Pouvoir d'achat en Europe : les perdants et les gagnants

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les perdants et les gagnants du pouvoir d'achat en Europe

Dans quels pays européens les ménages s'en sortent le mieux depuis que le plus gros de la grande récession est passé, c'est-à-dire 2011. Le plus simple est de partir du revenu disponible brut ajusté des ménages, soit l'ensemble des revenus auxquels sont ajoutées les prestations sociales et les transferts sociaux en nature (remboursement de soins et de médicaments notamment) puis soustraits les impôts directs et les prélèvements sociaux. Pour s'affranchir de la composante strictement démographique des évolutions, le revenu est calculé par habitant et pris en parité de pouvoir d'achat pour éliminer les écarts de niveau général des prix entre les pays.

Cette période 2011-2017 est favorable, voire très favorable à l'ensemble des Européens, la moitié des pays ayant enregistré une augmentation du pouvoir d'achat supérieure à 9,3% soit une progression de 1,5% en moyenne par an.

La convergence des PECO

Cette embellie est toutefois géographiquement très inégalement répartie : sur les 13 pays se plaçant au-dessus de la médiane, 11 se situent à l'Est de l'Union Européenne. À l'exception de la Slovénie, tous les PECO en font partie. La Bulgarie est en tête avec une de hausse de 41%. Elle est suivie des pays baltes (Lituanie, Lettonie Estonie) parmi lesquels s'insère la Roumanie. Un cran en-dessous, la Croatie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie qui ferme la marche avec une hausse de 14%.

Passé le choc de la rupture avec les structures de l'ancien bloc communistes, ces pays ont connu du milieu des années 90 jusqu'en 2008, une croissance vigoureuse soutenue par une intégration croissante dans l'espace européen, notamment à la plateforme industrielle rhénane, conduisant à une nette amélioration de leur niveau de vie. La grande récession, a cependant révélé des fragilités intrinsèques de leur modèle de croissance et si la progression du pouvoir d'achat y est plus rapide depuis 2011 que dans le reste de l'UE (poursuite du rattrapage et locomotive allemande obligent), les écarts de croissance se sont resserrés, en même temps que les écarts de salaires, si bien que le processus de convergence des niveaux de vie s'est globalement ralenti depuis 7 ans. Seules trois économie avancées intègrent ce 1er groupe : à l'Est, l'Allemagne, au Nord son voisin danois, au Sud-Ouest le Portugal en plein renouveau économique, depuis que le pays a tourné le dos aux politiques d'austérité.

Les effets des politiques budgétaires

A l'opposé, malgré la généralisation de la reprise en Europe, trois pays du Sud ont décroché : la Grèce Chypre et l'Italie. Certes le pourvoir d'achat ne baisse pas en Italie mais avec seulement 1% de hausse du pouvoir d'achat sur l'ensemble de la période il n'y en a pas pour tout le monde, d'autant que les inégalités se sont accrues : une partie des Italiens s'est donc appauvrie entre 2011 et 2017 ainsi qu'un nombre important de Grecs et de Chypriotes alors qu'ils font déjà partis des populations qui ont le plus souffert de la récession.

Il faut y voir les conséquences d'une crise à répétition mais aussi de l'accumulation des plans d'austérité en Italie comme en Grèce. En prenant l'Allemagne comme étalon, on mesure mieux à quels points ces deux pays ont décroché. Alors que le niveau de vie d'un Italien était très proche de celui d'un Allemand jusqu'en 2008, il est près de 25% inférieur aujourd'hui. Si l'essentiel de la décente se passe durant la récession, le niveau de vie encore a cédé 9 points entre 2011 et 2017. Même tendance du côté de la Grèce, où le niveau de revenu disponible brut ajusté par tête est désormais quasiment deux fois inférieur à celui de l'Allemagne.

 
Parmi les pays situés en bas de tableau, figurent aussi les Pays-Bas et la Belgique. En remontant un peu le classement la France et l'Espagne se retrouvent aux coudes à coudes avec un pouvoir d'achat en hausse d'un peu moins de 9%. Une performance à mettre en parallèle avec celle de l'Allemagne : que ce soit du côté français ou espagnol, le niveau de vie relatif vis-à-vis des allemands recule : l'écart dépasse 10 points avec la France et 30 avec l'Espagne.

Enfin, la Suède, le Royaume-Uni, un des rares pays européens à ne pas s'être infligé une cure d'austérité à la sortie de la grande récession même si ce tournant a été pris en 2016 et le Luxembourg forment le trio de tête de ce second tableau.

Ce bref tour d'horizon montre trois choses. Premièrement, la convergence des PECO, mis entre parenthèse pendant la récession, a repris même si plus lentement qu'auparavant. Deuxièmement des grandes économies européennes, l'Allemagne sort en tête. Enfin, les options de politiques budgétaires ont eu une influence décisive sur les trajectoires d'après crise.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 06/11/2018 à 10:24 :
je comprends pas bien l'avant-dernier paragraphe. le UK n'a pas connu d'austérité à partir de 2010 ?!? la London School of Economics montrait en mai 2017 que le UK avait connu une baisse des salaires réels entre 2007 et 2015 (seule la Grèce ayant fait pire ; la France a connu une progression correcte des salaires réels). et il y a eu une bonne cure d'austérité dans le public/les prestations.
un article Bloomberg du 04/07/2018 montre l'évolution des salaires réels entre 2000 et 2017 dans les grands pays de l'OCDE. la France a surperformé US/UK/Italie/Allemagne/Espagne et l'OCDE en général.
pour mémoire, la France est le seul pays du G7 ou la part des salaires dans le PIB n'a quasiment pas baissé depuis 1991 ("La déformation du partage de la valeur ajoutée aux USA", Trésor, Trésor-éco N° 216, 02/2018).
voir aussi les données Eurostat sur le poids des dépenses de logement dans le revenu disponible net, par exemple. les Français s'en tirent bien mieux que la plupart des autres grands pays développés européens. on a pu lire pas mal d'articles dans la presse internationale ces derniers jours sur la grogne des Allemands à propos du coût du logement, notamment.

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