Protection des données  : le monde appartient à ceux qui anticipent

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Elie Kanaan.
Elie Kanaan. (Crédits : DR)
OPINION. Les critiques n'ont pas manqué lors de l'adoption par l'Union européenne (UE) du règlement général sur la protection des données (RGPD). Aujourd'hui, on constate que non seulement il n'y a pas eu d'impact économique notable mais aussi que nombre de pays étudient l'adoption de règlements visant à protections des données des internautes. Par Elie Kanaan, Chief Strategy and Marketing Officer, Ogury.

Le RGPD n'était qu'un début. Les oiseaux de mauvais augure annonçaient des temps difficiles pour les entreprises du « Vieux Continent » et une perte de compétitivité certaine pour l'Europe numérique face aux géants américains et chinois. C'était sans compter sur les ravages du scandale Cambridge Analytica. Les consommateurs sont de plus en plus soucieux de l'usage fait par les entreprises de leurs données personnelles. Les législateurs internationaux se saisissent du sujet. Et les Européens apparaissent aujourd'hui comme des pionniers.

La réglementation européenne fait des émules

Comme le RGPD à Bruxelles, le California Consumer Privacy Act (CCPA), premier texte inspiré du règlement européen, a suscité des débats passionnés, jusqu'à son entrée en vigueur, ce 1er janvier. Une première aux États-Unis, dans un État qui accueille les entreprises les plus innovantes qui soient. Comment douter de la nécessité de réglementer la collecte et l'usage des données personnelles, lorsque même la Silicon Valley adopte une loi en la matière ?

Au-delà de la Californie, de nombreux États sont en passe d'adopter leur propre réglementation, du Dakota du Nord à Hawaii. Et cette vague ne s'arrête pas aux côtes nord-américaines. Au sud, la Lei General de Protecao de Dados (LGPD) brésilienne entrera pleinement en vigueur en août. Le régulateur mexicain (Profeco) finalise actuellement un texte similaire qui sera appliqué au printemps. L'Argentine et le Chili discutent un renforcement de leurs lois actuelles. De l'autre côté du Pacifique également, les législateurs marchent dans les pas de l'UE. L'Australie, le Japon, la Corée du Sud, Singapour, l'Inde... de nombreux marchés créent ou mettent à jour leur réglementation pour protéger les données de leurs citoyens. Seule la Chine laisse encore la porte ouverte à l'ingérence des agences d'État dans le traitement des données.

Les disparités locales complexifient la mise en conformité des entreprises

Il faut espérer que, d'ici quelques années, l'ensemble des pays du monde seront dotés des outils réglementaires pour donner le contrôle aux consommateurs sur quand et comment leurs données sont collectées par les entreprises. Mais cela ne va pas sans difficulté pour ces dernières. Tous les États ne partagent pas les mêmes standards et le même niveau de maturité en matière de protection des données. À l'heure actuelle, sans guichet unique, développer une activité numérique dans plusieurs pays revient donc à devoir se conformer à autant de réglementations différentes.

Il s'agit d'un véritable casse-tête pour des acteurs qui éprouvent déjà des difficultés à se mettre en conformité avec une seule législation. D'après une étude DLA Piper publiée le 20 janvier, les autorités européennes ont prononcé des amendes d'un montant global de 114 millions d'euros pour non-conformité avec le RGPD depuis mai 2018. Ne disposant pas des ressources nécessaires pour se conformer au règlement européen, certaines entreprises étrangères ont même coupé court à leur activité au sein de l'UE.

Au-delà du respect des lois, un enjeu d'image pour les entreprises

On voit donc bien quelles difficultés attendent les entreprises aux ambitions internationales. Marques qui investissent dans la publicité digitale comme éditeurs de sites ou applications, nombreux sont ceux qui attendent l'adoption de nouvelles réglementations pour se mettre au diapason. En l'absence de loi, ces organisations se passent du consentement explicite et informé de l'utilisateur. Or, RGPD ou non, une donnée récoltée à l'insu du consommateur et sans lui laisser de choix ne peut que porter préjudice à une entreprise. Il ne s'agit pas seulement de respect des lois mais bien d'éthique et d'intégrité. C'est la réputation de ces entreprises qui est ici en jeu.

La conformité à cette myriade de textes, existants ou à venir, est par essence un processus long et continu. Adopter dès aujourd'hui des solutions de conformité globales, qui respectent les plus hauts standards de protection des données semble être le seul moyen d'y faire face. Ces solutions existent. Il n'est d'ailleurs pas étonnant qu'elles soient proposées par de jeunes entreprises européennes, culturellement sensibles à la protection des données, qui ont anticipé le mouvement mondial amorcé par le RGPD. Au-delà de la contrainte réglementaire, l'Europe a compris avant le reste du monde que le respect du consentement de l'internaute est désormais un avantage compétitif indispensable.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2020 à 9:52 :
Une donnée protégée est une donnée non créée ou que l'on ne retrouve plus, tout est relatif... par contre vendre une protection impose la création de donnée même inutile!
a écrit le 10/06/2020 à 10:50 :
"on constate que non seulement il n'y a pas eu d'impact économique notable"

La vache si l'hypocrisie était un produit de consommation courante vous seriez milliardaire vous hein !?

Pourquoi devrait il y avoir un impacte économique vu que le business de nos données existe déjà et que la RGDP n'a absolument aucun moyen de s'y opposer ? Seulement là afin d'essayer de récupérer un peu des gains financiers que cette économie sous le manteau généré.

La seule idée valable étant donné que domaine dans lequel la puissance des GAFA fait loi, serait que nos données nous appartiennent et d'officialiser enfin le business qui lui est lié afin que nous autres internautes gagnions enfin un peu d'argent avec.

Mais c'est ça qui doit embêter la finance tout ce fric "gaspillé" en le proposant aux gueux, donc de ce fait l'hypocrisie en peut que durer.
a écrit le 10/06/2020 à 7:49 :
Bonjour,

Ce monde appartient à ceux qui ont des mauvaises intentions Et de TRÈS mauvaises intentions de masse et qui anticipent leurs actions massives ( ils ignorent que quoi qu’ils feront : sera pour leur pomme à la fin - ce principe ne change pas , varie un peu mais revient au même point -«  c’est testé « )
pour les autres ce sont
« des voyageurs du temps. »
Les gagnants seront ceux qui ont vraiment des valeurs sincères , purs et humains , tolérant , juste , équitables et équilibrés et qui partage sains haine et sans violence , en essayant de ne pas juger et d’enlever les préjugés collectives.
Ce n’est pas l’appartenance qui compte : l’important est de laisser une bonne empreinte collective ; une empreinte humaine .

Cordialement,

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