Quelles orientations énergétiques et écologiques pour le nouveau gouvernement ?
Gérard Vespierre

Photo d'illustration
Valérie Semensatis
Gérard Vespierre

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Valérie Semensatis
... doivent être maintenus. Par Gérard Vespierre (*) président de Strategic Conseils.
La politique française s'est inscrite dans une stratégie de décarbonation, qui présente plusieurs visages, filière nucléaire, énergies renouvelables, et exploration forte de la filière hydrogène. Cette triple orientation donne à notre pays et à notre économie une place tout à fait enviable en Europe.
Ce triptyque donne en effet à notre pays l'avantage d'abaisser le plus efficacement possible les émissions de CO2 provenant tant de notre industrie que de la consommation énergétique des ménages. Il permet d'envisager un futur économique où les aléas géopolitiques sur les cours des énergies fossiles, pétrole et gaz, auront moins d'impact sur nos coûts de production industrielle, et de chauffage domestique. Surtout, cette stratégie de diversification et de bas coût de notre production d'électricité, grâce à l'option nucléaire, donne à notre pays un avantage compétitif stratégique, vis-à-vis de nos concurrents européens.
Il n'est pas inopportun de rappeler, en ce moment, ce titre provocateur du plus grand magazine allemand, paru il y a juste 1 an, en septembre dernier.
Les choix stratégiques des autorités et des gouvernements français étaient reconnus comme plus judicieux, plus avantageux pour le futur, en termes de compétitivité.
Se dessinait en filigrane, dans ce titre, le choix allemand de la filière gaz, et de ses approvisionnements privilégiés en provenance de Russie. Cette stratégie matérialisait la vision de l'industrie et du monde politique allemand, vis-à-vis du monde russe, exprimée dans la lapidaire formule « wandel durch handel » la transformation (du monde russe) par le commerce. Le monde russe, autoritaire et stratégique, ne s'est pas transformé, mais c'est le commerce russo-allemand, lui qui a changé...
Le cumul de l'arrêt du nucléaire, et de la coupure du gaz russe, a conduit l'Allemagne vers une reconversion précipitée dans sa production électrique en revenant au charbon, hérésie écologique et économique.
Les choix nationaux de stratégie énergétique sont à la fois nécessaires, pour des raisons écologiques, bousculés par les évolutions technologiques, et porteurs de lourdes conséquences pour la totalité d'un pays. Les acteurs industriels, et tous les consommateurs sont donc naturellement impactés, les uns par les coûts, et les autres par les prix.
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L'Allemagne d'exportateur net d'électricité, est ainsi devenue un importateur net en 2024. Les choix de stratégie énergétiques sont donc lourds de conséquence.
La stratégie énergétique française est articulée autour d'un triptyque, énergies renouvelables, hydrogène, autour de la base que constitue notre réseau de centrales électronucléaires.
Cette dernière vient de recevoir, enfin, l'apport de la technologie EPR, depuis quelques jours, avec le lancement du processus de divergence du réacteur nucléaire de l'unité de Flamanville, dans la Manche, en capacité de devenir la plus puissante centrale de tout le réseau français.
Ce choix nucléaire, historique, renforcé par la mise en œuvre de plusieurs centrales EPR sur notre territoire, doit absolument se poursuivre dans la continuité, aussi bien pour notre compétitivité industrielle, que vis-à-vis des opportunités d'exportation. Les retards accumulés ne doivent absolument pas se reproduire dans la filière nucléaire dite SMR (Small Modular Réeactor) très complémentaire par leur très petite taille, et faible puissance, des impressionnants réacteurs EPR. Ces petites installations électronucléaires trouveront leur place tant sur notre territoire qu'à l'exportation.
En complément de cette stratégie électronucléaire développée depuis plus de 50 ans, une orientation vers l'éolien s'est lentement mise en place.
Dans la loi relative à la transition énergétique promulguée en août 2015, notre pays s'est engagé à atteindre 32% d'énergie renouvelable dans la consommation finale d'énergie en 2030. L'éolien assurera alors une part dominante de cet objectif.
Mais le démarrage de l'éolien français s'est concentré sur le territoire, délaissant les côtes et façades maritimes. Mais une accélération notable a eu lieu cette année, avec le lancement d'un investissement de 4,5 milliards d'euros consacré au développement de plateformes off-shore de grande puissance destinées à équiper les parcs de Normandie et d'Oléron.
Le parc éolien français se place en 4e position en Europe, derrière l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni. Cette position ne reflète ni les capacités de notre pays avec ses 3 façades maritimes, ni le potentiel de ses entreprises de construction industrielle.
Le maintien de cette accélération est donc essentiel. Il est primordial qu'un nouveau gouvernement confirme clairement ces options.
La stratégie nationale de développement de l'hydrogène décarboné (ou SNH) a été annoncée en septembre 2020 et prévoit un soutien public de 9 milliards d'euros en 10 ans.
Elle s'articule autour de 3 axes, dont le principal est l'installation d'électrolyseurs destinés à produire de l'hydrogène par décomposition de l'eau, en recourant à l'électricité principalement fournie par l'éolien et le solaire. L'objectif est de produire 600.000 t/an d'hydrogène décarboné.
Un autre axe concerne le développement de mobilité, en particulier pour les véhicules lourds, de fret et de passagers.
Le troisième axe vise la construction d'une filière industrielle hydrogène, créatrice d'emplois, depuis la production d'hydrogène natif, récemment découvert dans l'est de la France, jusqu'à la fabrication de moteurs thermiques, alimentés directement en hydrogène.
Cette stratégie « hydrogène France » pourrait représenter un potentiel de création de 150.000 emplois à la fin du plan, et accompagner la baisse du chômage dans notre pays.
Il est donc de première importance d'entendre, dans les prochaines semaines, le nouveau gouvernement confirmer ces choix et investissements.
Les choix énergétiques et technologiques de la France ont une répercussion internationale, non pas seulement par le rang de notre pays dans le monde, mais par l'interface de la France avec ses voisins européens, et aussi par toutes les opportunités d'exportations des technologies françaises, hydrauliques et nucléaires.
Dans les prochaines semaines et plus précisément au début du mois de novembre se tiendra à Abou Dhabi la plus grande conférence et exposition mondiale sur l'énergie, ADIPEC 2024. Y seront abordés tous les thèmes de la transition énergétique à travers 10 groupes de conférence.
La France a toute latitude de faire entendre sa voix et de confirmer la dynamique de ses choix dans le cadre de 3 de ces 8 groupes de conférences, orientés sur la stratégie énergétique, la décarbonation, et le développement de l'hydrogène. Les industriels français pourront dans les espaces d'exposition présenter leurs compétences dans les énergies carbonées et renouvelables, la digitalisation, ainsi que l'apport de l'Intelligence Artificielle dans la révolution énergétique.
Devant l'évolution sociétale et politique que connaît notre pays, il serait important de confirmer ses choix énergétiques, écologiques, et technologiques. N'oublions pas qu'ils sont destinés à améliorer la vie et l'environnement de nos concitoyens, et des autres habitants de notre planète.
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(*) diplômé de l'ISC Paris, DEA Finances Dauphine PSL, Fondateur du média web : www.le-monde-decrypte.com Chroniqueur géopolitique sur IdFM 98.0
Gérard Vespierre