OPINION. « La participation citoyenne : prendre exemple des pays en développement »
Jean-Michel Huet

Photo d'illustration
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Jean-Michel Huet

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À l'heure où les événements récents questionnent sur l'avenir de la démocratie (coup de force raté du président sud-coréen, mise en avant des principes de la démocratie illibérale aux États-Unis), il peut paraitre contre-intutif de regarder les pays émergents notamment en Afrique et l'Amérique Latine. Ces régions souvent décriées d'un point de vue démocratique sont en train de devenir un laboratoire puissant de la participation citoyenne au-delà même de l'amélioration indéniable de la démocratie (20 régimes autoritaires en Amérique Latine il y a 20 ans contre 3 aujourd'hui).
Par participation citoyenne nous entendons toute pratique qui consiste à associer les citoyens au processus de décision politique, en dehors des grands rendez-vous électoraux. La participation citoyenne est en train, contre toute attente, de constituer un levier clé de développement sociétal des pays, en renforçant la transparence, l'efficacité et la redevabilité des pouvoirs publics envers les citoyens. En Afrique notamment, où les relations entre les pouvoirs publics et les populations sont parfois fragilisées, la participation citoyenne pourrait jouer un rôle clé dans la mise en place de politiques et de services publics adaptés aux besoins de toutes et tous.
Faire participer. Oui, mais comment ? Bien que pouvant être perçue comme un simple espace de dialogue avec les citoyens, la participation citoyenne relève d'une méthode précise, rigoureuse, mise en œuvre par les autorités publiques. Et attention au mauvais usage ! En effet, si la participation citoyenne peut mener à de grandes transformations dans l'espace public, elle peut tout aussi bien avoir un effet contreproductif dans le cas où elle n'est pas mise en œuvre de la bonne manière, fragilisant au contraire la relation de confiance avec les citoyens et générant des retombées négatives pour les pouvoirs publics. Les exemples de conventions citoyennes dont la totalité des engagements pris n'ont pas été tenus en sont des illustrations. Les citoyens ont pu travailler sur la conception de texte de lois, s'exprimer librement et de manière éclairée, et pourtant chacun ne retiendra que la promesse non tenue par les autorités publiques.
Ainsi, quels sont les principaux facteurs clés de succès de la mise en place de la participation citoyenne dans les pays en développement ? Quelles leçons tirées des pays (Costa-Rica, Brésil, Chili, Madagascar, Kenya, Sénégal, etc.) où de vrais progrès ont été notés. Si certains sont évidents (conformité avec le cadre réglementaire, mobilisation des différents échelons de l'administration publique, mobilisation des intermédiaires communautaires tels ONG, organisations locales, leaders locaux et personnalités influentes) d'autres illustrent l'évolution récente du sujet.
La mise sur l'accent de l'information, pilier de toute initiative de participation citoyenne est devenue incontournable. Toute mobilisation des citoyens doit passer par l'instauration d'un cadre de confiance, grandement favorisé par une démarche de transparence de la part des pouvoirs publics, que ce soit dans la communication sur les décisions politiques ou les services proposés aux citoyens.
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Le développement de l'usage des outils numériques est aussi une pierre angulaire. Les outils numériques, notamment les solutions de CivicTech peuvent offrir un fort potentiel pour mobiliser un spectre plus large de citoyens et améliorer le traitement des informations qualitatives reçues. L'usage des solutions numériques doit cependant s'accompagner de précautions quant à un éventuel effet d'exclusion des populations les plus marginalisées, n'ayant pas accès aux outils digitaux : les solutions low-tech (accessibles via mobile, et/ou nécessitant peu compétences de numériques) sont parfois à privilégier.
Enfin, cette participation citoyenne ne s'improvise pas, car dans le cas où elle est mise en place de la mauvaise manière, peut mener au contraire à de grosses frustrations de la part des citoyens voire la fragilisation du lien de confiance avec les services publics. Ainsi, la mise en place d'une approche structurée, avec une stratégie claire définissant les ambitions en termes de participation citoyenne, une méthodologie formalisée et adaptée aux différents types de services et politiques portées par l'institution est un prérequis à toute forme de participation citoyenne dépassant le stade de l'information.
Ainsi la participation citoyenne pour renforcer la démocratie peut-être une approche moderne, rigoureuse, informationnelle. Les pays dits du nord feraient bien de regarder de bons exemples venant du sud.
Jean-Michel Huet