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Pour une transition écologique juste, valorisons ses métiers essentiels

Collectif (*)

Publié le 13 novembre 2024 à 09:05 - Mis à jour le 13 novembre 2024 à 15:12

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Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. Dans quelles conditions travaillent celles et ceux qui façonnent de leurs mains la transition écologique, agriculteurs, artisans, techniciens ?

La transformation du travail est l'un des défis que doivent relever les parties prenantes de la COP 29 qui s'ouvre à Bakou. La formation professionnelle est aujourd'hui identifiée comme un levier incontournable pour réussir l'écologisation des métiers. Cependant, l'objectif ne sera atteint que si l'on combine l'effort de formation avec une réflexion en profondeur concernant l'attractivité de ces métiers. La formation seule ne fera pas de miracle, si les métiers de la transition écologique sont les « sales boulots » de demain !

L'impact de la transition écologique sur l'emploi est aujourd'hui bien connu. La transition écologique ne va pas faire apparaître de nouveaux métiers, mais transformer ceux qui existent : d'après le Secrétariat Général à la Planification Écologique (SGPE), plus de 8 millions d'emplois sont concernés par la transformation écologique. Cette dernière va créer plus d'emplois qu'elle ne va en détruire : entre 200 000 et 500 000 créations nettes d'emplois d'ici 2030, toujours selon le SGPE, et jusqu'à un million d'ici 2050 selon l'Ademe.

Si tous les secteurs sont concernés par l'écologisation des métiers, certains emplois sont particulièrement concernés par l'urgence des transformations à opérer. C'est notamment le cas des métiers dits "verdissants", c'est-à-dire les emplois dont la finalité n'est pas directement environnementale, mais dont les compétences doivent évoluer pour intégrer les enjeux environnementaux (ONEMEV) : métiers du bâtiment, de l'industrie, de l'agriculture, ou encore des transports. Or, ces métiers essentiels à la transition écologique connaissent dès aujourd'hui des difficultés de recrutement, dont la gravité devrait empirer à l'avenir, en partie faute de compétences disponibles.

La formation professionnelle est donc aujourd'hui très largement identifiée comme un levier essentiel pour accompagner l'écologisation des métiers. Cependant, nous constatons que le chemin à parcourir est encore à peine entamé. Les parcours de formation initiale et continue sont aujourd'hui trop déconnectés des réalités et des besoins de la transition, et les entreprises peinent à s'en saisir et à faire évoluer leurs activités. Or, cette écologisation des métiers ne peut plus attendre : elle doit s'inscrire dès maintenant dans les programmes, diplômes, et certifications.

De plus, si ces efforts de formation sont essentiels à l'écologisation des métiers, ils ne seront pas suffisants pour pallier aux difficultés de recrutement qui pèsent aujourd'hui sur les

secteurs clés. En effet, l'attractivité des métiers est aujourd'hui un point mort de l'action pour l'emploi !

Les métiers essentiels à la transition écologique sont en grande partie des métiers manuels, à faible niveau de qualification. Ces emplois, aujourd'hui peu attractifs du fait de mauvaises conditions de travail, de la pénibilité de l'activité, d'une rémunération faible, ainsi que d'un manque de reconnaissance sociale, peinent à recruter.

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L'ANACT a par exemple mis en évidence la pénibilité des tâches physiquement exigeantes confiées aux intérimaires du BTP, comme l'utilisation prolongée du marteau piqueur. Ils sont plus exposés aux risques de TMS - troubles musculosquelettiques - et subissent 4,3 fois plus d'accidents graves et 7,1 fois plus d'accidents mortels que les autres salariés tous secteurs confondus. Ces conditions de travail pèsent lourd sur l'attractivité du secteur dont les besoins en main d'œuvre vont s'accroître avec la transition écologique.

A quoi bon déployer des efforts et des moyens colossaux dans la formation si les personnes formées se retrouvent précarisées dans des métiers pénibles et peu rémunérés, ou pire, si personne ne veut emprunter ces parcours professionnels ? Un travail de fond doit être mené pour rendre ces métiers attractifs, autant pour les nouveaux entrants sur le marché du travail - ces jeunes qui font le choix crucial de leur orientation professionnelle - que pour les personnes qui vont devoir se reconvertir. "C'est difficile de vivre de ce métier" confie Olivier Maillard, menuisier agenceur et formateur à l'Ecole de la Transition Ecologique de Lahage. Il explique avoir compensé une faible rémunération par un allongement de son temps de travail, mais il ne tiendrait plus aujourd'hui le rythme qu'il avait il y a dix ans.

Il est donc urgent de repenser le travail. Les rapports sur l'emploi font surtout état des valeurs chiffrées de création et de destruction d'emplois à l'échelle nationale, du nombre de personnes à former, de l'intensité générale des difficultés de recrutement. La question de l'attractivité des métiers est identifiée, mais peu de solutions sont proposées à ce jour. Or, pour s'attaquer efficacement et de manière juste au défi de la transition écologique, il est temps de réfléchir au travail en tant qu'expérience sociale et humaine.

Prenons des mesures pour améliorer les conditions de travail en proposant des contreparties à la hauteur des efforts fournis, en réduisant le temps de travail pour les postes à forte pénibilité, en accompagnant mieux la santé et la sécurité. Revalorisons ces métiers indispensables à la transition écologique, non seulement par un changement des pratiques salariales permettant aux travailleurs et travailleuses de vivre décemment de leur activité et de leur retraite, mais aussi par le prestige social associé à ces parcours, notamment en formant les personnels de l'orientation scolaire à mieux identifier et présenter ces métiers comme des carrières souhaitables et épanouissantes.

La transition écologique est l'affaire de tous et ne peut reposer sur des métiers précaires ou déconsidérés. À Bakou, la COP29 offre aux décideurs une opportunité unique de prendre des engagements pour une transition qui valorise les travailleurs et travailleuses de l'écologie. Assurons ensemble un avenir où celles et ceux qui cultivent, construisent, et innovent pour un monde durable puissent le faire dans des conditions dignes et valorisantes. Ces métiers, maraîcher, menuisier, ou encore artisan doivent devenir des voies de la réussite ! Pas seulement la réussite de la transition écologique, mais aussi de la réussite professionnelle et de l'épanouissement de chaque personne travaillant dans ces filières essentielles.

______

(*) Les co-signataires :

  • Frédérick Mathis, cofondateur du Réseau ETRE
  • Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat
  • Collectif Pour un réveil écologique
  • Nicolas Vergne, porte-parole de Jobs that Makesense
  • Anne-Cécile Daniel-Hacker, directrice de l'AFAUP (Association française d'agriculture urbaine professionnelle)
  • Léa Falco, cofondatrice de Construire l'écologie
  • Elodie Binois, présidente et cofondatrice d'Ambitions Transitions
  • Gabrielle Légeret, directrice générale et fondatrice De l'or dans les mains Arthur Gosset, co-président de SEISME
  • Cécile de Calan, experte formation et fondatrice de Coopérative Transfairh Benjamin Denjean, co-directeur du Paysan Urbain Marseille Métropole - Ecole ETRE Marseille
  • Marine Weller, coordinatrice de l'Ecole de la Transition Écologique de Paris Tanguy Descamps, enseignant à l'Université de Rennes
  • Rémy Martin, trésorier de Travail & transitionS
  • Mathilde Loisil, présidente du Réseau ETRE
  • Sabine Puech, coordinatrice de l'école ETRE au sein de MP2 environnement Madeleine Carlini, directrice du CIMME (Centre d'insertion par les métiers de la montagne et l'environnement)
  • Thibault Renaudin, président d'InSite
  • Jérôme Thiébaut, directeur de Tout Atout
  • Maya Van Lidth, coordinatrice stratégique d'E'SèMe
  • Doriane Silvestre, directrice de 3PA
  • Elisabetta Pomiato, coordinatrice de l'Escolinas
  • Guillaume Miot, animateur en agroécologie à La Colporteuse
  • Théo Dassonville, chargé de projet à Halage
  • Sarah Teachout, coordinatrice de Fauconfasse
  • Nora Sanane, présidente de Tandems
  • Lucie Mas, responsable financière et administrative de Figeacteurs
  • Bruno Jougla, co-président des Ateliers d'Icare
  • Nicolas Flavigny, co-président d'Eco-Habilis - Ecole ETRE des Hautes Pyrénées Damien Amichaud, Expert indépendant en formation à la transition écologique à Souffleur en transition
  • Gwendoline Feral, coordinatrice de la filière forêt de la MFR (Maison Familiale et Rurale) de Loudéac
  • Pierre Blot, directeur de la MFR Guipry-Messac

Collectif (*)

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