Pourquoi Oxfam se trompe de combat ?

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(Crédits : Reuters)
OPINION. Pour la nième fois, Oxfam s'alarme des « inégalités dans le monde », décriant ces « quelques personnes » qui « possèdent plus que la moitié de l'humanité », ce qui serait selon elle un scandale absolu parce que si ces gens - réputés « cupides » - décidaient de « partager » ou si on les y forçait, tout le monde pourrait vivre prospère et heureux... Par Pierre Tarissi, ingénieur (Arts et Métiers, ESSEC), Business Angel et militant de la Recherche scientifique dans le cadre associatif.

Le discours d'Oxfam sur les inégalités, apparemment « de bon sens », repose sur des chiffres indéniablement exacts, qui lui donnent un air « vrai ». Ces propos reposent également largement sur les droits de l'Homme issus des Evangiles sur le thème : « les riches doivent partager pour donner aux pauvres ».

L'ennui est qu'ils sont totalement absurdes par méconnaissance de - ou refus d'examiner objectivement - ce qu'est exactement « l'argent des riches ». Un « riche » d'aujourd'hui est essentiellement le créateur ou l'actionnaire important d'une grosse entreprise. C'est le cas de toutes les « grandes fortunes » visées par l'étude d'Oxfam : les milliardaires Jeff Bezos, Bernard Arnault, Warren Buffet ou autre Bill Gates.

Capacité de produire des biens et des services qui sont achetés

Pour devenir (et rester) « riche », il faut d'abord être capable de produire
des biens et services que beaucoup de gens veuillent et puissent acheter

Tous ces entrepreneurs se sont « enrichis » pour une seule et unique raison. A un moment dans leur vie, ils se sont mis à produire des biens ou des services. Ils les produisaient avec des caractéristiques telles, et à un prix suffisamment bas pour qu'énormément de gens se soient mis à les leur acheter. Disons par exemple une ampoule électrique qui consomme dix fois moins d'électricité que les autres et dure dix fois plus longtemps, mais vendue deux fois plus cher. Pour produire, les futurs riches ont alors embauché de plus en plus de collaborateurs dans leur entreprise.

L'« argent des riches » n'existe que parce qu'il est en permanence « partagé » trois fois : avec leurs clients, avec leurs salariés et avec leurs associés - les actionnaires. Si l'un de ces trois groupes renonce, il n'y a plus d'entreprise et plus de « riche » !

Que s'est-il alors passé ? Eh bien de nombreux autres gens (des « épargnants ») se sont mis à avoir envie de participer aux affaires de ces entrepreneurs. Ils ont donc acheté des parts de leurs entreprises - disons 10 euros la part. Ces fonds récoltés ont permis de produire plus de biens et services à des coûts de plus en plus bas - le prix de l'ampoule n'est plus que 1,5 fois le prix d'une ampoule ordinaire - et donc d'en faire profiter encore plus de gens. Ces gens se sont tous « enrichis » par l'usage qu'ils ont des biens et services qu'ils achètent parce qu'ils leur apportent un service meilleur et moins cher que ce qu'ils avaient auparavant.

Quand on a beaucoup vendu de biens et service, et alors seulement, les épargnants ont envie d'acheter des parts de l'entreprise ...

C'est ce développement de la production de biens et services qui a continué à attirer des épargnants - qui sont maintenant prêts à acheter les parts (les « actions ») à 15 euros pièce. On peut noter avec intérêt que tout cela s'arrête du jour au lendemain si les clients décident tous ensemble de ne plus acheter les biens et services (les ampoules) produits par l'entreprise. Le prix des parts passe immédiatement à zéro, et tous les employés de l'entreprise sont au chômage. Même punition pour des motifs différents si tous les employés décident brusquement de démissionner ou si les actionnaires décident tous ensemble de vendre leurs actions.

Loin de pointer l'appauvrissement des « pauvres », l'existence de nombreux « riches » démontre au contraire qu'ils peuvent disposer de davantage de biens et services accessibles que les « riches » leur ont vendus avant de devenir « riches » !

Deux paradoxes méconnus

La nature de l'« argent des riches » conduit par ailleurs à deux paradoxes méconnus. D'une part, il n'« existe pas ». En effet, il n'est que la contrevaleur, à l'instant « t », des actions de l'entreprise. Donc il n'est pas « liquide ». La valeur des parts s'effondre instantanément si le « riche » s'efforce de les vendre en masse. En fait, cet argent est « figé à vie » dans le financement de l'entreprise et on ne peut le récupérer que si l'on trouve quelqu'un d'autre qui est d'accord pour investir dans ladite entreprise en rachetant les parts. D'autre part, et pour la même raison, si on essaie de le « partager », on court à l'échec. Les actions ne se « mangent » pas. Elles ne peuvent donc à la rigueur être réparties qu'entre des épargnants - qui ne sont pas censés avoir besoin de cette « redistribution ». Un « pauvre » qui récupère quelques actions cherchera aussitôt à les vendre pour augmenter sa consommation, et leur prix s'effondrera par le fait même de ces ventes.

La France ne manque pas de milliardaires, mais de « nouveaux milliardaires » opérant dans des technologies du XXIe siècle

Six millions de Français n'ont aucun patrimoine

Pour finir de souligner l'absurdité des propos d'Oxfam, précisons qu'il existe en France six millions de citoyens environ qui n'ont aucun patrimoine. Donc, chaque Français moyen est censé posséder « plus » que ces six millions réunis... Et parmi les six millions en question, il y a le jeune diplômé d'HEC qui cherche son premier job...

En France, nous avons un nombre suffisant de très grosses entreprises et de milliardaires. Avec un bémol : ce sont essentiellement des entreprises anciennes, et nous n'avons aucun équivalent des GAFAM ou BATX. En revanche, nous manquons cruellement d'« entreprises de taille intermédiaire »,  comme on dit et surtout d'industrielles : guère plus de 5.000, dont les propriétaires sont des Français « riches », avec un capital compris entre 10 millions d'euros et 1 milliard d'euros. Il n'y a qu'environ 35.000 français dans ces niveaux de patrimoine, et parmi eux ceux qui sont propriétaires - ou gros actionnaires - des 5.000 ETI françaises. Pour la prospérité de tous en France, il nous faudrait trois fois plus des unes et des autres.

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Commentaires
a écrit le 29/01/2020 à 8:12 :
Inégalité c’est un mot qui ne veut rien dire tout seul
Sans contexte , inégalité par la , inégalité par ici ...
Bref le sujet de la précarité et l’inégalité est devenu la «  mode » à notre ère
Ce n’est pas clair
En parallèle vous avez le fondement de la bourse DJ qui a bondi de 14000 dollars a presque 29000 dollars en 7 ans avec les technologies nouvelles , il n’y a la précarité et les réformes que pour les «  rejetés «  de cette société hyper- surveillée

Faut il croire à un destin naturel sur terre ?

Moi je dis non , car tout est programmé,
La preuve : l’IA qui a alerté de l’existence du virus par exemple ( il y en d’autres )
a écrit le 25/01/2020 à 22:13 :
Alors continuons à creuser les inégalités: quand le trou sera devenu une fossé les armes conduiront aux paysages de tranchées d'il y a un siècle. Les millions accumulés feront grise mine face aux enfants couchés. Hubris, force aveuglante.
Réponse de le 27/01/2020 à 12:33 :
Vous avez manifestement lu trop vite - ou mal compris ... - mon propos qui est exactement l'inverse ...
Un "riche" ne peut le devenir que s'il a D'ABORD enrichi les autres - ceux qui utilisent les biens et services que son entrerise produit ...
Libre à vous de ne pas être d'accord - mais en argumentant ...
Merci d'avance ...
a écrit le 25/01/2020 à 12:33 :
Autant les inégalités ne sont pas le problème je suis d'accord, le problème étant que les riches ont beaucoup beaucoup beaucoup trop, c'est logique, autant je n'y vois pas un combat mais une unité de mesure totalement légitime.

C'est vous autres croyants néolibéraux qui voyez des combats partout relevant bien le fait que vous défendez une croyance et non une vérité.
a écrit le 25/01/2020 à 10:43 :
Article de propagande libérale qui veut nous faire croire que les gens d'en bas devrait se prosterner devant les riches par gratitude.
Réponse de le 27/01/2020 à 12:25 :
Qualifier un texte de "propagande" exprime votre avis : ce n'est en rien une contradiction crédible ...
a écrit le 25/01/2020 à 10:01 :
L'inégalité se combat en rendant les gens responsables de leurs actes. L'état à travers sa politique sociale doit certes en être le catalyseur et aider les plus faibles mais chacun doit être responsable de son devenir.
a écrit le 25/01/2020 à 9:39 :
Moi, ce que je dis toujours dans ces cas là, c'est que "l'argent ne se mange pas". Bill Gates ne mange pas proportionnellement à sa fortune : Il n'engloutit pas dix kilos de viande à chaque repas. De plus, contrairement à ce que disent la plupart des gens, ce ne sont pas les inégalités qui les soucient : C'est l'appauvrissement. Mais bien sûr, c'est plus politiquement correct de dire qu'on lutte "contre les inégalités", que pour ses finances personnelles. Quand mon chat a faim, il miaule. Il ne cherche pas à comprendre les causes. Le peuple, c'est pareil : "Ventre affamé n'a point d'oreille".
a écrit le 25/01/2020 à 9:04 :
La particularité "des riches" c'est qu'ils font travailler l'argent a leur place et qu'ils ne savent rien faire d'autre!
Réponse de le 25/01/2020 à 9:53 :
Heureusement qu'ils créent du travail pour vous. Mettre les talents autour d'un projet, relève déjà d'un grand savoir faire. Combien d'emplois avez vous créé? Le jour où il n'y aura personne qui risque ses deniers à investir dans une entreprise, vous seriez probablement le premier à vous plaindre.
Réponse de le 25/01/2020 à 10:53 :
L'argent n'a pas de valeur sans la force de travail, mais l'argent obtenue par l'argent en diminue bien la valeur, c'est une forme de parasitisme.
Ne confondons pas les créateurs et les parasites!
Réponse de le 25/01/2020 à 13:52 :
@tototiti
"Heureusement qu'ils créent du travail pour vous."

Un travail répond à un besoin, je ne vais certainement pas remercier mon employeur de m'avoir "offert" du travail: il a besoin de moi donc il me paie.
Un patron qui exploite ses salariés s'enrichira plus rapidement que les autres, faire croire qu'on est riche uniquement par le mérite est bien trop réducteur.
Réponse de le 27/01/2020 à 14:41 :
Non, johnmckagam, le "patron qui exploite ses salariés" ne PEUT PAS "s'enrichir plus vite que les autres", sauf dans des contextes très particuliers (jobs de très faible qualification, avec des populations fragiles et non-qualifiées à vie, et surtout productions à bas prix de faivle niveau de qualite). Sinon, pour faire de la VA, il faut du personnel qualifié et bien payé ...
Mais vous avez le droit de penser le contraire ...
a écrit le 25/01/2020 à 8:22 :
Dans toutes ces études sur l'inégalité, on ne tient pas compte d'un fait important, c'est l'espérance de vie à la naissance qui a en moyenne pratiquement doublé en France depuis 1900 (source Ined) et qui était égale à 60 ans dans les années 1950.
Cordialement
a écrit le 24/01/2020 à 20:35 :
Juste en regardant la réforme des retraites que le gvt s’obstine à valider :

Les hauts salaires vont pratiquement plus rien cotiser pour leur retraite alors que les salaires bas sans possibilité d’évolution ( c’est la réalité ) vont cotiser au delà de leur ressource ...

C’est carrément des mises à mort
sur du long terme sur « la vie « des gens

Si tu es riche tu vis bien et longtemps , si tu es pauvre tu meurs le premier mois de ta retraite et sans toucher un rond ( même si c’est une monnaie numérique ... vu le projet des banques ...)

est -ce juste ça ?

a écrit le 24/01/2020 à 20:15 :
Propos qui ne tient pas compte de la hausse des inégalités parfaitement observable dans le monde entier, ni du caractère héréditaire/ monopolitistique/ et rentes organisées des milliardaires.
Un exemple, en quoi les bénéfices de 50% des autoroutiers sont-ils en quoi que que soit mérités et créateurs de richesses ? (répartis en 25 points pour les autoroutiers concessionnaires et 25 points pour l'Etat)
C'est le retour du modèle des fermiers généraux presque partout.
Réponse de le 26/01/2020 à 8:11 :
C'est faux ....
Le "patrimoine hérité" représente bien moins de la moitié du patrimoine total des ménages, même si ce pourcentage est relativement plus important en France qu'ailleurs, les droits de succession confiscatoires be semblanr avoir aucune correlation positive avec la mobilité sociale une génération après l'autre ...
a écrit le 24/01/2020 à 19:39 :
En France certainement.
La question est d'augmenter les compétences, d'ameliorer les formations et de favoriser l'entrepreneuriat pour créer des nouvelles entreprises et des nouveaux riches qui ne soient pas fils de riches.
Répartir toujours plus la richesse est une solution au rabais qui ne fait qu'humilier les bénéficiaires de cette rédistribution en les privant de toute fierté.
Il faut démocratiser la création de richesse par l'éducation et la finance, certainement pas rédistribuer encore plus.
Réponse de le 26/01/2020 à 8:25 :
C'est exact ...
Depuis 40 ans nos gouvernants s'acharnent à "prendre aux riches pour donner aux pauvres" avec des résultats de plus en plus mauvais : baisse ou stagnation du PIB par tête depuis plus de 10 ans, désindustrialisation galopante et donc écroulement du commerce extérieur, dépenses de R&D et innovation en stagnation malgré les objurgations sur la "startup nation" ou la prétendue "transition énergétique" ...

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