Richesse, santé et qualité de vie : des inégalités toujours à combattre !

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(Crédits : DR)
La santé est un élément essentiel, prioritaire, de la qualité de vie. Si les performances françaises sont globalement bonnes, elles masquent des inégalités. Qu'il faudrait diminuer. par Christine Le Clainche, Maître de conférences - HDR à l'ENS Cachan, associée au CEE. Dans le cadre du printemps de l'économie

Les dépenses de santé en proportion du PIB, en France et aux Etats-Unis notamment, sont parmi les plus importantes de celles des pays développées. On a coutume de dire par ailleurs que la France est l'un des pays qui enregistre les meilleures performances en matière de santé.

Ces « performances » ciblent notamment l'espérance de vie à la naissance qui est élevée, une mortalité prématurée relativement faible et des chances importantes de guérison ou de survie longue en cas de maladie grave.

Certains pays moins riches font aussi bien

Toutefois, certains pays avec un niveau richesse plus faible atteignent des performances comparables. Par ailleurs un ciblage sur de telles performances ne doit pas masquer d'importantes inégalités en matière de santé qui persistent en France comme dans d'autres pays développés.

Ainsi la richesse, capturée par le PIB, ne peut résumer les différentes dimensions de la qualité de vie, loin d'être exclusivement associées à des attributs monétaires.

Cette bonne qualité de vie suppose plus généralement que les individus puissent être suffisamment satisfaits de leur vie, qu'ils ne soient pas soumis à des contraintes trop fortes en termes d'accès à l'éducation, aux soins de santé, au travail, aux loisirs, certes, mais également soumis à des freins culturels ou à des difficultés psychologiques. On peut considérer que le bien-être des individus résume toutes ces dimensions de la qualité de vie. Mais ces dimensions sont-elles substituables ?

La santé, une priorité

Il semble évident de répondre par la négative. On ne peut pas troquer de la santé contre de l'éducation, du revenu ou du loisir. Alors que le loisir est plus fondamentalement un élément de choix, la santé ou les revenus relèvent davantage de contraintes qui peuvent freiner les individus dans l'accomplissement de leurs projets.

On peut néanmoins dire qu'une bonne qualité de vie nécessite le maintien d'un état de santé suffisamment bon. Ainsi la santé doit être considérée politiquement comme une priorité car de la réalisation d'un certain état de santé pour chaque individu dépend largement la possibilité d'accéder à l'emploi et aux revenus et de réaliser ses projets de vie en fonction de sa propre conception de la « vie bonne ». Cette approche centrée sur une dimension individuelle de la santé ne doit pas faire oublier que celle-ci présente aussi des enjeux collectifs : par exemple, la vaccination n'est véritablement efficace que si l'ensemble des individus est vacciné ; la bonne santé de la population contribue aux performances économiques globales.
Dans cette note, je voudrais cibler deux aspects pour lesquels il reste d'importants progrès à réaliser en termes de lutte contre les inégalités liées à la santé. La question de l'accès à la santé, et celle de la maladie chronique.


L'accès aux soins demeure inégal et est lié à différentes contraintes

Les travaux de chercheurs réalisés en France sur l'accès aux soins montrent de multiples barrières liées aux revenus, à la localisation géographique des services médicaux et des patients et à l'information. Pour lutter contre les inégalités induites, il faut non seulement rendre accessibles les consommations médicales, lutter contre les déserts médicaux mais également contre les freins psychologiques, culturels et sociaux. Certaines dispositions du projet de loi de santé 2015 (tiers payant chez le médecin, territoires de santé) constituent des pas dans la bonne direction mais ne permettent pas de lever les barrières psychologiques, culturelles ou sociales à l'accès aux soins.

Pour minorer le non-recours aux soins, la politique de santé doit développer de nouveaux instruments de prévention plus ciblés, à destinations des publics pour qui la santé est souvent vue comme un problème à oublier avant d'être une opportunité à saisir. Les populations en situation de pauvreté indiquent fréquemment que leurs difficultés de santé ne sont pas leur priorité.

La maladie chronique entraîne des difficultés de revenus et d'accès au marché du travail

Les personnes affectées de maladie chronique ont des difficultés d'accès au marché du travail. Ces difficultés sont renforcées pour les moins diplômés et ce quel que soit l'âge. Parmi les maladies chroniques, les troubles psychiques constituent un frein à l'emploi particulièrement important, y compris pour les jeunes. En dehors de ceux-ci, les maladies chroniques augmentent avec le vieillissement de la population mais quand elles touchent des personnes encore jeunes, elles affectent plus fortement encore la qualité de vie dans des dimensions essentielles.
Ainsi, une personne ayant eu un cancer à un âge jeune ne peut avoir un accès sans surcoût aux assurances liées à l'emprunt et préfère souvent renoncer ; ce qui peut l'empêcher de constituer un patrimoine.
Selon son âge au moment de la maladie, elle peut avoir des difficultés à finaliser ses études, à avoir accès au marché du travail et à construire sa vie d'adulte. La politique de santé doit être une politique adaptée aux âges de la vie pour éviter les cumuls d'inégalités au cours du temps. La disposition dite du « droit à l'oubli » dans le projet de loi de santé est un progrès mais ne prend que peu en compte l'âge de survenue de la maladie. De surcroît, à l'ère du Big Data, les assureurs lui cherchent une contrepartie, celle d'un accès sans limites à toutes les données de santé ; ce qui est susceptible d'engendrer de nouvelles inégalités.

Christine le Clainche est Maître de Conférences en sciences économiques, habilitée à diriger des recherches. Elle enseigne l'économie de la santé et l'économie publique au sein des départements d'économie et gestion et de sciences sociales à l'ENS Cachan. Elle dirige actuellement des recherches sur l'impact des maladies chroniques sur les parcours professionnels.

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