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OPINION. « Comment le Qatar devrait jouer un rôle clé dans la nouvelle Syrie post-Assad » (Sébastien Boussois)

Sébastien Boussois

Publié le 10 janvier 2025 à 09:57

Photo d'illustration

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J. Brouckaert / LT

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Doha cherche à stabiliser la région en jouant un rôle d’intermédiaire, tirant parti de son expérience avec des acteurs « infréquentables » comme le Hamas ou les talibans. Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (*)

Réouverture de l'ambassade qatarie à Damas, multiplication des rencontres officielles bilatérales, reprise des vols hebdomadaires de Qatar Airways reliant Doha à Damas... Alors que tous les regards sont encore tournés avec inquiétude sur la nature du nouveau régime syrien qui a renversé Bachar Al Assad, le Qatar place ses pions et cherche à jouer un rôle clé dans ce pivot stabilisateur dans la région, afin qu'il ne sombre pas dans le chaos. L'ingérence des pays du Golfe chez ses voisins n'a pas toujours été couronnée de succès, mais le choix clair des Émirats depuis dix ans pour l'ancien tyran syrien les a marginalisé pour un bon bout de temps, laissant un boulevard à son rival qatari.

Abu Dhabi, plutôt fin stratège régional a en effet mal joué. L'allié d'Israël dans la région, depuis la signature des accords d'Abraham en 2020, s'était mis bille en tête depuis des années en réalité de tout faire pour maintenir le régime de Bachar Al Assad, et l'aider à revenir sur la scène internationale. Déjà en 2021, le chef de la diplomatie émiratie se rendait à Damas, une première depuis 2011. En mars 2022, les Émirats déroulaient encore le tapis rouge à Bachar Al Assad. C'était sa première visite dans un pays arabe depuis le début de la guerre civile. Ce fut à nouveau le cas en grande pompe en 2023. Puis la réintégration au sein de la Ligue arabe en mai de la même année, sous la pression d'Abu Dhabi, a été un des moments forts de ce retour en grâce au sein de la « oumma ».

Pendant plus de dix ans, Abu Dhabi a allègrement contourné les sanctions américaines à l'égard du régime de Damas, irritant son partenaire américain, et tout fait pour envoyer ses hommes d'affaires dans le pays afin de signer le plus grand nombre de contrats pour le compte des Émirats. Bien sûr il ne s'agissait pas d'œuvrer à la reconstruction, il s'agissait de faire beaucoup d'argent avec les régimes habituels que Mohamed Ben Zayed cajole, les régimes autoritaires empêchant toute démocratisation. La dictature a un mérite : elle est stable, ce qui est la condition sine qua non pour pouvoir faire du business.

La place des puissances régionales, à qui influencera le plus l'avenir du pays, est déjà en jeu. Alors que la Turquie joue un rôle central pour le moment dans le jeu d'influences qui s'opère depuis l'arrivée au pouvoir de son protégé, le leader islamiste de HTC, l'Iran est le grand perdant. Désormais l'arc chiite se fissure et semble bien mal en point avec l'affaiblissement majeur du Hamas et du Hezbollah. Les Émirats sont donc les seconds grands perdants dans cette histoire : ils perdent à leur tour un allié, et n'ont pas beaucoup d'opportunités actuellement pour faire patte blanche et se présenter en sauveurs de la population syrienne.

Cela dit, leur méfiance à l'égard de ce genre de groupes comme HTC n'est pas un mauvais point en soi, car nul ne peut prédire comment la situation va tourner dans les semaines à venir. Ce qui est sûr, c'est qu'au-delà de la Turquie, maître du nord du pays, les chancelleries étrangères commencent à rouvrir petit à petit à Damas : l'ambassadeur de l'Union vient de regagner la capitale syrienne, USA, et le Qatar vient de réouvrir sa capitale. Habitué aux tâches ardues de médiation dans la région et au-delà, du Hamas aux talibans, Doha sait qu'à tout moment il pourra être sollicité pour servir d'intermédiaire avec HTC, si les choses tournent mal. Il prend donc les devants. Fort de son expérience d'intermédiaire diplomatique avec ce que l'Occident qualifie d' « infréquentables » (Hamas, taliban, etc.), Doha pourrait non seulement peser dans la stabilisation du nouveau paysage politique régional, mais également jouer un grand rôle dans le redéploiement des relations de la Syrie avec les autres puissances régionales et internationales, dont les États-Unis.

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Récemment, le Qatar a annoncé être prêt à investir dans deux secteurs clés pour la Syrie : le secteur énergétique où l'exportation de pétrole représentait dans les années 2000, 75% du total des exportations syriennes. Mais Doha pourrait jouer un rôle dans la temporisation face au risque d'accroissement des tensions entre la Turquie, nouveau maître des lieux, et les Kurdes qui contrôlent les ¾ des champs pétroliers sur les territoires du nord-est du pays. Cette manne représente en effet un butin annuel de près de 2,5 milliards de dollars. Doha souhaite également s'engager dans un soutien économique aux ports syriens, premier outil afin d'exporter le fameux pétrole, mais également en faveur de l'aéroport international de Damas, qui permet le déploiement des actions humanitaires d'urgence dans le pays. On estime à l'heure actuelle le coût de la reconstruction de la Syrie à près de 300 milliards de dollars, quand le PIB syrien n'est à l'heure actuelle que de 6,2 milliards !

______

(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).

Sébastien Boussois

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