RÉTRO 2018 | Le rapprochement historique des deux Corée
Thierry Kellner

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Thierry Kellner

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Retour sur une année exceptionnelle dans cette zone en tension depuis 1953 :
C'est la suite logique des évènements des mois précédents : en 2017, la tension entre la Corée du Nord, sa voisine du Sud et les Etats-Unis a atteint un paroxysme. La Corée du Nord voulait en effet renforcer ses capacités balistiques et montrer sa puissance nucléaire aux yeux du monde, gage de survie du régime en place mais aussi de sécurité et de crédibilité tant en interne qu'à l'international. Une fois cet objectif atteint, désormais en position de force, les nord-coréens peuvent passer à la phase suivante : se concentrer sur le développement économique nécessaire du pays, sans doute sur le modèle chinois.
Pour cela, Kim Jong‑un joue l'apaisement, afin de créer l'occasion favorable et de se présenter en position de force à la table des inévitables négociations. Les JO représentaient dès lors une excellente occasion de concrétiser cette phase de détente. Depuis 1953, on a assisté à de nombreux cycles marqués par les tensions et la rhétorique belliqueuse, suivies d'une phase d'apaisement : c'est une stratégie bien rôdée et parfaitement utilisée par la Corée du Nord.
Le timing de cette rencontre était également excellent : Moon Jae In a basé une partie de sa campagne présidentielle sur l'apaisement avec la Corée du Nord. Alors que du côté américain, le troisième acteur principal de ce conflit, une opportunité s'est offerte. Donald Trump avait en effet laissé entendre lorsqu'il était en campagne qu'il ne voyait pas de problème à rencontrer un dirigeant nord-coréen, ce qu'aucun Président américain n'avait jamais fait.
Chacun y trouve son compte, notamment en terme d'image. Mais au-delà, pas grand-chose. L'accord sur la dénucléarisation n'inclut pas d'inventaire de l'arsenal nord-coréen, pas d'agenda de démantèlement, pas de modalités de contrôle... C'est le jour et la nuit par rapport à l'accord détaillé sur le nucléaire iranien, négocié par l'administration Obama et rejeté ensuite par D. Trump. La rencontre avec Kim Jong‑un est une victoire de l'image et de l'égo pour Donald Trump mais sur le fond, tout reste à faire !
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C'est surtout Kim Jong‑un qui en ressort gagnant : une rencontre avec un président américain en tête à tête, c'est une reconnaissance de son statut et de son régime. Par ailleurs, Chine et Russie ont ensuite assoupli les sanctions économiques qu'elles avaient prises vis-à-vis de la Corée du Nord, ce qui affaiblit la pression américaine : encore un point positif pour Kim Jong‑un et un bémol pour Donald Trump.
Les négociations vont se poursuivre et Donald Trump a évoqué une deuxième rencontre avec Kim Jong‑un au début de l'année. Ce sera peut-être l'occasion d'aborder les questions qui fâchent et de voir ce que la Corée du Nord est réellement prête à concéder. Personnellement, je pense que la dénucléarisation prendra du temps et surtout qu'une dénucléarisation complète sera très difficile à obtenir car le programme nucléaire est la garantie de survie du régime. Il est cependant incompatible avec le développement économique recherché par Kim Jong‑un, qui demande un relâchement des sanctions américaines. C'est un peu la quadrature du cercle...
Il faudra donc voir ce qui est acceptable pour le régime nord-coréen et pour la communauté internationale, si un compromis est possible et à quel prix. Par ailleurs, la question des droits de l'homme devra également être abordée à un moment ou à un autre, alors qu'elle est totalement mise de côté pour favoriser les discussions actuelles. Une chose me semble cependant claire : si les négociations ne tournent pas comme la Corée du Nord le souhaite, nous risquons de voir réapparaître les tensions et de repartir dans un cycle de crise.
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Retrouvez ici l'intégrale des articles de la rétrospective 2018
des enseignants-chercheurs de l'ULB.
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Par Thierry Kellner, Chargé de cours (politique étrangère de la Chine), Université Libre de Bruxelles
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation
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