OPINION. « Pénuries de produits stratégiques : anticipons les risques ! »
Ramzi Hammami et Imen Nouira

Photo d'illustration
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Ramzi Hammami et Imen Nouira

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La pénurie de masques au début de la pandémie de Covid 19 est restée gravée dans les esprits. Ces dernières années, des médicaments essentiels, notamment des antalgiques et des antibiotiques, ont manqué à l'appel. Les ruptures d'approvisionnement en semi-conducteurs ont mis l'industrie française sous tension.
Dans une situation géopolitique de plus en plus tendue, qui incite l'Europe à se mobiliser et à se réarmer, la France n'est pas à l'abri de nouvelles pénuries. Le recours à des fournisseurs étrangers peut devenir incertain, des routes commerciales se retrouver complètement bloquées, les prix de biens essentiels soudain s'envoler.
Pour prévenir de tels risques, les gouvernants ont intérêt à constituer des stocks pour les produits stratégiques. Ils peuvent aussi relocaliser certaines industries en signant des contrats avec des entreprises garantissant tout à la fois une production locale et, en cas de crise, des prix stables et une priorité accordée à l'approvisionnement public.
Ces deux politiques sont complémentaires, mais aussi très coûteuses dans une période où les finances publiques sont à la peine, c'est pourquoi il est indispensable de réfléchir très en amont -dès aujourd'hui ?- pour tenter d'optimiser les décisions et les dépenses.
Quand faut-il constituer des stocks sur le sol national ? Pour quels produits, à quels niveaux, dans quels contextes ? Et dans quels cas faut-il plutôt développer la production locale ? Quels sont alors les niveaux de subvention acceptables ? Telles sont les questions auxquelles nos recherches ont tenté de répondre.
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Concernant le stockage, anticiper est un impératif majeur.
Il est beaucoup plus judicieux d'accumuler des réserves en période calme, plutôt que de réagir à des catastrophes au moment où celles-ci provoquent des bulles spéculatives, où les biens nécessaires deviennent à la fois très rares et chers.
C'est pourquoi mettre le sujet sur la table s'avère utile dès à présent, mais en réfléchissant d'emblée à la question de la gestion de ces stocks.
De nombreux biens, à l'instar des masques sanitaires, dont on a tant manqué au début de la pandémie de Covid, ne se conservent en effet pas sur le long terme. Les stocker à l'avance implique-t-il pour autant un gaspillage massif de ces produits, conservés des années par la puissance publique, puis jetés au rebut lorsqu'ils sont trop vieux ou -encore pire peut-être- gardés alors même qu'ils ne peuvent plus servir à rien ?
Pour éviter ces situations que la France a malheureusement connues, nous recommandons aux pouvoirs publics d'inciter les fournisseurs, de manière contractuelle, à reprendre systématiquement après un temps déterminé les biens qu'ils ont mis à disposition, en les remplaçant alors par des produits neufs.
On peut imaginer par exemple des stocks de masques, dont les plus anciens sont vendus aux hôpitaux un peu avant leur date de péremption, pour être remplacés à chaque fois par des masques neufs. Si un dispositif astucieux de ce type avait été en place, si la gestion des stocks avait été ainsi dynamisée en partenariat avec les hôpitaux, la France n'aurait pas jeté des millions de masques hors d'âge pour ensuite se trouver dépourvue face à la pandémie...
De telles méthodes peuvent s'appliquer pour constituer des réserves d'autres biens essentiels, en minimisant à chaque fois les gaspillages grâce à des partenariats ad hoc, à la fois avec des fournisseurs et des utilisateurs potentiels.
De la même manière, nos recherches peuvent contribuer à optimiser les investissements destinés à relocaliser les productions de biens stratégiques. Nos modélisations montrent qu'il s'agit en réalité d'un choix gagnant lorsque les évènements que l'on craint présentent assez peu de risque de survenir et que leur durée prévisible est relativement courte.
Demander à une entreprise nationale de s'engager à approvisionner les pouvoirs publics prioritairement et à tarifs constants, ne revient en effet pas trop cher si le risque apparaît comme modéré, car le coût d'opportunité d'un renoncement à une possible spéculation n'est pas trop élevé.
En revanche, s'il y a un fort risque d'une explosion brutale et immédiate des prix internationaux ou d'une catastrophe potentiellement de longue durée comme une guerre, les entreprises risquent de faire payer très cher à l'État leur promesse de ne pas profiter de ces périodes troublées pour engranger de juteux bénéfices.
Encore une fois, l'anticipation est indispensable en ce domaine pour sécuriser le pays tout en minimisant la dépense publique.
Ramzi Hammami et Imen Nouira