Réformer le Fonds monétaire international

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(Crédits : Reuters)
Le FMI doit bouger, après plusieurs erreurs. Réformer le système des droits de tirage spéciaux (DTS), afin d'en faire un véritable actif de réserve international, serait un moyen d'avancer. Par Harold James, professeur d'histoire et des Affaires internationales à l'Université de Princeton et Domenico Lombardi, directeur du programme sur l'économie mondiale au Centre pour l'Innovation sur la Gouvernance Internationale (CIGI) au Canada.

Le système international de gouvernance économique est arrivé à un moment décisif de son histoire. Après 70 années, les institutions de Bretton Woods (le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale), paraissent démodés et leur légitimité même est remise en cause dans de nombreux secteurs. Si ces institutions veulent rester compétentes, d'importants changements seront nécessaires.

Le FMI en particulier est confronté à des défis sur tous les fronts. Aux États-Unis, le Congrès est en perte de vitesse non seulement sur des questions internationales comme le commerce, mais aussi sur la mise en œuvre des réformes permettant d'élargir le rôle des économies émergentes au sein du FMI. Pour sa part l'Europe a attiré l'organisation dans sa crise de la dette, la Grèce ayant déjà manqué à un paiement sur ses prêts du FMI (bien que le Fonds ne désigne pas cela comme un défaut de paiement). Et en Asie, le FMI porte toujours un stigmate, suite à sa réponse erronée à la crise financière de la région à la fin des années 1990.

 Les DTS basés sur un panier de 16 monnaies

Comment le FMI peut-il reprendre sa fonction de gardien de la stabilité financière internationale ? Une solution pourrait consister à ajuster son actif de réserve international, les droits de tirage spéciaux (DTS), en ajoutant le renminbi chinois au panier de devises qui détermine sa valeur.

Les DTS ont été créés en 1969 pour aider à protéger le monde contre les dangers d'une pénurie de liquidités. Au début, sa valeur était égale à celle du dollar américain, définie en termes de poids spécifique d'or. Mais quand le président américain Richard Nixon a mis fin à la convertibilité internationale du dollar en or en 1971, la plupart des pays ont adopté un système de taux de change flottants, où la valeur d'une monnaie donnée peut fluctuer fortement.

Afin de stabiliser la valeur des DTS, les responsables politiques ont décidé en 1974 de le baser sur les monnaies des 16 pays qui représentaient au moins 1% du commerce mondial. Mais étant donné que plusieurs de ces devises n'ont pas été largement échangées, le grand panier de devises s'est avéré inefficace. Les DTS sont devenus un mauvais choix en termes de réserve de valeur, avec un rendement inférieur à celui d'autres avoirs de réserve.

En 1981, le panier de DTS a été rénové pour regrouper uniquement les devises des plus grands acteurs économiques mondiaux : France, Allemagne, Japon, Royaume-Uni et États-Unis. La nouvelle composition était assez simple pour être comprise facilement par les investisseurs et assez stable pour résister à des oscillations des taux de change. Le panier a été encore amélioré quand l'euro a remplacé le franc français et le Deutsche Mark.

Une utilisation limitée

Pourtant, alors que le monde n'a pas fait face à une véritable pénurie de liquidités depuis 1971, l'utilisation des DTS comme actif de réserve mondial est restée limitée. Avant la récente crise financière mondiale, le DTS ne représentait que 0,5% des réserves internationales. Même après des allocations substantielles en 2009 (en vue de compléter les réserves de change des pays membres du FMI et de renforcer leur capacité à résister à la crise), sa part culminé seulement à 3,7%. Bref, le DTS est utilisé moins comme actif de réserve que comme unité de compte spécifique du FMI.

Néanmoins les DTS peuvent prendre une valeur réelle, en servant d'unité stable de référence dans une période de volatilité croissante des taux de change. Depuis le mois de janvier, où la Suisse a répondu à la dépréciation de l'euro par rapport au dollar en abandonnant son rattachement à la monnaie européenne, l'économie du pays a connu une récession. Cela met en évidence la valeur d'une unité stable à laquelle les petites économies peuvent rattacher leurs monnaies, en particulier à un moment de volatilité croissante des taux de change.

Naturellement si les DTS doivent assumer cette fonction, ils doivent avoir une utilisation plus large. Surtout, ils doivent être négociés sur le marché privé et utilisés comme base pour le crédit privé. Cependant dans ces circonstances, le panier de DTS doit être plus complet et inclure en particulier les devises de grandes économies naissantes, à commencer par la Chine.

Le renminbi chinois est conforme aux exigences

Contrairement à ce que soutiennent certains opposants, le renminbi chinois est conforme aux exigences d'adhésion au panier de DTS. Tout d'abord, il s'agit à présent d'une monnaie véritablement mondiale. Un quart du commerce international énorme de la Chine (le pays est le deuxième exportateur mondial, ce qui représente un huitième des exportations mondiales) est facturé en renminbi.

En outre, le renminbi répond maintenant à la condition d'être « librement utilisable », ce qui n'était pas le cas en 2010, quand la Chine a essayé pour la première fois de faire ajouter sa devise au panier de DTS. Depuis l'introduction d'une série de réformes internes visant à accroître l'utilisation du renminbi dans les paiements internationaux, la monnaie est devenue la cinquième monnaie la plus utilisée à cette fin, ce qui représente plus de 2% de ces transactions. Cette part peut sembler modeste, mais elle n'est inférieure que d'1% à celle du yen japonais.

Le premier point délicat restant est que le renminbi n'est pas librement convertible, car le gouvernement chinois doit encore éliminer les contrôles de capitaux. Mais au cours des dernières années, le FMI a révisé sa position sur les contrôles de capitaux, en reconnaissant leur utilité dans certaines circonstances. Et les grandes banques centrales se sont récemment orientées vers une régulation dite « macro-prudentielle », soit à une forme allégée de contrôle des capitaux.

Cette année, la valeur du dollar américain a augmenté par rapport à presque toutes les devises, sauf une exception notable : le renminbi. Ceci est la preuve que la Chine évolue de manière lente mais pourtant constante, vers un taux de change dicté par le marché : soit précisément le genre de preuve qui peut inciter les investisseurs à plaider en faveur d'un actif mondial.

La raison profonde qui a motivé la création du DTS était sensée : le monde avait besoin d'un actif de réserve international pour rendre compte de l'état du commerce mondial. Mais l'exécution du plan a été faussée. Le panier de DTS original était trop large, tout comme sa version actuelle est trop étroite. Et le fait de se concentrer sur les capitaux détenus par des organismes officiels n'a pas tenu compte de la valeur potentielle du DTS sur les marchés privés. Il est temps à présent de corriger ces défauts.

Si le FMI veut rester compétent durant une période de transformation économique rapide, il doit s'adapter. En ajoutant le renminbi chinois (et peut-être d'autres devises des marchés émergents) au panier de DTS, cela démontrerait sa volonté et sa capacité de réussir dans cette voie.

Harold James est professeur d'histoire et des Affaires internationales à l'Université de Princeton, professeur d'histoire au European University Institute de Florence et professeur émérite au Centre pour l'Innovation sur la Gouvernance Internationale (CIGI). Domenico Lombardi est directeur du programme sur l'économie mondiale au Centre pour l'Innovation sur la Gouvernance Internationale (CIGI) au Canada.

© Project Syndicate 1995-2015

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