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Répercussions du coronavirus et crise financière

Mariem Brahim et Myriam Ben Saad

Publié le 12 mars 2020 à 08:03 - Mis à jour le 12 mars 2020 à 08:33

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Reuters

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ANALYSE. La propagation du virus COVID-19, caractérisée désormais par l'OMS de pandémie, pèse fortement sur l'économie mondiale, comme en témoigne la chute des indices boursiers et du prix du pétrole. Quelles peuvent être à long terme les répercussions économiques mais aussi sociétales d'une telle situation? Par Mariem Brahim, enseignante-chercheuse à l'ESLSCA Business School Paris, et Myriam Ben Saad, PhD, chercheur associé à l'Université Panthéon-Sorbonne/Membre du FEMISE.

C'est un fait : le virus COVID-19 met l'économie mondiale en danger. Il y a crise car paralysie annoncée de la production et de la consommation. Le coronavirus s'est invité dans de nombreux pays au point de donner corps à une probable pandémie. Doit-on s'attendre à un très fort ralentissement économique, ce qui veut dire moins de profits et donc une baisse des marchés des actions ? Dès lors, doit-on s'inquiéter à long terme des répercussions économiques et sociétales d'une telle épidémie ?

Les bourses mondiales dévissent

Jusqu'au 24 février dernier, la crise du Covid19 se résumait d'abord à un choc économique temporaire, plus précisément un choc de l'offre, c'est-à-dire aux difficultés d'approvisionnement des entreprises en provenance de Chine. Mais, depuis deux semaines, on assiste à une panique sur les marchés financiers. Ils s'effondrent et l'économie est sous le choc. Les bourses mondiales ont plongé dans le rouge face à l'accélération de la propagation de l'épidémie hors de Chine. Les marchés financiers ont vécu un lundi noir, la pire chute depuis 2008. Wall Street n'avait pas connu pareille chute depuis 11 ans. L'indice Dow Jones a terminé à -7, 83% ; S&P 500 à -7,61% et NASDAQ à -7,29%.

A Paris, le CAC 40 a dégringolé de 8,39%, la plus importante baisse depuis 2008. Ont également « plongé » Londres (- 7,69 %), Milan (- 11 %), Madrid (- 7,96 %) et Francfort (- 7,94 %). Le secteur bancaire a été le plus touché, à l'image de la Société Générale qui perdait 14% ou du Crédit Agricole qui voyait son action chuter de 13%. C'est pourquoi les marchés craignent un assèchement du financement de l'économie réelle avec des répercussions macroéconomiques majeures. Reste que la dégringolade du prix du baril de pétrole est aussi à l'origine de ce krach.

L'effondrement des cours du pétrole

Le pétrole est le grand « orchestrateur » du monde. Son prix augmente, les budgets des pays importateurs sont en danger, tout comme celui des consommateurs. Son prix s'effondre (25 - 30 % aujourd'hui) pour des raisons géopolitiques et en raison d'une moindre demande chinoise due à l'épidémie, c'est toute l'économie mondiale qui tremble. L'ensemble des places boursières du Golfe et d'Asie marquent de fortes baisses, ce qui se répercute sur l'ensemble des autres marchés.

Depuis deux mois, l'économie chinoise ne consomme plus de pétrole pour ses usines ou pour ses transports. C'était auparavant le premier importateur mondial de pétrole : 14 millions de baril par jour. Pour soutenir les prix des hydrocarbures, les pays producteurs n'ont eu d'autre choix que de produire moins. C'est pourquoi l'étendue des pertes fait du lundi 9 mars la pire journée pour l'or noir depuis la première guerre du Golfe en 1991... Il a ainsi atteint son plus bas niveau depuis février 2016. Cette chute a résulté de la décision de l'Arabie Saoudite qui s'est lancée dans une guerre des prix en augmentant de manière significative sa production, suite à l'échec des négociations avec la Russie. Les valeurs pétrolières ont donc particulièrement souffert, à l'image de TechnipFMC (-23,30%), Total (-16,61%) ou CGG (-37,48%). Se joue un bras de fer entre pays producteurs, Riyad tentant notamment de forcer la main de Moscou. De fait, face à des prix aussi bas, les États-Unis sont aussi en difficulté : certes c'est devenu le premier producteur mondial et le secteur pétrolier représente 8% de son PIB mais les coûts de production (pétrole de schiste) y sont très élevés.

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Risque de récession dans d'autres pays

Tous les pays producteurs de pétrole ne sont pas des pays « riches ». Or, tous bâtissent des budgets à partir d'un prix du baril qui n'a plus cours aujourd'hui. Songeons ainsi au Nigeria, le plus grand producteur d'or noir africain. Cette baisse des prix de pétrole (et des matières premières en général) va donc avoir un impact très négatif sur les pays pauvres d'Afrique subsaharienne, sur l'Irak et le Venezuela. Seront surtout touchés ceux qui, dépendant presque exclusivement du pétrole, pâtissent d'un manque de diversification dans leur économie, à l'instar de l'Algérie, qualifiée d'État rentier. Un pays souffrant d'une polarisation de l'économie sur de rares secteurs, d'une crise du système d'éducation, du sous-emploi de ses diplômés, d'un taux d'émigration des qualifiés anormalement élevé et d'institutions s'adonnant à la corruption.

Le choc est donc très violent et s'ajoute à la situation fragilisée de ces pays. D'où le risque ou la peur que cette crise financière impacte leurs économies réelles.

Des lueurs d'espoir

On annonce cependant (à tort ou à raison) que cette épidémie est en train de s'atténuer en Chine. Le pays se tourne vers le big data. A l'aide d'une application développée par son géant de l'internet, Alibaba, sont analysées les données téléphoniques des individus pour déterminer s'ils ont séjourné dans des zones à risques ou voyagé à proximité des personnes infectées par le coronavirus. Nonobstant la liberté individuelle qui est loin d'y être perçue comme dans les pays occidentaux, ce code QR est devenu le nouveau sésame pour pouvoir s'y déplacer. Fort de ces mesures, le gouvernement essaierait de remettre en route sa machine économique. Les cadences de production semblent remonter mais, compte tenu des délais de livraisons (entre 30 et 50 jours), les entreprises occidentales devraient être encore pénalisées pendant plusieurs semaines.

Contre toute attente, l'épidémie a eu aussi des conséquences favorables dans plusieurs domaines : atténuation de la pollution en Chine, baisse du prix de l'essence à la pompe, relocalisations envisagées, notamment dans les industries pharmaceutiques particulièrement dépendantes jusque-là des exportations chinoises.

A l'échelle de la planète, la gestion de ce choc constitue un enjeu de taille : seulement transitoire, il n'aurait pas de conséquences structurelles ; durable, des secteurs et des pays en sortiraient en très grande difficulté. Ils doivent être, pour le moins, momentanément soutenus. Tel est le défi des banques centrales et des Etats. Il s'agit d'aider les entreprises en difficultés, de redonner confiance au marché financier en injectant des liquidités et en baissant les taux. La Banque centrale américaine l'a déjà fait la semaine dernière, elle va probablement recommencer. La Banque d'Angleterre vient de baisser ses taux. Celle du japon s'y apprête probablement.

Après un réel vent de panique, les marchés financiers ont donc rebondi. Toutes les bourses mondiales ont regagné, ce mardi 10 mars, des points. Les grandes bourses asiatiques limitent les dégâts. L'indice vedette Nikkei a clôturé sur un gain de 0,85% à 19.867,12 points, contre un plongeon de 5% la veille. L'indice Topix a grimpé de 1,28% pour atteindre 1.406,68 points.

Ce rebond va-t-il s'étendre dans le temps ? De manière irrationnelle ou non, le nombre de morts dans les pays occidentaux en décidera peut-être.

Mariem Brahim et Myriam Ben Saad

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