Pour une France des territoires réconciliés !

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Sébastien Martin est Président de l’Assemblée des Communautés de France (AdCF) et Président de la Communauté d’Agglomération du Grand Chalon (Saône-et-Loire).
Sébastien Martin est Président de l’Assemblée des Communautés de France (AdCF) et Président de la Communauté d’Agglomération du Grand Chalon (Saône-et-Loire). (Crédits : DR)
OPINION. Cessons de ne concevoir la cohésion des territoires qu'en opposant les difficultés des uns aux avantages des autres : la rivalité des territoires est un mirage, issu d'un discours défensif éculé. (*) Par Sébastien Martin, président de l’Assemblée des Communautés de France (AdCF) et président de la Communauté d’Agglomération du Grand Chalon.

Du fait de la crise sanitaire, les appels à « repenser » l'aménagement du territoire en France, pour le rapprocher des besoins du terrain, ne cessent de se succéder. Signant la fin du mythe de « Paris et le désert français », le « retour à la terre » des Français exige une action publique en prise avec les réalités locales et avec les collectivités.

En annonçant la loi « 4D », le gouvernement a semblé acter cet enjeu ; la version actuelle du texte interroge toutefois sur son réel impact pour faire changer les choses.

En tant qu'élu local, je me réjouis de voir la France des territoires au cœur du débat public. Or, les gros titres sur « La revanche des campagnes oubliées sur les villes » laissent craindre qu'une fois encore, les efforts de tous ne donnent rien, si les plaies d'hier ne sont pas pansées et le rôle de chacun repensé.

Techniques ou philosophiques, les impasses des politiques d'aménagement ont rompu la confiance des Français en leurs dirigeants. Pour les collectivités et l'État, l'urgence est donc à la réconciliation et à la coopération.

Redonner du sens au dialogue entre collectivités

Réconcilions les territoires : villes, côtes, campagnes, banlieues, montagnes. Cessons de ne concevoir la cohésion des territoires qu'en opposant les difficultés des uns aux avantages des autres : la rivalité des territoires est un mirage, issu d'un discours défensif éculé.

Confronter, ainsi, la ruralité pauvre à la ville triomphante est un leurre. L'arrivée du numérique, le poids de l'activité non marchande, l'éco-tourisme viennent répondre à la concentration urbaine. Les campagnes portent leurs propres dynamiques économiques et des innovations pour les territoires urbains, via les circuits courts alimentaires par exemple.

L'ingénierie de projets du Contrat de ville peut, elle, rayonner au-delà des quartiers ciblés. Ses enjeux (lutte contre les discriminations, inclusion numérique, égalité filles-garçons...) concernent aussi des zones hors de son périmètre, et privées de ses outils.

L'objectif n'est pas de freiner l'essor des métropoles, mais de créer des réciprocités avec les territoires « autour » de la ville, qui peuvent se muer en zones d'inclusion. L'intercommunalité doit, ici, assumer son plein rôle, et faire vivre toujours plus les initiatives structurantes pour ses bassins de vie.

La coopération oblige chaque échelon territorial. Le dialogue entre collectivités n'aboutira pas si chacune craint de voir l'une de ses compétences happée par un « chef de file » ou de disparaître à la prochaine réforme. Les collectivités sont égales devant la loi : trouvons, donc, les équilibres pour que chaque compétence soit mise en œuvre de la manière la plus adaptée aux enjeux d'un territoire.

Refonder le pacte entre l'Etat et les territoires

Enfinrecréons la confiance entre l'État et les territoires. La crise sanitaire a souligné la nécessité de retisser ce lien, en poursuivant deux dynamiques.

D'abord, la remobilisation de l'État pour l'aménagement du territoire. Le retour d'un État « stratège », porteur d'une vision fédératrice de la France des territoires, ne peut plus attendre. L'État dispose encore des leviers pour dessiner la France d'après : les grands équipements, les réseaux et les services associés (transports, numérique, distribution d'énergie, recherche, santé, culture).

Ensuite, l'abandon par l'Etat aménageur de sa prétention à l'omnipotence. L'État doit, ainsi, savoir accepter qu'un échelon territorial puisse être plus compétent que lui pour atteindre les objectifs visés.

Un élu constate chaque jour à quel point l'aménagement nécessite d'aller au bout de la logique de décentralisation, en tendant vers des politiques très territorialisées. Il requière, ainsi, l'intervention d'un échelon de proximité, qui assure le portage des projets au plus près des collectivités trop peu dotées en ingénierie pour les mettre en œuvre seules. Métropoles, communautés urbaines et d'agglomération disposent déjà des ressources pour assumer, outre leurs propres projets structurants, un appui significatif à ceux de leurs communes membres. L'État peut donc leur donner sa confiance et les moyens d'aller plus loin.

En contrepartie, les collectivités tiendront toute leur place dans la mise en œuvre de la stratégie nationale d'aménagement du territoire.

« Français, réconcilions-nous pour servir » disait Antoine de Saint-Exupéry en 1942. Cet appel à l'union doit tous, élus locaux et dirigeants nationaux, nous inspirer. Que chacun assume de valoriser les atouts de son territoire et de coopérer avec le voisin, plutôt que de céder à la tentation du repli sur soi ou de la concurrence stérile.

Sur ces fondements, la réforme de l'aménagement du territoire pourra enfin répondre aux objectifs qui doivent l'animer : permettre le développement cohérent du pays, assurer la mise en œuvre des politiques publiques et ainsi, garantir à tous les Français l'accès aux mêmes possibles, aux mêmes droits

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