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Place aux décisions plus audacieuses car le pire est devant nous !

Olivier Passet, Xerfi

Publié le 15 mai 2020 à 06:26 - Mis à jour le 15 mai 2020 à 09:12

Photo d'illustration

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GONZALO FUENTES

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, place aux décisions plus audacieuses car le pire est devant nous !

La sortie du confinement se profile. Et c'est là que tout se joue. Nos économies connaissent une embardée inédite de la croissance : -5,8% de croissance au premier trimestre, sans doute près de -15% au deuxième. Aussi saisissants soient ces chiffres, ils ne nous disent rien sur la suite. À ce stade, tout est fait pour que les entreprises agissent comme si l'activité allait revenir d'elle-même à la normale dans un délai raisonnable. La bourse joue la même partition. La sortie du confinement est vécue comme le point de départ de ce retour à la normale, même si les contraintes de distanciation vont peser encore lourdement sur certains secteurs, notamment ceux liés au tourisme. L'essentiel de la tourmente serait donc passé, et pour beaucoup, la fin de cette « drôle de guerre », où l'activité est à l'arrêt, mais où les revenus sont sécurisés, sonnerait déjà l'heure des bilans, des règlements de compte et des réformes systémiques. Les réflexions vont déjà bon train sur l'assiette fiscale qu'il va falloir taxer pour rembourser la facture, les conditionnalités à mettre en place pour éviter que les entreprises n'abusent des dispositifs de soutien et opèrent leur virage écologique, etc. Chacun reprend sa rengaine d'avant, la présentant comme la clé de résolution.

Il y a dans cette posture quelque chose de stupéfiant. Nous ne sommes pas dans l'après-crise, mais au contraire au moment le plus critique, le moment où tout se joue, où la moindre erreur de pilotage peut conduire l'économie au désastre. Pour prendre une métaphore un peu facile, nos économies sont aujourd'hui des véhicules dont on aurait perdu le contrôle. Nous sommes dans la grande embardée, où le moindre coup de frein réflexe ou contre-braquage peut précipiter la catastrophe. Et les voix qui s'élèvent aujourd'hui ont autant de pertinence que celles de passagers qui recommanderaient un itinéraire bis au conducteur au plein feu de l'action. Il est des moments où le long terme se joue dans un temps infinitésimal.

Chômage partiel : le dispositif doit être maintenu

Tout va se jouer sur deux paramètres décisifs. Le premier, c'est l'emploi. Disons-le de façon lapidaire : que la digue de l'emploi rompt et c'est foutu. Si la croyance dans le fait que l'État garantit les revenus des ménages et des entreprises à travers le chômage partiel s'effrite en sortie de confinement, et avec elle la solvabilité future des marchés, alors la bascule du chômage partiel au chômage complet va s'opérer à la vitesse grand V. C'est le risque numéro 1. Dans ce cas-là, l'économie bascule dans un enchaînement récessif, une série d'ajustements cumulatifs qui conduisent tout droit vers une dépression longue, avec un empilement de créances douteuses du côté bancaire et tout le risque de complication financière que cela comporte. Il s'agit là d'une véritable course de vitesse. Tout se joue sur la solidité des anticipations.

Et c'est là peut-être que le gouvernement a commis sa première grosse erreur au plan économique. Edouard Philippe a indiqué que le dispositif de chômage partiel serait maintenu jusqu'au 1er juin puis adapté «?progressivement ». C'est un « peut-être » de trop, à l'heure où il faut ancrer les anticipations par des caps clairs. Un détail en apparence, mais qui peut avoir les mêmes conséquences que la microseconde d'hésitation lors d'une sortie de route.

Certes, cela coûte cher, avec une ardoise qui pourrait dépasser les 50 Md€. Certes, on peut suspecter des effets d'aubaine et des abus. Certes, une partie de la population vit cela comme un soutien aux entreprises plutôt qu'aux ménages, avec le soupçon que ce soutien bénéficiera aussi et peut-être d'abord aux actionnaires. Toutes ces interrogations sont légitimes. Mais tant que le retour à la normale de l'activité n'est pas concrétisé du côté des entreprises, tout doute instillé sur le maintien du dispositif ne fera que dilapider les chances de rétablissement de l'activité à son niveau dit « normal » et enkyster un processus de récession lente et profonde. Et vouloir économiser les milliards à court terme va simplement décupler la facture au plan macro-économique, installer la crise dans la durée.

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L'épargne, 2nd variable clé

La deuxième variable clé, c'est l'épargne. À l'issue du processus graduel de sortie du confinement au plus tôt fin juin, les ménages auront stérilisé près de 80 Md€. Le climat de confiance sur l'emploi sera là encore décisif pour que cette épargne irrigue la demande. Vouloir mobiliser ces encaisses par l'impôt à ce stade, savoir à quel instrument recourir, alors que l'on ne sait encore rien de l'état de l'assiette fiscale est simplement prématuré.

Quant à tous ceux qui pensent que l'agonie financière du système actuel accélère la bascule dans le monde d'après, qui confondent dépression et décroissance, qui voient dans la faillite programmée de l'automobile et du transport aérien le prélude de la croissance verte... qu'ils se détrompent. Toutes ces transitions ont un coût, que toute récession lourde sur fond de pétrole bon marché ne fait que différer.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Olivier Passet, Xerfi

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