Pour un (vrai) big bang territorial

 |  | 880 mots
(Crédits : DR)
La réforme territoriale va dans le bon sens, mais il faut aller plus loin, afin de favoriser le dynamisme économique des régions. Par Christopher Dembik, Economiste, Saxo Banque

La réforme territoriale engagée par l'actuel gouvernement va dans le bon sens. Elle prend acte de la nécessité de simplifier l'architecture territoriale du pays et de créer des super-régions qui puissent compter au niveau européen et étendre leur zone d'influence au-delà du territoire français. Elle a abouti à des ensembles régionaux qui sont en mesure de rivaliser avec les autres grandes régions européennes. Ainsi, le PIB / habitant de la région Auvergne Rhône-Alpes (Aura) est quasiment identique à celui d'une des plus riches régions allemandes, le Bade-Wurtemberg.

Une prise de conscience nécessaire du pouvoir local

Toutefois, la réforme territoriale nécessite une prise de conscience par le pouvoir local de son rôle à jouer pour qu'elle réussisse. Sous l'effet de la mondialisation qui accentue la porosité des frontières, la région est certainement l'échelon de pouvoir le plus pertinent du point de vue économique. On ne peut pas se satisfaire d'une économie où seulement une PME sur trois exporte à l'étranger, principalement en direction de nos voisins immédiats. Beaucoup d'entrepreneurs privilégient le marché domestique où ils ont un avantage compétitif au détriment du marché international car ils s'autocensurent. Les régions ne peuvent pas se reposer sur l'État et ses relais, comme Business France, elles doivent aussi avoir un rôle moteur.

Les présidents de régions, VRP des entreprises

Les présidents de région doivent être les VRP des entreprises implantées sur leur territoire. Ils doivent les accompagner et les aider à surmonter leurs appréhensions. Il est dans l'intérêt des exécutifs locaux d'initier des partenariats stratégiques avec les régions françaises limitrophes et avec nos voisins européens. Ils doivent aussi oser regarder plus loin, vers l'Europe de l'Est ou vers Israël où le dynamisme économique et le processus d'innovation est propice à la conclusion de partenariats stratégiques avec nos régions. C'est un tel rapprochement qu'a essayé d'initier au cours des dernières années le président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jacques Queyranne, avec la région polonaise Malopolska.

Beaucoup de partenariats similaires existent partout en France mais peu sont conçus comme des outils de promotion économique. Il faudra les réactiver et les faire vivre après les élections de décembre prochain.

Trop de pôles de compétitivité

Avant de se lancer à la conquête de parts de marché à l'étranger, les régions françaises doivent réfléchir à une nouvelle organisation économique de leur territoire autour de grand pôles industriels et technologiques au rayonnement européen. Les pôles de compétitivité sont un outil formidable pour favoriser la montée en gamme de notre industrie et sont complémentaires du crédit d'impôt recherche qui est le dispositif fiscal en la matière le plus avantageux au niveau mondial. Malgré ce terreau propice, les pôles de compétitivité n'ont pas favorisé l'éclosion de nouvelles filières industrielles. Trop nombreux et n'ayant pas atteint une taille critique, ils peinent à s'imposer face aux pôles de compétitivité allemands et suédois et à attirer les investisseurs étrangers. La nouvelle région Aura compte pas moins de 15 pôles de compétitivité quand il en faudrait trois ou quatre au maximum. Il faut mutualiser les moyens au lieu de les disperser sur le territoire.

Donner davantage de compétences aux régions

Le processus de décentralisation entamé au début des années 1980 doit aboutir à un grand big bang territorial que j'appelle de mes vœux. Le territoire est un atout économique à condition qu'il soit bien pensé et mis en valeur. L'État doit avoir un rôle de grand agenceur et doit attribuer davantage de compétences aux régions dans les domaines des politiques économique, industrielle et sociale. Dans le cadre d'une Europe des régions, l'État devrait avoir pour vocation, à terme, de pallier les inégalités régionales en mettant en place un système de transferts de solidarité vers les zones les moins riches. Nous devons faire le deuil de l'État jacobin qui n'est plus adapté aux enjeux économiques actuels.

Les petites communes rurales, simples guichets d'accueil

Cette réorganisation territoriale ne sera complète qu'à condition qu'elle concerne aussi les strates inférieures, en particulier les communes rurales. Pour être viables, elles n'auront pas d'autre choix que de se regrouper dans de vastes intercommunalités qui ne cherchent pas à préserver les intérêts politiques de notables locaux mais qui fassent sens économiquement et culturellement. Il n'est pas question de nier le poids de l'Histoire mais de faire preuve de réalisme.

A l'avenir, les petites communes rurales ne seront que des guichets d'accueil, le pouvoir décisionnel, la gestion des transports et l'ensemble des finances étant attribué à l'intercommunalité. Cela ne signe pas la mort des petites communes. Au contraire, cela va assurer leur pérennité en mettant en œuvre de vraies stratégies de revitalisation économique locale et de développement durable qui puissent lutter contre l'exode des populations. C'est seulement à cette condition que la nouvelle carte territoriale française pourra aider au retour de la croissance.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/10/2015 à 9:57 :
OK pour aller plus loin dans la décentralisation dans les domaines économiques (ne garder des DIRECCTE que l'inspection du travail qui est nécessairement régalienne) et dans la mise en œuvre de services publics (recrutement des profs puisque les CL s'occupent déjà de la logistique de cette fonction, agriculture, culture...)....Mais pas OK du tout pour décentraliser le social. Le social doit être une fonction universelle et péréquée nationalement. Ce qu'il faut faire maintenant c'est retransférer cette compétence (RSA, MDPH...) à l'état sous l'autorité des préfets et supprimer les conseils départementaux. Pour que ça fonctionne financièrement, il faut déporter les charges vers des prélèvements nationaux (TVA et CSG) mais en contrepartie augmenter de façon importante la CVAE, supprimer les dotations de l'état aux collectivités locales et rémunérer les fonctions régulées nationalement déléguées aux régions (éducation,santé) par des tarifs à l'unité d'œuvre (T2A, coût à l'année-élève).
L'état doit être régulateur (définir les programmes scolaires, légiférer sur le travail et contrôler...) et protecteur des individus (armée, police, justice, SS et minima sociaux). Les collectivités locales doivent faire le reste.
a écrit le 09/10/2015 à 13:47 :
OK, mais pourquoi ne pas un jour enfin prononcer le mot de fusion des communes, puisque l'essentiel se passe dans les interco.
Le dernier vrai pouvoir du maire, c'est le permis de construire et le PLU là où il n'a pas -encore- été transféré à l'interco. Avec toutes les effets pervers que l'on connait : urbanisation incontrôlée (Hé cioti, ce n'est pas la faute de Météo France si l'eau ne pénètre plus dans la terre), enlaidissement généralisé de notre pays avec les abominables entrées de ville.
La commune n'est plus l'échelon où s'exprime l'intérêt général local, supprimons ces petits féodaux d'un autre temps et renforçons l'Etat dans les domaine où l'IG national soit s'imposer face aux pouvoirs local.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :