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Quelle devrait être la politique de la France envers l'Iran ?

Hamid Enayat

Publié le 02 février 2021 à 09:10 - Mis à jour le 02 février 2021 à 10:41

Khameini

Le guide suprême l'ayatollah Khamenei lors d'une intervention télévisée le 8 janvier dernier.

Reuters

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Photo d'illustration de l'article
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OPINION. La reprise des activités nucléaires en Iran nécessite une politique de fermeté de la communauté internationale, notamment de Paris, à l'égard du régime en place, qui se maintient au pouvoir par la répression et le terrorisme. Par Hamid Enayat, analyste et écrivain iranien basé à Paris.

Le dossier du nucléaire iranien soulève des inquiétudes de plus en plus grandes au sein de la communauté européenne, y compris en France, comme en atteste l'interview accordée au Journal du dimanche, le 17 janvier, par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui exprimait les craintes profondes que lui inspirent les activités nucléaires de la République islamique.

Or, depuis 40 ans, date de l'émergence de la République islamiste, n'avons-nous pas déjà fait l'expérience que ce régime iranien ne peut renoncer à son projet nucléaire? Y compris même lors de ces moments les plus favorables des tractations entre pays concernés par l'échange de la retenue des projets nucléaires et balistiques contre celle des sanctions touchant les concessions économiques et politiques.

Ceci pour la simple raison que ce régime, qui relève de dogmes religieux, moyenâgeux et misogynes appartenant au passé, ne peut renoncer à ces moyens stratégiques que sont l'exportation du terrorisme et du bellicisme, pour se maintenir au pouvoir.

Poursuite des attaques

C'est pour ces raisons qu'il poursuit ses attaques contre des navires ,comme celui de la Corée du sud dans les eaux internationales, ou contre des installations pétrolières dans les pays voisins. S'appuyant désormais sur son programme de missiles destiné à menacer les pays voisins, il a fait et continue de faire échouer tous les efforts européens de pacification - en particulier ceux consentis par le président français, et ceux du ministre des Affaires étrangères en 2016, pour réduire les tensions dans la région.

Ce qui, par ailleurs, ne l'empêche pas de critiquer durement la France et l'Europe au sein de sa propagande intérieure à l'Iran.

La répression en Iran et la guerre à l'étranger demeurent la seule issue des mollahs pour se maintenir au pouvoir. Cette théocratie ne comprend que la fermeté, puisque ces mollahs considèrent le silence, la flexibilité et les négociations comme des signes de faiblesse. Ils voudraient faire croire que c'est l'Europe qui a besoin de médiation, alors que ce sont eux qui en auraient besoin. Ainsi toute absence de réaction aux violations des lois par ce régime et à son bellicisme vaut encouragement pour les mollahs.

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Pour faire avancer leur politique, ils prennent, notamment, en otage la scientifique franco-iranienne Fariba Adelkhah ; ils utilisent leurs ambassades et leurs diplomates, tel Assadollah Assadi, en poste en Autriche, pour mener un attentat, déjoué en France en 2018, contre le grand rassemblement annuel des Iraniens, en vue de cibler Maryam Radjavi, la dirigeante de l'opposition iranienne, au milieu de milliers de participants dont des personnalités politiques et membres de parlements européens.

C'est exactement ce genre d'expérience que nous - les Iraniens - ne cessons de faire depuis 40 ans. Si ce régime avait la moindre possibilité de réforme, pourquoi aurions-nous durant toutes ces années payé un prix si élevé pour résister à un régime qui a légalisé les discriminations contre les femmes et commis le plus grand nombre d'exécutions de femmes au monde ?

S'il y avait la moindre possibilité de modérer ce régime, si le Président n'était pas un instrument du Guide Suprême, si les dirigeants pouvaient penser aux intérêts du peuple, le Guide Suprême iranien aurait-il interdit avec une cruauté inédite l'importation des vaccins valables du Covid19, de France et des Etats-Unis, alors que l'Iran compte plus de 200.000 victimes ? Et si ce régime disposait d'un minimum d'équilibre et de stabilité, quelles raisons aurait-il d'augmenter, sans fin, la répression et le terrorisme et de rejeter les propositions successives de la France d'un vivre en paix avec les autres pays de la région ?

Les pasdarans et les milices du régime iranien exercent leurs massacres partout en Iran, en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen. Ils ont été créés essentiellement pour cela, rien d'autre. Ce régime ne pourra jamais changer de conduite, parce qu'il est affaibli et isolé. Changer de conduite signifierait pour lui un changement de régime. C'est Khamenei lui-même, qui le dit.

Un groupe d'experts des Nations unies, spécialisé dans les droits humains a adressé une communication au gouvernement iranien en forme de mise en garde, soulignant que les violations passées et actuelles liées aux massacres commis dans les prisons en 1988 étaient susceptibles de constituer des crimes contre l'humanité, et l'informant qu'il demanderait une enquête internationale.

« Cette communication des experts des Nations-Unies est une avancée capitale. Il s'agit d'une étape décisive dans le combat de longue date que mènent les familles de victimes et les survivant.e.s, avec le soutien d'organisations iraniennes de défense des droits humains et d'Amnesty International, pour mettre un point final à ces crimes et obtenir vérité, justice et réparation », a déclaré Diana Eltahawy, directrice adjointe d'Amnesty International pour la région Afrique du Nord et Moyen-Orient.

Politique de fermeté

Cinquante-quatre parmi les quatre-vingt-six criminels appartenant aux trente-cinq « commissions de la mort » coupables de ce massacre, occupent actuellement d'importants postes de responsabilité au sein du régime, en particulier le mollah Ebrahim Raïssi, chef du pouvoir judiciaire, ou le ministre de la Justice, le vice-président du parlement et nombre de hauts responsables judiciaires du régime, ainsi que certains autres titulaires de postes en vue, du régime... Ils furent autrefois, membres de ces commissions de la mort. Le Guide actuel, Khamenei a été, quant à lui, Président de la République durant le massacre tandis que le président actuel, Hassan Rohani, occupait un poste de haut responsable sécuritaire.

Sans une politique de fermeté qui l'arrête, le régime se montrera de plus en plus agressif et les tensions augmenteront.

Les initiatives de la diplomatie française, avec son leadership dans ce domaine, doivent - tout en continuant de soutenir l'arrêt des exécutions et des violations des droits de l'homme subies par le peuple iranien et sa Résistance - s'employer activement à encourager l'ouverture d'une voie démocratique en Iran. C'est la seule manière d'instaurer la paix et la stabilité dans cette région et d'y encourager la démocratie.

Hamid Enayat

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