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Nos "partenaires" émiratis doivent respecter la législation financière internationale

Sébastien Boussois

Publié le 26 janvier 2022 à 12:49 - Mis à jour le 26 janvier 2022 à 13:24

Abu Dhabi

Vue générale d'Abou Dabi, la capitale des Emirats arabes unis.

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. L'accord trouvé entre le Qatar et les Emirats arabes unis dont certaines banques étaient accusées d'avoir mené une déstabilisation de l'économie qatarie lève un voile sur l'opacité de son système financier. Par Sébastien Boussois, chercheur spécialiste du Moyen-Orient au CECID (Université Libre de Bruxelles) et l'OMAN (UQAM Montréal).

On dit toujours qu'il vaut mieux un bon arrangement qu'un mauvais procès. Le Golfe en a été récemment encore la preuve. Ainsi, le Qatar a été rétabli dans son bon droit face à plusieurs banques émiraties qui avaient déclenché des attaques simultanées contre le système financier qatari, à la suite du déclenchement du blocus du quartet émirato-saoudo-bahreïno-égyptien, le 5 juin 2017 contre Doha.

Le Qatar a ainsi réglé une action en justice qu'il avait intentée contre Emirates NBD Bank PJSC et Abu Dhabi Commercial Bank PJSC en novembre 2020, suite à des allégations selon lesquelles les deux entités auraient tenté de dévaluer sa monnaie locale pendant la crise de 2017. Plusieurs banques basées à Abu Dhabi avaient orchestré des attaques contre l'économie de Doha lors de la crise du Conseil de coopération du Golfe (CCG) de 2017 dans l'espoir de nuire à sa capacité à accueillir la Coupe du monde 2022. C'était une véritable tentative de déstabilisation du pays dont s'est finalement relevé le pays.

Paradis fiscal

Ceci est un exemple de l'opacité totale dans laquelle Abu Dhabi mène ses affaires, déjà considéré comme un paradis fiscal phénoménal dans la région, roi du blanchiment d'argent dans le Golfe avec Dubaï, entrant et sortant régulièrement des listes noires de l'Union européenne, et menant des opérations financières en permanence à la limite de la légalité.

Les affaires se succèdent depuis plusieurs années, démasquant une confédération émiratie peu soucieuse de respecter les règles internationales de transparence financière. Pourtant, c'est un de nos partenaires économiques privilégiés, pour leur vendre nos armes, pour lutter contre le terrorisme, se battre contre l'islam politique, et continuer à croire que les Emirats arabes unis (EAU) sont le meilleur exemple de modèle de développement dans la région. Pourtant, tout est loin d'être clair : c'est même devenu une religion.

Un autre pavé dans la mare avait éclaboussé la réputation financière des EAU à l'été 2020. En effet, l'affaire de l'ancien Premier ministre malais, Najib Razak, semblait conforter la thèse selon laquelle ce dernier aurait demandé le soutien des EAU pour couvrir et blanchir un détournement d'argent de plusieurs milliards de dollars pour le compte de sa société 1MDB[1]. Déjà, auparavant, un riche financier malaisien du nom de Tek Joe, accusé du même chef, avait trouvé refuge fin 2019 aux Emirats. Razak, lui, prétendait développer des partenariats économiques pour favoriser l'investissement entre les deux pays. Aujourd'hui, 42 charges sont toujours retenues contre lui par la Malaisie.

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L'affaire des Dubaï papers

C'est la Commission de lutte contre la corruption de la Malaisie qui avait révélé l'existence pour le moins très embarrassante d'enregistrements audios datant de 2016 entre Razak et Mohamed ben Zayed (MBZ), le prince héritier et homme fort de la confédération émiratie, afin de trouver une solution et de l'aide. On y entend Najib Razak demander à MBZ une faveur personnelle afin de protéger son beau-fils. Mohammed Ben Zayed semble accepter cela dans l'enregistrement[2].

D'autres faits encore : en mai 2018, l'affaire des Dubaï papers avait secoué à nouveau la ville et révélait l'existence sans scrupules d'années de pratiques financières douteuses. Justement, ce qu'avaient révélé en 2017 les Dubaï Papers, c'était la mise en place d'un système en réalité beaucoup plus vaste de paradis fiscal à Dubaï, contre lequel Abu Dhabi s'érigera un temps en s'appuyant notamment sur le secteur militaire et l'énergétique pour sécuriser son économie et non le blanchiment.

Mais la contagion a gagné toute la confédération. Cette affaire MBZ-Razak prouve que les choses ont bien changé et que désormais, c'est l'homme tout puissant des EAU, Mohamed Ben Zayed, qui semble couvrir des scandales d'Etat de l'étranger et accueille des fonds de tout ordre, en fermant les yeux sur leur provenance et sur leurs origines.

Avec l'affaire récente de la condamnation morale des banques émiraties accusées d'avoir déstabilisé le Qatar, c'est la fin d'une nouvelle opération politique et financière totalement illégale menée par les EAU contre son rival régional, avec qui la réconciliation n'est que de façade depuis. Les tensions restent palpables et cet épisode est un exemple parmi tant d'autres de la guerre d'influence que se livre les deux pétromonarchies depuis les Printemps arabes.

Selon un rapport de Law360 publié lundi dernier[3], l'affaire a été résolue le 6 janvier 2022, après que le juge David Foxton a signé l'accord à la Haute Cour de Londres. Lors de sa première action en justice, le Qatar avait demandé plus de 100 millions de livres sterling (au moins 136 millions de dollars) aux banques émiraties après les avoir accusées de s'être "injustement enrichies" en manipulant les indices du riyal qatari à New York.

Les poursuites financières ne sont pas abandonnées

Par ailleurs, le Qatar avait accusé Emirates NBD Bank et Abu Dhabi Commercial Bank d'avoir causé des dommages à Doha et à ses citoyens en s'immisçant « illégalement » dans ses intérêts économiques avant même juillet 2017. Plusieurs autres procédures judiciaires ont été menées par le Qatar tout au long de la crise du CCG dans un certain nombre d'instances judiciaires, notamment la Cour internationale de justice, mais aussi l'Organisation de l'aviation civile internationale (OAIC) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Certaines poursuites ont été abandonnées depuis la signature de la déclaration d'Al Ula le 5 janvier 2021 de l'année dernière, qui a vu la fin de la crise du blocus contre le Qatar, mais pas les poursuites financières.

La question qui se pose clairement aujourd'hui est bien de savoir avec qui nous décidons de continuer à développer nos relations commerciales, et si nous décidons enfin d'y mettre des freins éthiques à un moment ou à un autre. Les Emirats arabes unis sont un partenaire financier et militaire essentiel de la France au Moyen-Orient. Cela n'est pas sans rappeler le débat de l'hiver dernier en France après la conclusion de la vente des 80 rafales à Mohamed Ben Zayed par Emmanuel Macron. Quand on connaît l'image d'Abu Dhabi sur la plan financier, doit-on vendre à tout prix à et n'importe qui ? La question se pose au regard de la politique menée par Abou Dhabi, dans ses frontières contre ses opposants, qui s'exporte depuis les Printemps arabes autoritairement dans l'ensemble de la région du Moyen-Orient avec nos équipements militaires. Le tout au détriment des peuples. Nous ne sommes pas naïfs mais cela doit-il continuer pour autant ? Il faut au moins pouvoir lever le voile sur la réalité émiratie.

________

[1] https://www.theguardian.com/world/2020/jul/28/1mdb-scandal-najib-razak-verdict-malaysia

[2] https://www.youtube.com/watch?v=77_iQDVSIHU

[3] https://www.law360.com/corporate-crime-uk/articles/1455381/qatar-settles-100m-bank-suit-over-financial-market-attacks


(*) Docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/ terrorisme et radicalisation, enseignant en relations internationales, collaborateur scientifique du CECID (Université Libre de Bruxelles), de l'OMAN (UQAM Montréal) et de SAVE BELGIUM (Society Against Violent Extremism)

Sébastien Boussois

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