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Six questions pour comprendre l’évolution du prix des joueurs de foot

Pierre Rondeau

Publié le 25 août 2017 à 09:41 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:10

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Bulle financière ? Fair-play ? Endettement ? Droits télé ? Retombées économiques ? Transferts et salaires ? Analyse des facteurs incontournables de ce marché mondial. Par Pierre Rondeau, Sports Management School

Au-delà de la question de l'inflation, la hausse des prix des joueurs est multifactorielle. Premièrement, la mondialisation et l'internationalisation du foot ont provoqué une augmentation considérable de la valeur des droits TV : 1,3 milliard d'euros en Angleterre, 1 milliard en Espagne, 945 millions en Italie, 748 en France, etc. Des sommes deux à trois supérieures à l'époque de Zidane. Les clubs, dont leur budget dépend à 60 % en moyenne de ces droits TV, se sont enrichis et ont eu les moyens de dépenser plus.

Ensuite, cette même mondialisation et inflation des droits a attiré de nouveaux investisseurs étrangers, les « sugar daddies ». Ces derniers, Russes, Chinois, Qataris, Émiratis, etc., ont injecté énormément d'argent, d'abord dans un but symbolique avant lucratif, et soutenu les budgets de leur club respectif.

Puis, toujours à travers la mondialisation, le nombre de fans a augmenté, ce qui a permis une hausse considérable des recettes. Plus de fans à travers le monde, c'est plus de vente de maillot, de goodies, de places, de billets, etc. donc c'est plus d'argent pour acheter.

Enfin, le fameux fair-play financier, contrairement à ce qu'on aurait pu penser, a permis une rationalisation de la gestion des clubs. Obligés de faire attention à leur dépense, ils ont appliqué du cost killing et ont rationalisé leur comptabilité, moins de dépenses absurdes et une meilleure recherche de profit, via des partenariats régionaux et locaux, pour pouvoir gagner plus et donc dépenser plus.

Existe-t-il une bulle financière autour du football ? Peut-elle éclater ?

Lors de la mise en place du fair-play financier, en 2011, le but premier n'était pas de soutenir l'équité sportive ou l'équilibre compétitif mais tout simplement de lutter contre la dette sportive et éviter une probable bulle. Les dirigeants du foot avaient eu peur de la crise des subprimes de 2008.

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Ils ont alors imposé une règle d'or dans le foot : « Vous ne pouvez pas dépenser plus que ce que vous gagnez ». Cette règle a effectivement permis une réduction de la dette sportive par la suppression quasi automatique des déficits annuels. De plus, cette nouvelle contrainte, comme expliqué ci-dessus, a conduit les clubs à rationaliser leur comptabilité et donc à faire plus attention à leur gestion. Résultat, les finances du foot se rééquilibrent petit à petit.

Mais il existe un risque, considérable, de faillite. Celui qui est lié aux droits TV : avec l'augmentation des droits et de la concurrence, les consommateurs vont devoir débourser de plus en plus d'argent pour voir du foot à la télé (en France Canal+, BeIn et SFR). Un dégoût pourrait s'installer et conduire à une réduction de la demande (de même que la concurrence du streaming pourrait apparaître, voire celle des bars). Les bénéfices des chaînes pourraient baisser et provoquer une désincitation à reconduire le montant des droits.

Comme les clubs sont « télédependants », une telle situation pourrait être très compliquée pour eux et conduire à une faillite généralisée.

Le fair-play financier avait-il comme vocation de contrôler la bulle financière ?

Oui, c'était la vocation première du fair-play financier, comme expliqué dans la question ci-dessus. Il tire sa source d'inspiration de la DNCG en France. Instance de gestion et de régulation créée dans les années 80, la DNCG étudie les projets sportifs et économiques de tous les clubs professionnels et valide ou non, en fonction, leur droit de jouer dans les divisions professionnelles. D'ailleurs pour cela que la France à la dette footballistique la plus faible de tous les pays du big five.

C'est un peu la même idée avec le fair-play financier à la seule différence qu'il n'étudie que le projet économique sans se référencer au projet sportif. Seulement, sans adéquation sport et économie, on laisse les clubs dépenser sans compter, puisqu'ils en ont les moyens et on n'étudie pas la rationalité de leur projet sportif.

Le risque d'un éclatement de la bulle financière n'est donc pas totalement annihilé.

Au-delà du domaine sportif, quel est l'intérêt pour un club de s'offrir un joueur hors de prix ? Les retombées économiques sont-elles garanties ?

Les retombées économiques sont rares et incertaines. Ventes de goodies, de maillot, de billets, victoires en compétition, amélioration de la marque via la visibilité du joueur (Neymar c'est 70 millions de followers sur Instagram, plus que tous les joueurs du PSG réunis), plus de contrats et de partenariats locaux et régionaux signés, etc.

L'intérêt n'est pas qu'économique, il est aussi symbolique, diplomatique (le soft power), sportif et attractif.

Mais rien ne garantit des répercussions économiques fortes sur le transfert. Tout dépendra du critère sportif et de la conjoncture sur le marché, éléments totalement indépendants de la politique du club. En sport en général, et dans le football en particulier, il faut gagner des rencontres pour gagner de l'argent, c'est aussi simple que cela.

Comment est décidé le salaire d'un joueur ? Est-il aligné sur le coût de son transfert ?

La valeur d'un joueur dépend du marché, lors d'une négociation entre l'offre et la demande. Seulement, des études ont montré que 49 % de sa valeur salariale était décidée par des valeurs extra sportives. Puis le joueur est connu, est beau (en Bundesliga, une étude en 2007-2008 montre que 1 point de beauté en plus sur 10 rapportait 250 000 euros en plus par an, toutes choses égales par ailleurs. Ribery non intégré à l'étude), plus il est irrégulier, plus il enchaîne de superbes prestations puis des prestations médiocres, meilleur sera son salaire(un joueur qui a un 9/10 à l'équipe puis un 1/10, soit une moyenne de 5, fera plus parler que celui qui n'a que des 5/10. Plus on parle de lui, plus il est connu et plus il demande un meilleur salaire).

En étudiant la microéconomie du travail dans le domaine du foot, on se rend compte de son irrationalité lorsqu'il s'agit de négocier des contrats. Neymar le montre bien : beau et connu, son salaire serait de 30 millions d'euros hors primes.

Après la Ligue 1 est sanctionnée par ce qu'on appelle la « taxe Ligue 1 ». Sa notoriété plus faible l'oblige à payer des joueurs plus chers pour qu'ils acceptent de venir en France. Nous estimons que les dirigeants doivent s'acquitter d'une majoration d'au moins 15 % sur le salaire du joueur pour qu'il vienne en France, toutes choses égales par ailleurs, comparativement à s'il avait évolué dans le reste de l'Europe du Big-Five.

La logique financière dans le football est-elle une fatalité ou existerait-il une alternative ?

Il existe de nombres instruments pour s'assurer à la fois d'une équité sportive, d'un équilibre compétitif et d'un équilibre dans les comptes. La mise en place, à échelle européenne, d'un salary cap, d'une luxury tax, d'une taxe Coubertobin, d'une distribution égalitaire ou équitable de tous les droits, d'un système de transfert régulé, par des quotas nationaux, par une remise à plat de l'indice UEFA, seraient les solutions. Mais il faut seulement que les dirigeants prennent le courage de les imposer.

La logique financière est-elle réellement utile ?

Elle est destructrice si elle n'est pas réfléchie dans l'intérêt de tous, des footballeurs aux spectateurs. Une régulation est plus que nécessaire. Les footballeurs ne sont pas tous des milliardaires en maillot. Le salaire moyen en France d'un footballeur est de 46 000 euros par mois mais la durée moyenne de carrière n'est que de quatre ans. Le taux de chômage est de 15 % et 25 % des joueurs entament chaque saison sans avoir signé de contrat. 25 % des joueurs les plus riches de France accumulent 80 % des salaires bruts distribués. Un footballeur sur six sort du centre de formation avec un contrat pro, tous les autres arrêtent sans formation qualifiante. 38 % des footballeurs connaîtront ou ont connu une période de dépression pendant leur carrière.

Il faut faire quelque chose pour améliorer la situation et ne pas laisser la logique de l'argent roi et de l'ultra libéralisme s'accaparer l'esprit même du foot, sport le plus populaire du monde.

The Conversation
The Conversation (Crédits : Photo DR)

Par Pierre Rondeau, Professeur d'économie, Sports Management School

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Pierre Rondeau

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