Désormais apparenté au groupe LREM à l'Assemblée nationale, l'ancien Premier ministre n'est pas tendre avec ses anciens camarades du PS. « Je vous parlerai un jour de nos relations », a-t-il lancé à propos de son ancienne ministre, Ségolène Royal. Mais la palme de la phrase piquante a visé Benoît Hamon, candidat malheureux à la présidentielle. Alors que l'ancien chef du gouvernement était interrogé sur sa propre responsabilité dans le naufrage du parti socialiste, il se défend : « Vous êtes d'une méchanceté et d'une férocité absolue. Vous pensez que c'est moi qui suis responsable des 6% de Benoît Hamon ? C'est le seul candidat qui s'est planté des couteaux lui-même ! »

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Qu'est-ce que le futur peut bien réserver à M. Valls ? Selon l'intéressé, après avoir été maire, député, ministre et Premier ministre, la voie semble toute tracée : « Mon destin, c'est mon destin présidentiel »... Une autre phrase aura attiré l'attention des étudiants de l'ESSEC : « J'aime le jeu d'échecs. Ça fait travailler le cerveau, et, à la fin, on tue le Roi ». L'ancien Premier ministre fait-il référence à Hollande le roi déchu ou à Emmanuel Macron, que The Wall Street Journal comparait au Roi-Soleil en janvier dernier ?

Daniel Dobricean, les Mardis de l'Essec

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