« On entretient de fausses fractures entre les gens » (par Gabrielle Halpern, philosophe)
Par Gabrielle Halpern, philosophe
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Gabrielle Halpern, philosophe
LTD/Frédérique Touitou
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Gabrielle Halpern, philosophe
LTD/Frédérique Touitou
LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous voulez « créer des ponts entre les mondes », c'est le titre de votre dernier ouvrage. Quel conseil la philosophe donne-t-elle au Premier ministre, qui tente de rassembler des personnalités de partis différents ?
GABRIELLE HALPERN - On entend dire que nous n'aurions jamais été autant divisés. Or le général de Gaulle parlait déjà des « démons de nos divisions » et du Parlement réunissant « les délégations des intérêts particuliers ». De fait, chaque formation politique parle à sa tranche d'électorat et oublie l'intérêt général. On perd le sens de la responsabilité politique qui est de créer des ponts entre les citoyens, autrement dit d'« hybrider ».
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L'hybridation, qui est au cœur de mon travail, c'est la rencontre entre des mondes éloignés qui, réunis, font naître un projet nouveau. Mon conseil va plutôt aux partis : lisez Cicéron. Pour lui, le traître à sa patrie n'est pas plus blâmable que celui qui sacrifie l'intérêt ou le salut commun à son propre salut et à son propre intérêt.
Comment sortir des clivages bloquants, sur la scène politique comme dans la société ?
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Depuis des années, on nous parle d'archipélisation et chacun se focalise sur les divisions. Mais nous ne sommes pas réduits à ce que nous disons dans les urnes, les sondages ou sur les réseaux sociaux. Je crois dans cette idée de Jean-Paul Sartre : nous sommes ce que nous faisons ! Dans ce livre, je raconte mon tour de France à la rencontre de milliers et de milliers de Français qui agissent, qui créent des ponts entre les générations, les territoires, les métiers. C'est ce collège-épicerie solidaire qui accueille des personnes âgées pour des cours d'informatique, cet incubateur de start-up-atelier d'artisans, cette usine-galerie d'artistes, ces industriels concurrents ou de différents secteurs qui s'associent autour de projets énergétiques... De nombreux Français trouvent des solutions extraordinaires en hybridant leurs savoir-faire. À mon sens, la France est là, dans cette identité créative. Pourquoi les élus en sont-ils incapables ? Nos actes nous définissent, c'est cette France qui agit que je raconte.
Par Gabrielle Halpern, philosophe