Plan de relance Union Européenne : la patate chaude
L'Odissée (*)
L'Odissée (*)
La lecture attentive du compromis du Conseil européen du 21 juillet 2020 réserve surprises et interrogations. Le plan de relance porte bien son nom : ce sera à la Next génération de le financer.
En fondant le plan de relance dans les procédures budgétaires de l'Union Européenne, la Commission européenne a cherché la cohérence, mais fait perdre le fil à tout acteur qui n'a pas des années de pratique de Bruxelles.
Tout d'abord, il convient de dissocier le budget annuel de l'Union du plan de relance spécifique au post Covid :
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L'articulation entre ces deux budgets a conduit les 27 à couper dans le vif. Quelques décisions sont à déplorer, dont notamment :
L'obtention de l'accord global est passé par l'entrelacement de ces deux budgets. Pour comprendre les répercussions mutuelles, il convient de les regarder séparément de près.
Seule la partie des dépenses du Cadre financier pluriannuel est fixée.
Concernant le budget annuel, la partie des recettes reste à inventer du fait de la baisse des ressources :
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Le budget pluriannuel manque de souffle.
Au-delà des ressources, la pertinence des allocations pose question. En effet, les deux principaux postes de dépenses budgétées dans le Cadre financier pluriannuel sont la Politique agricole commune (38%) et la Politique de Cohésion (32%) qui aide les territoires les plus en difficulté, principalement donc vers les pays du Sud et de l'Est. Si l'on ajoute le fonctionnement (6%), Il ne reste qu'un petit quart pour tous les projets qui permettraient un saut qualitatif dans la recherche, l'innovation, les entreprises, l'enseignement, les transports, les transitions énergétique, climatique et digitale, sans parler de la défense, de la protection des frontières ou de la sécurité qui sont les parents pauvres habituels. L'ensemble de ces lignes budgétaires pourtant stratégiques représentent 35 milliards par an, ne progressent pas en terme réels et certaines sont mêmes en diminution. Cela parait bien limité pour permettre à l'Union Européenne de porter un projet politique continental. Surtout si l'on compare ce budget à celui des Etats-Unis, près de cent fois supérieur, avec 3 325 milliards d'Euros en 2018 !!! Voilà de quoi tempérer le rêve, l'ambition et l'enthousiasme.
A cela s'ajoutent des interrogations quant à la cohérence diplomatique et commerciale de l'Union : poursuite du financement de pays au comportement hostile, comme la Turquie (au moins 7 milliards) ; octroi de largesses commerciales au Pakistan, dont le Premier ministre considère Oussama Ben Laden comme un Martyr... Voilà de quoi nuancer l'adhésion.
La finalité de ce budget limité, peu cohérent et sans souffle est difficile à percevoir. En définitive, il reflète l'absence de projet européen.
Le financement du plan de relance n'est pas vraiment communautaire.
Les 750 milliards de Next génération EU sont financés par un emprunt communautaire plus de cent fois plus élevé que le plus grand à ce jour : tout un symbole ! Pour rembourser l'emprunt européen, le principe d'une augmentation des cotisations des états membres est envisagé, qui pourrait passer à 1,8% du Revenu National Brut, alors qu'il n'est que de 1,23% actuellement.
Le remboursement de cet emprunt, prévu au plus tard le 31 décembre 2058, pourrait bien s'avérer douloureux pour les états qui cotisent le plus alors que leurs économies, mais aussi leurs finances publiques sont déjà les plus en difficulté. Si l'obstacle devenait insurmontable pour eux, les pays du Nord accepteraient-ils de les secourir alors qu'ils viennent de refuser de le faire ?
Le plan de relance n'est pas vraiment un plan européen
Next Generation EU consiste à financer les plans nationaux. Les aides ont déjà été réparties par pays.

Pas de dynamique du fait des incertitudes sur les recettes, les projets, le calendrier, les versements.
Le compromis négocié entre les 17 et 21 juillet derniers par les Chefs d'état et de gouvernement de l'Union soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses. S'il sauve les apparences de la cohésion européenne à court terme, le peu de synergies et le flou des ressources, du calendrier de versement, de la qualité des projets et des contributions singulières des pays membres brisent dans l'œuf toute dynamique collective de relance. Cet accord est donc un premier jet qu'il faudra reprendre en tenant compte du différentiel de décroissance des pays, des déficits publics des états, des ressources fiscales nouvelles de l'Union et de l'envie renouvelée (ou non...) de chacun de se projeter dans un avenir commun. C'est comme si le nom lui-même, Next génération EU, annonçait que la patate chaude était repassée à la prochaine génération.

Le Plan « Marshall » américain de l'après-guerre, encore dans toutes nos mémoires, avait trois qualités : il était SIMPLE, RAPIDE et FINANCE.
Nous sommes loin du modèle : l'accord de Bruxelles 2020 ne suffira pas à la relance !
Pourtant, la Covid nous oblige à redresser l'activité économique, sociale et politique au plus vite. Un grand élan qui transcende les territoires, les langues et les peuples européens est indispensable : voilà une énorme opportunité d'activer enfin la créativité de tous les citoyens européens en instaurant un mécanisme de débat dans tous les organes publics, scolaires et économiques du continent. Sans implication personnelle du citoyen dans l'Europe, les pays retardataires de la croissance ne seront pas au rendez-vous ultime du remboursement du premier emprunt européen en 2058 et l'Union, créée en 1958, pourrait disparaître pour son centenaire. L'histoire jugera nos générations à leur capacité à se doter d'un processus de démocratie vraiment participative pour se réinventer tous ensemble.
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Par Jean-François Chantaraud et Henri Malosse, Président du Conseil Economique et Social Européen de 2013 à 2015.
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NOTES
(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.
L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".
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