Quand la technostructure veut tuer la biologie médicale indépendante !
Dr Dominique Lunte et Dr Michel Pax

Photo d'illustration
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Dr Dominique Lunte et Dr Michel Pax

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Nous en avons encore une preuve. Une décision de sa part publiée le 3 septembre 2024 vient drastiquement et unilatéralement baisser la valeur de 25 actes de biologie médicale de l'ordre de 10% du jour au lendemain, en une seule fois.
Une décision injustifiable qui va fragiliser en particulier les laboratoires indépendants qui ont résisté à la financiarisation du secteur et qui souhaitent s'engager dans la reconstruction d'une santé publique performante en France.
Cette décision est une caricature de la distorsion entre les actes et les paroles des Pouvoirs Publics. Alors que la direction de l'Assurance maladie et la classe politique s'offusquent officiellement de la montée en puissance de la financiarisation, ils érodent la viabilité économique des acteurs indépendants, les condamnant à disparaître ou à se vendre aux financiers.
Notre secteur a connu une vaque de concentration inédite dans la santé depuis 2010, en partie liée aux exigences d'accréditation coûteuses pour les indépendants, mais surtout à cause de la régulation comptable au rabot des dépenses de biologie médicale. En purs technocrates ignorants des réalités économiques et de santé publique, les responsables de l'Assurance Maladie ont baissé les tarifs de 2,2% chaque année, alors que les volumes progressaient de 2,5%.
Ainsi, la part des dépenses de biologie médicale dans la consommation de soins et biens médicaux a régressé de 2,2% à 1,9% sur la période, une aberration en matière de santé publique au XXIe siècle où la prévention doit se développer.
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En une décennie, les quelque 4000 laboratoires se sont concentrés pour 70% du marché dans six groupes financiarisés. Les 30% restant tentent de s'organiser par le biais d'une mise en réseau (Les Biologistes Indépendants, LBI) afin de mutualiser nos moyens, d'investir dans les innovations technologiques et de résister à ce tsunami de la financiarisation. Une telle décision remet sérieusement en cause la capacité de survie de notre réseau ; en tout cas, elle condamne son développement.
La funeste décision de l'Assurance maladie oblige les laboratoires à prendre des mesures de réduction de leurs charges et en cela nous précipite dans une logique financière aux dépens de la santé publique, contre notre volonté. Une raison fondamentale pour nous, médecins et pharmaciens biologistes, d'exercer notre métier est de privilégier l'intérêt des patients, la santé publique dans chaque territoire.
Au lieu de cela, nous allons être condamnés dans les prochaines semaines à prendre plusieurs mesures négatives pour tous, dont :
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la désertification des territoires en médecine générale et en médicaments va s'appliquer à la biologie médicale. Ces déserts médicaux sont directement liés à ce type de décision. Aucune leçon n'a été tirée des cris d'alerte de nos concitoyens.
Cette gestion funeste des dépenses publiques en santé est d'autant plus condamnable qu'une autre voie gagnant-gagnant existe. Le réseau LBI a suggéré à l'Assurance maladie de construire un véritable service public territorial de biologie médicale dans lequel nous nous engagerions dans la délivrance d'un service de qualité et de proximité pour toute la population. A ce titre, nous sommes prêts à augmenter notre charge de contraintes en matière de soins d'urgences et de permanence de soins.
Nous avons été plus loin en proposant un vrai pacte de santé publique, qui ferait de la biologie médicale un fer de lance de la prévention et de l'innovation. Ne pas davantage utiliser les quelque 10 000 biologistes médicaux à réaliser l'ensemble de vaccinations et des dépistages est un énorme gâchis de santé publique. Nous disposons des infrastructures et du personnel pour devenir, avec d'autres acteurs comme les pharmaciens, des référents en prévention dans l'intérêt de la santé de la population.
Nous pourrions aussi être un fer de lance pour digitaliser la santé en France, en généralisant l'usage de l'espace numérique individuel en santé des citoyens, en échec depuis 20 ans et en développant l'usage de l'intelligence artificielle.
Cependant, pour que cette voie d'espoir devienne réalité, nous avons besoin de ressources suffisantes pour investir et développer nos services. Cette décision du 3 septembre ferme cette voie et participe à l'accélération du délitement de la biologie médicale.
Elle ne peut que renforcer la défiance croissante de la population vis-à-vis de dirigeants dont les actes contrarient les paroles.
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(*) Les Biologistes Indépendants
Dr Dominique Lunte et Dr Michel Pax