Quels risques mondiaux en 2019 ?

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Donald Trump, président des Etats-Unis, et Xi Jinping, président de la Chine. Donald Trump a désigné la Chine comme l'adversaire principal et lancé une guerre commerciale, monétaire et technologique.
Donald Trump, président des Etats-Unis, et Xi Jinping, président de la Chine. Donald Trump a désigné la Chine comme l'adversaire principal et lancé une guerre commerciale, monétaire et technologique. (Crédits : Reuters)
Trois risques géopolitiques, lourds d'incertitudes, vont dominer cette nouvelle année: la guerre commerciale sino-américaine ; l'évolution de l'Union européenne, en cas de Brexit sans accord et des élections sur fond de montée des populismes ; enfin, la capacité de la Chine à tenir son rang dans l'économie mondiale. Par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po et membre du conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique.

L'année 2019, qui s'ouvre, marquera la transformation de notre époque par l'accumulation des risques et des tensions géopolitiques. Trois moments clés seront particulièrement scrutés et auront des conséquences importantes sur l'évolution géopolitique et économique des prochains mois.

Les voltefaces répétées de l'administration Trump

D'abord, l'économie mondiale est suspendue à la conclusion, ou pas, d'un accord commercial entre les États-Unis et la Chine. Lors de leur rencontre au G20 de Buenos Aires, Donald Trump et Xi Jinping ont décidé de relancer les négociations et se sont donnés jusqu'au 1er mars prochain pour conclure un éventuel accord. Si les Chinois semblent prêts à faire des concessions, les voltefaces répétées de l'administration Trump n'excluent pas la poursuite d'une guerre commerciale entre les deux superpuissances. Le projet d'un décret élaboré par la Maison Blanche pour exclure les deux géants électroniques chinois, ZTE et Huawei, des marchés américains, ainsi que l'interpellation de l'héritière du fondateur de Huawei au Canada à la demande des autorités judiciaires américaines, rendent aléatoire la conclusion d'un accord. Le problème de fond réside dans la confrontation, désormais ouverte, entre Washington et Pékin. Donald Trump a désigné la Chine comme l'adversaire principal et lancé une guerre commerciale, monétaire et technologique. De son côté, si Pékin fait profil bas dans la droite ligne de la stratégie déployée depuis Deng Xiaoping, la volonté de devenir la première puissance mondiale demeure profondément ancrée. Pour cela, la Chine met en œuvre une stratégie globale avec le rééquilibrage de son modèle de croissance, sa montée en gamme technologique, son projet des Nouvelles Routes de la Soie et le renforcement de ses capacités militaires.

La vague illibérale en Europe

Ensuite, l'Europe constitue, pour la première fois depuis les guerres dans l'ex-Yougoslavie, un risque géopolitique considérable en 2019. Le Royaume-Uni doit sortir de l'Union européenne le 29 mars prochain, au moment même où la campagne pour les élections européennes débuteront avec une possible vague populiste et illibérale qui prend progressivement place en Europe centrale, mais également en Italie et en Grèce. La zone euro est aussi soumise à de fortes tensions internes en raison de la divergence des grandes économies et d'un affrontement, de plus en plus fort, entre les tenants de l'ordolibéralisme à l'allemande et les partisans d'une relance keynésienne dans les pays latins. La question du Brexit sera structurante pour l'avenir européen à court terme. Depuis le référendum, le 23 juin 2016, le Royaume-Uni enchaîne les mauvaises performances économiques. La croissance a chuté de 3% à 1,4% en 2018 et 1,3% attendu en 2019 et 2020. L'inflation atteint 3%. La livre a été dévaluée de près de 20%. La City perd son statut de marché central pour l'euro alors que les relocalisations des services bancaires vont s'accentuer en Europe continentale. Dépourvue d'une majorité stable au Parlement, Theresa May, la Première ministre britannique, pourrait opter pour un second référendum, une sortie sans accord ou un nouveau report le temps d'aller aux élections générales. La raison peut encore l'emporter à Londres afin de conclure un accord de transition pour une sortie ordonnée du Royaume-Uni, tout en réglant définitivement la question irlandaise qui sape les négociations entre Londres et Bruxelles.

Le rôle central de la Chine

Enfin, le troisième risque géopolitique est celui de la stabilité de l'empire du Milieu. Désormais érigée en deuxième économie mondiale, constituant le tiers de la croissance mondiale, la Chine est devenue un acteur structurant sur tous les sujets mondiaux, du climat à l'économie, en passant par les innovations technologiques. Il y a donc un "intérêt général" mondial à ce que le ralentissement de la croissance chinoise, incontournable en raison de la maturité atteinte par l'économie, soit organisé en douceur et que la stabilité du régime politique l'emporte à Pékin. Alors que les aléas s'accumulent aux États-Unis et en Europe, pressés par des opinions publiques aux idées parfois contradictoires, la politique mise en œuvre par Xi Jinping se caractérise par sa très grande continuité. Le dernier congrès du Parti communiste, en décembre, a ainsi confirmé la poursuite des mesures de soutien à l'économie, grâce aux allégements fiscaux, à une politique de prêt faible et à la poursuite des chantiers d'infrastructures.

C'est in fine le paradoxe de cette année 2019. Alors que le regain d'autoritarisme a considérablement raidi le pouvoir chinois, les espoirs de la stabilité mondiale reposent plus que jamais sur les épaules de Xi Jinping. Le président chinois a désormais beaucoup de cartes en main : la possibilité de conclure un accord commercial avec Washington, la poursuite de la croissance chinoise comme moteur de l'économie mondiale par la poursuite des mesures de soutien et la stabilité globale en Asie, que ce soit à travers le dossier nord-coréen, la mer de Chine ou l'alliance avec la Russie. Pour autant, Xi Jinping n'a pas la maîtrise du jeu qui demeure, en dernier ressort, à la Maison Blanche, entre les mains de Donald Trump. C'est précisément cela qui rend l'année 2019 si aléatoire du point de vue géopolitique.

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Commentaires
a écrit le 02/01/2019 à 10:08 :
"La raison peut encore l'emporter à Londres "

"Il n'y a pas de phénomène moral seulement une interprétation morale des phénomènes." Nietzsche

Le journalisme devrait être neutre, s'il veut survivre il va falloir s'adapter à l'ère d'internet média qui nous prend bien moins pour des imbéciles que les médias de masse ordinaires.

"Le président chinois a désormais beaucoup de cartes en main : la possibilité de conclure un accord commercial avec Washington, la poursuite de la croissance chinoise comme moteur de l'économie mondiale par la poursuite des mesures de soutien et la stabilité globale en Asie, que ce soit à travers le dossier nord-coréen, la mer de Chine ou l'alliance avec la Russie"

Je ne vois pas les "cartes" dont vous parlez puisque la possibilité de pouvoir signer un accord renégocier par les américains en faveur de ceux-ci est plutôt une mauvaise nouvelle et une dépossession.

"la poursuite de la croissance chinoise comme moteur de l'économie mondiale"

LA croissance chinoise ne cesse de baisser depuis des années, c'est logique puisque leurs actionnaires milliardaires font comme tous les actionnaires milliardaires du peuple à savoir parasiter le pouvoir d'achat.

"et la stabilité globale en Asie que ce soit à travers le dossier nord-coréen, la mer de Chine ou l'alliance avec la Russie"

Non ce ne sont pas des cartes en mains mais plutôt des ronces.

Bref, je pense que vous avez écrit le titre de votre article avant de le rédiger...
a écrit le 02/01/2019 à 9:44 :
Faut bien effrayer les masses. Dans la liste, vous oubliez d'evoquer la coree du nord.
a écrit le 02/01/2019 à 9:26 :
Avec des "loustics" comme Trump, Xi Jin Ping, Poutine, Bolsonaro, Renzo, Orban, et tant d'autres petits cheffaillons, 2019 n'annonce rien de bon. Une crise financière qui entraînerait une crise économique ferait certainement sur-reagir les "loustics" et conduirait inévitablement au chaos.

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