Santé : le match Macron/Le Pen

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(Crédits : DR)
Une fois n'est pas coutume, la santé aura occupé une place de choix dans le programme des candidats à l'élection présidentielle. Quelle place pour la santé dans le match entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron ? Par Alexis Dussol, Président d'Adexsol

S'il y a bien quelques rares points de convergence entre les deux finalistes, en particulier sur les constats, les propositions d'Emmanuel Macron paraissent plus complètes et plus détaillées. Elles s'inscrivent aussi dans la poursuite des récentes évolutions. Une mesure symbolise cette continuité : le controversé Tiers Payant généralisé devenu par habileté de langage «généralisable» est maintenu alors que certains syndicats médicaux continuent à réclamer, à cor et à cri, son abolition. Notons à ce propos que la candidate du Front National ne s'est pas non plus engagée à l'abroger dès son élection.

Le programme du candidat s'accompagne également d'une proposition chiffrée : 5 milliards d'euros pour un plan d'investissement en soins primaires, l'innovation en santé, la télémédecine et l'hôpital. Le moment venu, chacun réclamera sa part et le futur président sera attendu sur l'arbitrage entre l'hôpital et les soins primaires.

Aucun chiffrage, par contre, dans le programme de la candidate du Front National dont les propositions restent très générales et teintées, comme de coutume du thème de la préférence nationale. C'est le cas de la suppression de l'AME ou de la création de la carte vitale biométrique.

Un programme plus complet chez Emmanuel Macron

La santé publique, habituellement marqueur de gauche, est totalement absente du programme de Marine Le Pen alors que le président d'En Marche témoigne d'une plus grande sensibilité sur le sujet à travers deux propositions phare : une campagne sur la santé environnementale et un Grenelle de l'alimentation. De même, partant d'un constat d'un système de santé trop centré sur le curatif, Emmanuel Macron veut « conduire la révolution de la prévention », une volonté maintes fois affirmée et souvent restée lettre morte. On verra ce qu'il en sera, cette fois-ci, s'il est élu. Sa proposition de créer un service sanitaire de 3 mois pour les étudiants en santé, parait relever plus de l'affichage et ne sera pas aisée à mettre en œuvre.

Sur l'offre de soins, les deux candidats se rejoignent sur la nécessité de lutter contre les déserts médicaux. Tous deux veulent relever le numerus clausus sachant que cette mesure, à elle seule, ne répondra pas à la désertification de certains territoires qui s'accélère. Aucun des deux ne se hasarde à parler d'une régulation de l'installation. Le sujet est politiquement sensible ! L'instauration d'un stage d'internat dans les zones fragiles proposée par la candidate du Front National n'est pas inintéressante et mérite d'être explorée. Emmanuel Macron souhaite de son côté doubler les Maisons de santé pluridisciplinaires. Il faudra probablement aller au-delà de ce simple objectif quantitatif et structurer une véritable offre de soins primaires.

 Sur l'hôpital, le president d'En Marche semble avoir bénéficié d'une meilleure expertise. On y voit nettement l'influence du Dr Olivier Veran probable ministre de la santé si le centriste est élu. Ses propositions sont plus détaillées et plus en phase avec les revendications de la communauté hospitalière : renforcement de l'autonomie de l'hôpital, plafonnement de la T2A à 50% des ressources, élargissement des groupements hospitaliers de territoire et meilleure articulation avec l'amont. Elu, il devra cependant se garder d'une nouvelle réforme qui risque de remettre l'hôpital en ébullition et s'attacher plutôt à consolider l'existant en l'amendant à la marge. A contrario, on ne peut qu'être surpris par l'absence de propositions précises de Marine Le Pen en dehors de la promesse de maintenir les hôpitaux de proximité et d'augmenter les effectifs de la fonction publique hospitalière !

Un point d'accord : pas de déremboursement

Sur le plan de la protection sociale, les deux candidats ont semble-t-il retenu la leçon des premières mésaventures de François Fillon. Aucun déremboursement ! Emmanuel Macron s'engage même sur un objectif de prise en charge à 100% des lunettes, prothèses dentaires et auditives pour 2022. Il faut s'en féliciter. C'est le maillon faible de notre système de remboursement. Nombre de nos concitoyens en souffrent. Soyons toutefois attentifs à ce que cela ne se traduise pas par une nouvelle augmentation des tarifs des mutuelles. Du côté de Marine Le Pen, la mesure phare de son mandat, si elle est élue, consistera à créer un cinquième risque de Sécurité sociale consacré à la dépendance et au handicap. Pour être objectif, regrettons que la question de la dépendance ne soit pas du tout abordée par l'ancien ministre de l'Economie !

Les deux candidats veulent aussi rendre le système plus efficient. Tous deux préconisent de vendre les médicaments à l'unité, comme c'est le cas en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Il faudra auparavant évaluer l'expérimentation actuelle sur les antibiotiques. Marine Le Pen veut aussi augmenter la part des médicaments génériques et agir sur le le prix des médicaments couteux. Sur ce chapitre même si l'ancien ministre se montre plus précis avec un objectif de 15 milliards d'euros d'économies en 5 ans sur l'Assurance Maladie on ignore comment elles vont se repartir.

A quelques jours du deuxième tour, il serait exagéré de penser que ce sont les questions de santé qui vont départager les deux finalistes. Les enjeux de cette élection sont d'une autre ampleur. En attendant, cette élection aura permis de porter sur la place publique un débat sur la santé souvent réservé à un cercle d'experts.

Alexis Dussol, Président d'Adexsol

Ancien président de la conférence nationale des directeurs de centres hospitaliers

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Commentaires
a écrit le 30/04/2017 à 12:18 :
Merci pour cet article intéressant. Concernant le programme de Macron (je n'ai pas lu celui de Le Pen, je n'en ai pas le courage) il s'agit tout de même pour bonne part, des mêmes propositions incantatoires que celles entendues depuis longtemps, et qui n'ont jamais véritablement donné de résultats. La prévention, la lutte contre les désertifications ont toujours été cantonnées à l'état de voeux pieux, et le peu de propositions concrètes du programme donne la même impression. Je vois mal M.Macron s'attaquer à la liberté d'installation, ou encore à la question de la place des assurances et des mutuelles. On reste sur le statut quo, et on continue ce qui est fait depuis une vingtaine d'années. Le point positif, à mon sens, est la remise en cause partielle de la T2A. Bref, on verra bien, peut-être y'aura t-il du fond et du courage politique derrière les déclarations d'intentions. Il n'est pas interdit d'espérer. Et, puis après tout, même si ce n'est pas le cas, notre système, que l'on aime tant critiquer, ne présente tout de même pas que des défauts: et ces qualités seront maintenues, voilà un avantage au statut quo!

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