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Netanyahou, la victoire de la peur

Photo de Ivan Best

Shlomo Ben-Ami

Publié le 31 mars 2015 à 13:18 - Mis à jour le 31 mars 2015 à 13:56

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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C'est uniquement en raison d'une peur extrême de leur environnement que les Israéliens ont porté à nouveau Benyamin Netanyahou au pouvoir. Par Shlomo Ben-Ami, ancien ministre israélien des Affaires étrangères.

Benyamin Netanyahou est probablement le Premier ministre le plus inefficace de toute l'histoire d'Israël. Ses bourdes et ses vices ont été abondamment exposés tout au long de ses neuf années passées au pouvoir. Au début de sa dernière campagne pour sa réélection, ses propres soutiens et électeurs ne pouvaient cacher leur dégoût face à son attitude égocentrique et à la conduite embarrassante de son épouse en public.

Mais au-delà des néfastes particularités de Netanyahou, Israël a consolidé son rang de pays parmi les plus inégalitaires de l'OCDE sous son mandat. Netanyahou, le plus fanatique des dirigeants néo-libéraux dans l'histoire d'Israël, a demandé aux classes moyennes et pauvres parcimonieuses de le réélire sur fond d'un coût de la vie élevé, de logements trop chers, et d'un taux de pauvreté de 21%.  Et pourtant, ils l'ont bien réélu.

Les passerelles rompues avec les États-Unis

Netanyahou n'est pas non plus parvenu à trouver d'experts en sécurité respectables pour se porter garant de son retour au pouvoir. Quelques 180 généraux et héros de guerre, dont, et il n'est pas des moindres, Meir Dagan, l'un des plus révérés dirigeants du Mossad, les services secrets israéliens, se sont réunis pour s'opposer à la réélection d'un homme qu'ils décrivent comme une menace à la sécurité d'Israël.

Il n'est pourtant pas besoin d'être une icône de la sécurité pour constater comment Netanyahou a fait sauter en éclat les passerelles qui le reliaient à la communauté internationale, particulièrement aux États-Unis, l'allié et le bienfaiteur le plus indispensable à Israël. Non seulement a-t-il ouvertement cherché à saboter les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, en s'alignant avec les opposants Républicains d'Obama, mais deux jours avant l'élection, il est soudain revenu sur son engagement pour une solution à deux Etats, la pierre angulaire de la vision de la communauté internationale pour parvenir à la paix au Moyen-Orient.

Protéger la vie avant de se pencher sur le coût de la vie

Alors, compte tenu de tous ces éléments, comment se fait-il que les électeurs israéliens aient récompensé Netanyahou par une troisième victoire consécutive au poste de Premier ministre (et qui plus est avec la victoire la plus confortable depuis sa première élection en 1996)? Très simplement parce que la grande majorité des Israéliens s'accordent avec Netanyahou sur un point fondamental : un petit pays entouré d'ennemis, dans une région chaotique d'États déchus et d'acteurs non étatiques violents, comme le Hamas, le Hezbollah, et maintenant l'État islamique, ne peut se permettre d'organiser des élections sur la base d'une plateforme socioéconomique comme s'il s'agissait d'un duché pacifique d'Europe de l'ouest.

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La pathétique tentative des opposants de Netanyahou visant à recentrer la campagne sur l'explosion du coût de la vie et des prix de l'immobilier a été facilement balayée par ce puissant message. Ne doit-on pas avant tout protéger la vie avant de se pencher sur le coût de la vie ?

L'engagement renié à créer un État palestinien

Tout comme leur Premier ministre, cet électorat toujours plus important ne fait pas confiance aux Arabes quels qu'ils soient, y compris ceux qui sont pourtant leurs concitoyens. Les Israéliens libéraux ont été choqués par l'avertissement lancé par Netanyahu le jour même des élections concernant « les Arabes qui vont voter en masse, transportés aux urnes en bus par la gauche. » Mais, pour ses électeurs, revendiquer la politique raciste de l'extrême droite européenne était une exhortation légitime à se rendre aux urnes.

Ils n'ont pas non plus été scandalisés lorsque Netanyahu a renié son engagement pour la création d'un Etat palestinien. Pour ces électeurs, les Palestiniens, qui ont refusé les propositions de paix des gouvernements de gauche ainsi que la solution globale de paix proposée par les Américains, les fameux paramètres de Clinton, ne semblent pas si véritablement intéressés par la paix.

Les élections israéliennes, une affaire tribale

Comme Netanyahou, ils pensent que le retrait d'Israël de Gaza, puis la montée du Hamas qui s'en est suivie, prouvent que chaque centimètre carré de terre qu'Israël abandonnera deviendra une base de lancement de missiles contre le pays.

Il y a cependant une autre raison à la victoire de Netanyahou. La gauche n'a pas compris que les élections israéliennes ne sont pas uniquement une histoire politique ; elles sont l'expression d'un Kulturkampf continuel dans une société ethniquement kaléidoscopique. Les élections israéliennes sont en quelque sorte une affaire tribale ; les gens votent sur la base de leur mémoire, des insultes, des sensibilités religieuses et des revendications de groupe.

Une profonde aspiration aux racines juives

L'actuelle domination politique de la droite israélienne se nourrit d'une profonde aspiration aux racines juives, d'une crainte profondément ancrée des Arabes, et d'une inflexible méfiance d'un « monde », cette soi-disant communauté internationale avec laquelle les Juifs sont depuis des siècles en conflit. Les aspirations de paix de la gauche sont perçues comme naïves, ou même une forme de démence politique (dans un cas comme dans l'autre, une impardonnable trahison de l'identité juive.)

Netanyahou a fixé tel un aimant les craintes et les complexes d'un large éventail d'électeurs endeuillés, dont les immigrants russes, les juifs orthodoxes, les Israéliens les plus traditionalistes, et les colons religieux. Que l'on soit motivé par des animosités tribales, un rejet idéologique du processus de paix, ou une distanciation culturelle des élites libérales israéliennes, quiconque s'est senti aliéné - que ce soit ethniquement, culturellement, ou socialement - a rejoint Netanyahu pour vaincre ceux qui à gauche ont usurpé l'histoire juive et trahi Eretz Israel (la terre d'Israël).

Un besoin du Monde pour sortir de l'impasse

La solution à deux États serait une tâche formidable, même si Israël n'avait pas explicitement voté contre. Mais ce serait une erreur de penser que les opposants de Netanyahu pourraient parvenir à quelque avancée, car les Palestiniens n'ont accepté aucune des propositions de paix de la gauche depuis toutes ces années ; et l'état de fragmentation dans lequel se trouve actuellement la vie politique palestinienne - que l'on peut définir par un OLP faible et inefficace et un Hamas obsédé par la trompeuse et irrationnelle option guerrière - prête peu à l'optimisme.

On ne peut s'attendre, après des années dans l'opposition, à ce que la gauche israélienne décode le labyrinthe de la vie politique israélienne et mène le pays vers un accord de paix avec la Palestine. Si les Palestiniens veulent éviter le triste destin des Kurdes, la plus grande nation sans État du monde, et si Israël doit s'extirper de cette marche suicidaire vers un Etat apartheid, les deux parties auront besoin du monde pour les sauver d'elles-mêmes. Mais le monde a-t-il la volonté, et la sagesse, d'agir ?

Traduit de l'anglais par Frédérique Destribats

Shlomo Ben-Ami, ancien ministre israélien des Affaires Étrangères, est vice-président du Centre international de la paix de Tolède. Il est l'auteur de Scars of War, Wounds of Peace: The Israeli-Arab Tragedy.

© Project Syndicate 1995-2015

Shlomo Ben-Ami

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