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Politique et science : de De Gaulle à Macron

Gérard Kafadaroff

Publié le 07 mai 2020 à 08:06 - Mis à jour le 07 mai 2020 à 09:21

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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OPINION. La pandémie du Covid-19 a obligé les autorités politiques à s'appuyer sur les avis des experts scientifiques de la santé. C'est un changement après des années de marginalisation sous plusieurs présidences de la Ve république qui renoue avec le soutien initial du général de Gaulle apporté à la science et à la technologie. Par Gérard Kafadaroff, ingénieur agronome, membre du Collectif « Science-Technologies-Actions » (*)

Le Général De Gaulle a eu un rôle déterminant pour la recherche scientifique française, qu'il s'agisse de la création de la DGRST (Direction générale de la recherche scientifique et technique), précurseur de notre actuel ministère de la Recherche, du CNES (Centre national d'études spatiales), du CEA (Commissariat à l'énergie atomique) permettant à la France de disposer d'une force de dissuasion nucléaire et d'un programme spatial reconnus.

Son premier septennat est souvent qualifié « d'âge d'or de la recherche française ».
Eloigné de tout système de pensée, il a su s'entourer de nombreux scientifiques, notamment en créant le CIRST (Comité interministériel de la recherche scientifique et technique), instrument de collaboration entre scientifiques et politiques.
Il a accru les moyens de la recherche et assuré l'évaluation des diverses recherches par des hommes qui la pratiquaient eux-mêmes selon un principe que De Gaulle fera sien.
Visionnaire, il avait perçu l'intérêt de l'informatique, l'électronique et la biologie.
En 1959, il y a 60 ans, il déclarait :

«On pourrait penser qu'un général fût particulièrement sensible à des projets spectaculaires dont il comprend les termes, dont il partage les points de vue, dont il envisage volontiers les développements, les conséquences, les retombées, tels que, parmi ceux que je viens d'entendre, la conversion des énergies, la conquête de l'espace, l'exploitation des océans, mais au fond de moi-même, je me demande si cette mystérieuse biologie moléculaire, à laquelle je ne comprends rien, et ne comprendrai d'ailleurs jamais rien, n'est pas plus prometteuse de développements à moyen terme, imprévisibles, riches, qui feront avancer beaucoup notre compréhension des phénomènes fondamentaux de la vie et de ses désordres, et qui peut-être fonderont une science nouvelle dont nous n'avons aujourd'hui aucune idée mais qui pourrait être la médecine du XXIe siècle ».

En 1966, il déclarait aussi : « Culture, science, progrès, voilà ce qui, à notre époque au lieu des rêves de conquête et de domination d'antan, appelle et justifie les ambitions nationales ».

La forte implication de Pierre Mendès-France

L'envergure de De Gaulle ne doit pas masquer la forte implication de Pierre Mendès-France en faveur de la science, que ce soit par la création d'un secrétariat d'Etat à la recherche confié à des scientifiques ou par l'organisation de deux célèbres colloques (Caen en 1956 et Grenoble en 1957) définissant une plate-forme nationale pour la recherche scientifique où se nouèrent des contacts durables entre scientifiques, politiques, presse et milieux d'affaires.
Succédant à De Gaulle, le président Pompidou créera un ministre d'Etat chargé de la recherche scientifique et des questions atomiques et spatiales mais se focalisera surtout sur les technologies industrielles contribuant à développer l'industrie française.

Et ensuite ?

Quelques décisions politiques révélatrices :

Présidence Jacques Chirac

1997 : arrêt et destruction de Superphénix, réacteur de 4ème génération plus sûr et plus économe, par Lionel Jospin, sous la pression des Verts de la gauche plurielle arrivée au pouvoir et des manifestations des militants anti-nucléaires. Première victoire pour les écologistes marquant le début de leur influence dans la société.
2000 : le Conseil européen de Lisbonne se fixe comme objectif de : « devenir, en une décennie, l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde, capable d'une croissance économique durable accompagnée de l'amélioration quantitative et qualitative de l'emploi », un objectif sans évaluation qui restera un vœu pieux.
2005 : la Charte de l'environnement est promulguée et inscrite dans la Constitution, avec les dérives d'un principe de précaution devenu outil de gestion de l'opinion publique et frein à l'innovation.

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Présidence Nicolas Sarkozy 

2007 : le Grenelle de l'environnement, inspiré par le « Pacte écologique de Nicolas Hulot », constitue un nouvel épisode significatif dans la marginalisation de la science. La surreprésentation des écologistes au détriment des scientifique se traduira notamment par la promotion de l'agriculture biologique érigée en modèle agricole et l'interdiction du maïs transgénique Mon 810 en 2008, seul OGM autorisé pour la culture dans l'Union européenne depuis 1998. Il aboutira, dès 2012, à l'abandon de toute expérimentation en plein champ des OGM, marquant le refus de savoir et donc le retour de l'obscurantisme.

Présidence François Hollande

2012 : la publication de « l'étude choc » du Professeur Séralini faisant état de pathologies lourdes sur des rats nourris avec du maïs transgénique (NK 603) tolérant au Roundup a droit à une couverture médiatique exceptionnelle, illustrant la capacité de manipulation de l'opinion publique par les médias, l'incapacité des scientifiques à se faire entendre et surtout la pusillanimité des politiques incapables de percevoir l'imposture scientifique. Oubliant les avis des experts scientifiques, de nombreux responsables politiques, y compris le Premier ministre, s'empressèrent de réclamer un réexamen des procédures d'autorisation des OGM et le professeur Séralini reçut même éloges et applaudissements d'une partie des députés lors de son audition à l'Assemblée nationale.
2015  : vote de la loi sur la transition énergétique, défendue par Ségolène Royal, prévoyant de porter la part du nucléaire de 75% à 50% en 2025 et celle des énergies renouvelables à 32% en 2030. Une décision qui, outre son coût faramineux, ira à l'encontre de l'objectif de réduction des émissions de CO2 en développant des énergies intermittentes non pilotables nécessitant des centrales à gaz ou charbon et un renforcement des réseaux électriques.
Un choix qui contribuera à défigurer la France par l'implantation d'éoliennes géantes et à porter atteinte à l'expertise scientifique française reconnue dans le nucléaire.

Présidence Emmanuel Macron

2017 : interdiction programmée du glyphosate annoncée imprudemment lors de l'examen de la ré-autorisation du célèbre désherbant dans l'Union européenne. Une fois encore pour satisfaire les exigences du ministre d'Etat et de l'écologie Nicolas Hulot et ses amis écologistes, sans prendre en compte ni le retour d'expérience de plus de 40 ans d'utilisation dans le monde sans problème, ni les avis des agences sanitaires française, européennes et mondiales. Une décision politique irréfléchie prise sans en mesurer l'impact économique et environnemental et malgré l'absence de solutions alternatives.
2018 : confirmation de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim promise par François Hollande lors de sa campagne présidentielle 2012. Une fermeture prématurée, ruineuse, sans motif de sûreté, contraire aux objectifs climatiques, décision irrationnelle prise une fois encore contre l'avis des experts scientifiques.
2019 : constitution de la Convention citoyenne sur le climat. Une initiative « citoyenne » dans l'air du temps, préférant donner la priorité à 150 citoyens tirés au sort qu'aux experts scientifiques pour faire des propositions au gouvernement afin de lutter contre le réchauffement climatique.
2020 : la grave pandémie du Covid-19, contraint enfin le Président Macron à solliciter et s'appuyer sur les avis des experts scientifiques de la santé.

Les quelques exemples ci-dessus montrent à l'évidence que le progrès scientifique au service de la nation que De Gaulle défendait n'est plus une priorité des décideurs politiques actuels. Aujourd'hui, interdictions, fermetures et règlementations tiennent lieu de politique pour coller à l'écologie politique, étrangère à l'écologie scientifique, mais s'affirmant de jour en jour davantage comme la nouvelle idéologie dominante.
La classe politique française n'a pas réellement pris conscience des véritables enjeux et en se fourvoyant dans des jeux politiciens, elle conduit la France à l'écart de la compétition technologique et à sa régression.

_______

(*) Site du collectif :  « Science-Technologies-Actions »



Gérard Kafadaroff

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