Pourquoi l'emploi va résister au ralentissement économique

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(Crédits : Reuters)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi l'emploi va résister au ralentissement économique

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La décélération de la croissance est bien palpable en Europe comme en France. C'est un processus d'érosion  lente pour l'instant, entamé début 2018 mais qui place aujourd'hui la progression annuelle du PIB de la zone euro sur une faible orbite de 1,2% l'an et celle de la France sur 1,4% ou celle de l'Allemagne sur moins de 0,5%. En d'autres temps, cela aurait fait dévisser l'emploi et bondir le chômage.

A ce stade, pourtant, alors même que la décélération est bien palpable depuis 6 trimestres, il n'en n'est rien. L'emploi européen est juste en léger ralentissement. Quant au taux de chômage, il prolonge son mouvement baissier entamé il y a 4 ans. Comment expliquer cette résilience de l'emploi, et, question subsidiaire, le ralentissement économique, qui pourrait encore s'approfondir dans les trimestres à venir, peut-il épargné l'emploi et le chômage, à échelle française, ou à échelle européenne, comme il a épargné l'Allemagne en 2008 ?

Deux changements majeurs

Pour répondre à cette question, il faut prendre en compte deux changements majeurs de la dernière décennie. Le premier, c'est la modification du lien croissance emploi. Qui s'exprime à travers deux formules qui au fond disent la même chose : le ralentissement des gains de productivité du travail, ou, lorsque l'on inverse le ratio, la hausse du contenu en emploi de la croissance. Lorsque l'on mesure les gains de productivité tendanciels, sur 5 ans, c'est un fait, ces derniers se situent aujourd'hui nettement en dessous de 1% en France, en Allemagne, ou dans l'ensemble de la zone euro. Ce qui signifie, que moins 1% de croissance suffit à stabiliser l'emploi. Ce seuil de déclenchement des créations d'emploi n'a cessé de décroître au fil des décennies. De 2,5 % au tournant des années 70-80, à 1,7% au début des années 1990, à moins de 1% aujourd'hui. La raison principale de cette tendance de fond on la connaît : c'est la montée en puissance des jobs morcelés de service à faible productivité, liés notamment aux services à la personne, à la logistique, au gardiennage et la facilitation de leur montée en puissance par l'assouplissement de la législation du travail.

Dans le prolongement de ce constat, ce que l'on observe logiquement aussi, c'est que les épisodes de décrue du chômage se produisent à chaque fois avec un arrière-plan de croissance de plus en plus faible. Le précédent épisode de décrue du taux de chômage en zone euro, entre le deuxième trimestre de 2005 et le premier trimestre de 2008, au rythme de 0,7 point par an, a été porté par une croissance de 3 % l'an. Celui, compris entre les deuxièmes trimestres de 1997 et de 2001, au rythme de à 0,7 point par an,  a été soutenu par une croissance de 3%. Or la phase que l'on observe depuis le second trimestre de 2013, plus affirmée que les précédentes (0,8 point par an) et plus longue, est portée par une croissance moyenne de 1,8% l'an.

Cette dimension permet de mettre en évidence un deuxième élément décisif modifiant la relation de la croissance à l'emploi : l'évolution démographique qui sous-tend celle de la population active. En France, en Allemagne et dans l'ensemble de la zone euro, nous sommes entrés en zone de décroissance de la population en âge de travailler. Cela change tout. Non seulement, le contenu en emploi de la croissance s'est accru. Mais de surcroît, nous n'avons plus besoin d'augmenter l'emploi pour stabiliser le chômage. A cela s'ajoute un autre élément déterminant. L'augmentation de la part des salariés âgés dans l'emploi. Ceux qui ont vocation à sortir vers la retraite dans un délai rapproché. Partout en Europe, le taux de sortie naturel de l'emploi, crée un appel d'air à l'embauche, facilite l'ajustement quantitatif, sans douleur de l'emploi et la modération salariale. Ce flux de sortie accroit structurellement le besoin d'embauche, et en accroît la difficulté dans un contexte où les cohortes de nouveaux entrants deviennent plus étroite. Cela explique aussi le fait que face à un processus coûteux de recherche des compétences, les entreprises adoptent des comportements de rétention de main d'œuvre et de conservation des compétences.

Alors, oui. Il est probable que le ralentissement qui se dessine aura des conséquences amorties sur le front de l'emploi et du chômage.

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