OPINION. Tarifs douaniers : « Le fardeau exorbitant » (Michel Santi)

Michel Santi

Photo d'illustration
Jonathan Ernst

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Jonathan Ernst
Il avait tort. Trump commence à user de cette arme, et de manière assez violente, car l'imposition de « tarifs » aux partenaires commerciaux les plus importants des États-Unis, à savoir le Canada, le Mexique et la Chine, peut conduire à un embrasement global.
Mais Bessent avait aussi raison, car un renforcement (supplémentaire) du dollar peut achever de défigurer l'économie américaine, accélérer sa désindustrialisation, renforcer de manière maximale la haine de la globalisation qui est le signe distinctif de l'électorat populaire de Donald Trump.
En d'autres termes, cette centralité, cette prédominance absolue du dollar, ce « privilège exorbitant », peut aussi se révéler être un fardeau exorbitant.
D'abord, un constat : les déficits sont toujours politiques. Rien ne remet plus en question la souveraineté d'un pays autant que d'être net dépendant de l'étranger pour son commerce ou pour financer son train de vie. Déficits excessifs et endettement incontrôlé réduisent la souveraineté en soumettant l'État à des intérêts extérieurs (marchés, créanciers, institutions internationales), limitant sa capacité d'action, l'exposant à des pressions politiques et économiques qui échappent à son contrôle.
En outre, ayons l'honnêteté d'admettre que la globalisation a induit une perte de souveraineté de bien des nations. Encore mieux: le préalable à la globalisation est la perte de souveraineté au moins partielle des nations qui acceptent d'en jouer le jeu. Et les États-Unis sont fort bien placés pour le déplorer, car les pays qui affichent avec eux un excédent commercial (donc qui leur vendent plus qu'ils n'achètent des États-Unis) réinvestissent dans un second temps leurs excédents aux États-Unis, les rendant du coup encore plus dépendants... Dès lors, la taille et l'ampleur des déficits américains (mais cet exemple s'applique à d'autres pays) deviennent déterminés, non seulement par des décisions nationales, mais aussi par le degré de consommation et d'épargne d'autres pays.
À l'évidence intolérable pour Donald Trump, parfaitement conscient de la dépendance de son pays, qui réagit avec la seule arme dont il dispose, à savoir l'augmentation décrétée du jour au lendemain des droits de douane. En réalité, le Président US ne dispose même pas entièrement de ce levier puisqu'il a même dû invoquer des motifs d'urgence, la lutte contre le Fentanyl et contre l'immigration illégale, qui seuls l'ont autorisé à imposer ces « tarifs », tordant ainsi quelque peu le bras de la Constitution américaine.
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Voilà pourquoi il n'est pas difficile de prévoir que Trump reviendra inéluctablement aux fondamentaux. La seule stratégie viable - unanimement cooptée par les marchés financiers - dont son Secrétaire au Trésor est un des émissaires, sera de procéder à dévaluer le dollar. Un État - a fortiori les É.-U. - peut discrètement influencer le taux de change de sa monnaie, améliorant ainsi la compétitivité de ses exportations à l'international, stimuler sa production nationale, réduire son déficit commercial, améliorer sa balance des paiements, et diminuer en définitive son besoin en financements externes.
Maintes fois mises à profit dans le passé, cette manipulation - qui permettra d'éviter des chocs frontaux avec les partenaires commerciaux - sera attribuée à la volatilité et à l'arbitraire des marchés financiers. N'est-il pas pratique de donner systématiquement tort « aux marchés » ?
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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il vient de publier un ouvrage critique sur la Banque centrale suisse : BNS : une banque centrale ne devrait pas faire ça. Son fil Twitter.
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