Pour un vrai débat sur l'économie, en vue de la présidentielle

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la France face aux alternatives décisives

Depuis novembre 2015, la  question sécuritaire absorbe l'essentiel du débat hexagonal. Et il ne faut pas être grand clerc pour prédire que cette vague risque de vampiriser tout le débat d'idées dans la ligne droite vers les présidentielles. Des présidentielles qui risquent de virer au concours de beauté des protecteurs de la nation avec un bon zeste de clientélisme catégoriel comme d'habitude. Dommage, car on était sur le point de sortir du débat stérile entre moderno-déclinistes et socialo-immobilistes.

Vraiment dommage...

Depuis quelques mois, commençait à émerger une réflexion beaucoup plus ouverte, s'émancipant des postures stéréotypées : l'ouverture d'un chantier sur le Code du travail n'était plus un tabou pour une partie de la gauche ; on prenait enfin conscience du rôle majeur de l'entrepreneur pour créer des richesses et de l'emploi ; un débat constructif s'ouvrait sur l'intérêt et les dangers de l'ubérisation du travail. J'arrêterai ici l'inventaire. La France prenait enfin conscience que l'on était passé depuis 15 ans au XXIe siècle !

Hélas, les calculs présidentialistes risquent de noyer le débat dans les jeux tactiques et les mesurettes opportunistes au rendement immédiat. Alors, pour tenter de prendre un peu de hauteur, j'aimerais attirer l'attention ici, très loin d'être exhaustif, sur 3 chantiers économiques stratégiques et essentiels qui conditionnent l'avenir de l'économie française.

Le chantier de la croissance

Un constat s'impose : malgré le refrain de l'alignement favorable des astres, une rengaine qui devrait impulser à elle seule 2 points de croissance supplémentaire, la médiocrité des perspectives de reprise révèle à quel point nos archaïsmes pèsent sur un potentiel de dynamisme exceptionnel.

Le chantier de l'Europe

À part le sauvetage de l'euro et des banques, payé au prix fort, rien au fond n'a été résolu en 8 ans de crise. Une situation qui étonne même un conservateur comme l'ancien président de la Fed, Ben Bernanke qui avoue ne rien comprendre à la politique économique européenne. Qu'il s'agisse de croissance, de compétitivité, de technologie, de fiscalité, d'harmonisation sociale et surtout de véritable solidarité européenne, le chantier est en friche. C'est un euphémisme !

Le chantier de l'emploi

Il ne s'agit pas simplement de simplifier le Code du travail et de réduire les charges. Nous vivons une révolution technologique et sociale exceptionnelle qui change totalement la donne. Un seul exemple : mesurer le temps de travail a de moins en moins de sens dans le monde digital, décentralisé, autonomisé et automatisé dans lequel nous entrons. La priorité, c'est de s'extraire des règles rigides qui sont incapables de s'adapter aux préoccupations spécifiques des secteurs et des entreprises les plus dynamiques et créatrices d'emploi, tout en créant les conditions d'un nouveau consensus social.

Les autres chantiers de l'État

Je pourrais évoquer aussi la réforme de l'État, la réflexion sur l'attractivité et la compétitivité du territoire, sur la transition énergétique, la métropolisation, sur l'équilibre entre le rôle de nos grandes entreprises et le tissu de PME, sur l'identification des véritables investissements stratégiques à long terme que doit faire la France pour booster son économie. J'arrête là.

On aura compris que le débat est terriblement technique et qu'il ne doit pas être réduit à des messages électoralistes et souvent idéologiques. Nous allons nous employer dans les mois qui viennent à vous apporter des éléments d'expertise, sans aucun à priori partisan, mais en nous appuyant sur notre connaissance intime du tissu d'entreprises de la France, pour mettre en relief les alternatives décisives.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 26/01/2016 à 10:54 :
Temps libre. Ce temps libéré par les usages de l'énergie doit être considéré comme un bienfait. Il faut le répartir et le financer par une contribution de l'énergie. Cela correspond à la différence entre la droite et la gauche. La droite veut travailler plus pour gagner plus. La gauche veut partager le temps de travail: congés payés, 35 heures, retraite à 60 ans... Il faut trouver un compromis pour répartir ce temps "libre".
a écrit le 26/01/2016 à 10:47 :
Transition énergétique. Une baisse du cout du travail combinée avec une augmentation du prix de l'énergie favoriserait l'économie d'énergie et permettrait de créer des emplois. Cela favoriserait aussi les investissements dans le domaine des énergies sans carbone.
a écrit le 25/01/2016 à 19:28 :
Voir mon blog "L'économie a-t-elle un sens?"
over-blog.com
a écrit le 25/01/2016 à 17:37 :
Réforme fiscale. Elle correspond aux idées exprimées dans la note n°6 du conseil d'analyse économique et celles exprimées dans l'étude de Coe-Rexecode, réforme fiscale et retour de la croissance. Cela permettrait d'appliquer le pacte de responsabilité avec l'augmentation du prix de l'énergie comme contrepartie.
a écrit le 25/01/2016 à 13:21 :
Je vous propose de proposer:1- une réforme fiscale pour basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. 2- appliquer la transition énergétique pour économiser l'énergie. 3- considérer le chomage comme du temps "libéré" par les gains de productivité liés aux usages de l'énergie. Comment participer au débat?

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