Nous, les barbares

Michel Santi

Michel Santi.
DR

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La "science" économique moderne
se nourrit de contre-vérités ou, disons
plutôt pour être polis, de mythes, qui se retrouvent tour à tour comme dans
un jeu de quilles renversés par la réalité. Ne nous enseignait-on pas, il y
a quelques années encore, que les inégalités ne devaient pas nous inquiéter
car - après tout - la richesse qui se trouve tout en haut de la pyramide
finira bien par ruisseler ?Aujourd'hui, c'est
le peuple des rentiers - à
savoir ceux qui gagnent
leur vie sans avoir à travailler - qui se trouve
être le non-objet de
l'attentionde l'immense majorité des économistes qui
nous assurent, efficience des marchés à l'appui, que ceux qui font de
l'argent l'ont bien mérité !
De fait, le libéralisme morbide qui infecte nos
économies travaille ardemment pour persuader tous les maillons de la chaîne de l'inestimable contribution des plus aisés à la société.Comment, donc, ne pas violemment
douter de la crédibilité de celles et ceux
qui nous guident, à l'instar de Ben Bernanke - pas encore à cette époque
patron de la Réserve fédérale mais spécialiste reconnu de la Grande
Dépression - qui déclarait en 2004
qu'une «des dominantes de l'économie des 20 dernières années était la baisse substantielle de la volatilité macroéconomique» ?Au même moment, le FBI mettait formellement en garde
contre une «épidémie» (je cite) à la fraude du crédit immobilier qui sesystématisait aux États-Unis, laquelle déboucherait moins de 3 ans plus tard
sur la crise financière la plus grave en 80 ans...
Préalablement à cette conflagration planétaire
des années 2007 et 2008, la confrérie des
économistes n'avait-elle pas revendiqué l'ultime victoire du capitalisme qui
avait enfin pu guérir de ses maux endémiques faits de cracks boursiers et de
dépressions?
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Voilà pourquoi les signaux avant-coureurs furent royalement
ignorés, voilà également pourquoi une majorité des économistes trouva même
le moyen de qualifier la gigantesque crise qui s'ensuivit de caillou dans
des rouages qui finiraient bien par regagner leur rythme de croisière.
Sans
pour autant reconnaître que c'est l'argent des États et des banques
centrales - donc le nôtre - qui sauverait la mise.récent, comme la stagnation de nos économies depuis
une dizaine d'années, sont pourtant d'infaillibles preuves de l'efficacité
illusoire de cette science économique qui n'est, en fait, que l'addition
hétéroclite d'instincts humains.
Une question essentielle se pose donc :
l'économie - qui est en réalité une discipline «post-mortem», en ce sens
qu'elle ne peut ni ne fait que constater les faits après qu'ils soient
survenus - peut-elle encore prétendre à conditionner les politiques publiques
dans un contexte de grande faiblesse et d'immense perte de leur crédibilité
des femmes et des hommes politiques se réfugiant derrière les économistes?
Ou bien l'économie n'est-elle qu'une blanchisseuse ou une recycleuse de théories
et d'axiomes, auquel cas les économistes ne seraient que des caméléons...
Je
terminerai en citant Franklin Delano Roosevelt qui avertissait en 1938 ses
concitoyens:
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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
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Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin
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