« Parlons de santé financière »
Isabelle Le Bot

Photo d'illustration
DR
Isabelle Le Bot

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Un paradoxe évident au regard de la conjoncture actuelle. La santé financière devrait pourtant devenir une priorité à l'échelle individuelle et collective pour conserver l'égalité des chances entre les Français à travers leur constitution d'un capital santé et économique.
Souvent associée à l'entreprise, la santé financière touche l'ensemble des personnes morales ou physiques, peu importe leur taille ou leur nature, qui génèrent des revenus, des dépenses, des actifs ou encore de la dette. La stabilité financière, induite par une bonne santé financière, est étroitement liée et a des conséquences sur l'état de santé physique et mentale des individus à tous les âges. Aux États-Unis, de nombreuses études ont démontré les liens étroits de causalité entre la stabilité financière des Américains et leur santé mentale (Ryu and Fan, 2023) et physique jusqu'à influencer fortement leur espérance de vie (Muennig et. al., 2018). En cela, les individus que nous sommes, possédons une santé financière dont une évaluation régulière de l'équilibre à travers un bilan (dit de santé financière) permet d'en optimiser les contours quelque soit son milieu social et ses capacités à épargner (Brown WeidaI et. al., 2020).
voici quelques points de repère communs pour la plupart des gens (What Is financial Health ? Amanda Christensen septembre 2024) :
Le moment est venu de renforcer les outils de connaissance en matière financière. Cela passera par une véritable démarche d'éducation financière pour tous, et aussi par une transparence accrue des acteurs financiers.
En France, il n'existe - quasiment - pas d'éducation financière dans les institutions scolaires. Selon une enquête de 2006, 81 % des jeunes Français entre 15 et 20 ans prennent conseil auprès de leurs parents, 51 % auprès de leur banque, et 41 % par une recherche Internet. L'éducation financière serait alors principalement un capital culturel transmis par sa famille, de génération en génération. Toujours selon la même enquête, 75 % des Français entre 15 et 20 ans veulent s'éduquer davantage à la finance, dont 73 % trouvent intéressante l'idée de sessions d'informations à l'école. Ce manque d'éducation financière rend les plus jeunes plus frileux vis-à-vis de la finance qu'ils ne connaissent pas ou pas assez. À cela s'ajoute un monde financier complexe à déchiffrer avec une diversification des produits, des crises financières moins intelligibles ,ou encore des nouveaux produits financiers, comme les cryptomonnaies et les ETF.
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La mobilité sociale, soutenue et valorisée dans un pays comme la France, doit s'accompagner d'une éducation financière dans toutes les classes sociales et dans toutes les générations. La génération des baby-boomers, qui s'est enrichie peut-être plus facilement au regard de la dynamique économique de leur époque, va transmettre un patrimoine à des générations qui vont devoir augmenter leur conscience financière pour maintenir ce capital en le remplaçant et en le consommant intelligemment. On parle ici de «transformation financière éclairée du patrimoine».
En France, la santé financière présente un double enjeu par sa composition de deux termes a priori antinomiques : la santé et la finance. Force est de reconnaître que la mise à mal de la générosité du système de protection sociale par la pyramide démographique et le désengagement de l'État obligent les acteurs de la protection sociale à prendre la parole sur ce sujet. Il faut concevoir et employer une approche nouvelle de la constitution d'un capital santé et financier pour que chaque Français soit en mesure de se projeter de manière sereine dans l'avenir dans un système social solidaire.
Isabelle Le Bot