Présidentielle : quels changements sur la fiche de paie ?

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(Crédits : DR)
Tout oppose Marine Le Pen et Emmanuel Macron, tout sauf peut être une volonté partagée de renforcer le pouvoir d'achat des salariés. Mais si l'objectif et les constats sont communs, les chemins sont différents. Par Benoit Bost, auteur de La Sécu à tout prix.

Le pouvoir d'achat est au cœur des préoccupations des électeurs. Les discours furent légions, les propositions plus mesurées. Abandonnons quelques instant les lettres pour s'attarder sur les chiffres et prenons la feuille de paie, d'un salarié à temps plein payé au Smic. Il touche mensuellement environ 1135 euros, le cout global pour l'employeur est de 1651 euros. 11% de ce super brut est constitué par les cotisations et charges patronales, proportion en net recul depuis quelques années, les politiques d'exonération n'ayant eu de cesse de se développer malgré les alternances politiques. Les cotisations salariales représentent elles environ 20% du coût complet du travail. Afin d'améliorer le net perçu, les deux finalistes de la présidentielle ont envisagé tous deux de réduire cette part salariale.

Allégements

Emmanuel Macron propose de supprimer les cotisations sociales maladie et chômage acquittées par le salarié. Au niveau du SMIC, le salarié bénéficierait d'une économie de 46,20 euros par mois. Pour compenser cet allégement et ne pas dégrader davantage la situation des caisses de protection sociale, le candidat d'En Marche pour la France prévoit une augmentation de 1,7% de la CSG. Dans notre exemple, ce même salarié devrait payer environ 26 euros de plus de CSG. In fine, son gain réel serait de 20,30 euros, soit une hausse d'environ 1,8% de son salaire net. Cette amélioration du pouvoir d'achat concerne tous les salariés et croît proportionnellement au niveau de rémunération. Cette mesure rompt avec une tradition de concentration des dispositifs d'aide sur les bas salaires.

Les retraités mis à contribution

Cette hausse de la CSG représente approximativement 23 Milliards d'euros. Les retraités seront mis à contribution. Emmanuel Macron promet toutefois que les moins aisés ne seront pas impactés. Un retraité touchant 1306 euros par mois, montant moyen des pensions en 2015, verra donc son taux de CSG , passer de 6,6 à 8,3 % et perdra donc 22,20 euros mensuellement. Ce montant est équivalent au gain de l'actif au SMIC. Une nouvelle forme de solidarité intergénérationnelle est ici proposée, l'augmentation du salaire net est majoritairement financée par une contraction des revenus de remplacement.

Coup de pouce

Marine Le Pen souhaite également «  que le travail paie mieux» .Mais à la différence du candidat d'En marche, elle concentre ses mesures sur les plus bas salaires se refusant toutefois pour l'heure à augmenter le SMIC. La candidate du Front National promet le versement d'une prime de pouvoir d'achat pour tous les salariés et retraités gagnant moins de 1,4 SMIC, soit environ 1500 euros par mois. Ce crédit d'impôt se traduirait par une augmentation de 80 euros en moyenne sur chaque fiche de paie, soit près de 4 fois plus que la proposition d'Emmanuel Macron, mais bien moins que les 200 euros envisagés dans le programme du Front National en 2012. La majorité des retraités bénéficieraient également d'un coup de pouce significatif, alors qu'ils seraient mis à contribution en cas de hausse de la CSG.

Taxer les importations

Une telle mesure devrait représenter entre 17 et 20 milliards d'euros annuellement. Pour la financer, Marine le Pen propose de créer une contribution sociale sur les importations d'un montant de 3%. En évaluant, ces importations hors énergie à environ 440 Milliards, un nouveau droit de douane d'environ 3,8% devrait être adopté.

Bien évidemment, la taxation des échanges de biens et services au sein de l'Union Européenne n'est pas possible en l'état du Marché Unique. Les règles du commerce « extra-européen », relèvent majoritairement de la compétence de l'Union  et s'inscrivent dans la stratégie européenne « le commerce pour tous ». Modifier traités et accords commerciaux n'est pas si simple. Marine Le Pen arrivée au pouvoir après avoir tenté d'infléchir la politique européenne promet d'interroger les français par référendum sur une possible sortie de l'euro. Au vu de l'expérience du Brexit, ce processus prendrait plusieurs années. La création d'une contribution sociale sur l'importation n'est pas utopique, l'administration Trump envisage d'ailleurs une « border adjustement tax » de 20%, mais sa mise en place en France prendrait a minima l'intégralité du quinquennat. La prime de 80 euros mensuelle ne serait donc pas immédiatement financée.

La bataille de la feuille de paie est donc lancée. Prudente, tronquée, mesurée, courageuse, volontariste, trompeuse, inflationniste...chaque électeur citoyen sera invité à la qualifier d'ici le 8 mai.

Benoît Bost

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Commentaires
a écrit le 05/05/2017 à 15:01 :
Petite remarque,
Dans la fonction publique, il n'y a pas de cotisation chômage (c'est logique pour les fonctionnaires, l'état étant son propre assureur; mais c'est vrai aussi pour les contractuels) donc pas de prélèvement salarial de cotisation chômage.
Donc, en ce qui concerne la proposition de Macron, ausse de 1,7% de CSG, et suppression de 0,7% de cotisation salariale maladie, cela fait -1% de hausse de pouvoir d'achat.
On parle donc plutôt d'une baisse en ce qui concerne le droit publique...

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