Sommes-nous bien préparés pour la réindustrialisation ?
Roberto Maroncelli

Photo d'illustration
DR
Roberto Maroncelli

Photo d'illustration
DR
La dynamique engagée par le plan d'investissement France 2030 est au cœur de l'actualité. Alors qu'un quart des 54 milliards d'investissements ont été débloqués à date, près de 50 % des objectifs du plan sont atteints notamment pour des enjeux de décarbonisation. Des chiffres positifs qui doivent être contrebalancés par la réalité du terrain. Les projets de réindustrialisation et les investissements CAPEX associés ne sont pas si aisément réalisables. En moyenne, 50% des investissements CAPEX n'aboutissent pas aux résultats attendus en termes d'agenda, de coût ou de performance.
Nous sommes devant une tension entre dynamiques de réindustrialisation et réalité opérationnelle. Les raisons de ce hiatus tiennent à plusieurs facteurs. L'explosion des dépenses, la durée de vie toujours plus courte des technologies déployées, l'avènement constant de nouvelles normes notamment environnementales qui complexifient les prises de décision des industriels pour leurs investissements.
L'enjeu des entreprises est désormais de disposer des atouts nécessaires pour remporter cette étape d'investissement. Un défi surmontable via une équation simple : développer une stratégie centrée sur la performance en s'appuyant sur des compétences et une méthodologie dédiée.
Comme évoqué, un projet de réindustrialisation réuni un ensemble de facteurs complexes : gestion des coûts, intégration de nouvelles normes, etc. Une dynamique qui implique de solliciter des ressources managériales plus importantes pour maintenir l'activité en cours et déployer parallèlement les nouveaux projets engagés. Les industries doivent s'interroger sur leur potentiel managérial en amont de chaque campagne d'investissement CAPEX. Elles ne pourront mener à bien un projet sans les ressources et compétences nécessaires.
La modernisation d'un outil industriel, et son efficacité attendue, passe par une collaboration accrue des équipes. Un point qui met en lumière l'absence d'une culture organisationnelle et collaborative au sein des industries. Un phénomène prégnant en France ou la capacité à faire collaborer différents services n'est pas inné. La norme est de fonctionner par strates. L'ingénierie décide, l'opérationnel applique.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Il est au contraire essentiel d'associer toutes les fonctions dès le début du projet. Les différents services doivent partager leurs impératifs et travailler de concert dans le design du projet de réindustrialisation. Il convient également d'associer des fonctions transverses telles que la logistique, voire même d'intégrer des fournisseurs externes. Ceci afin d'avoir une démarche de co-design du projet.
Des investissements CAPEX sont plus enclins à ne pas donner les résultats attendus si l'industrie ne dispose pas d'une vision holistique de son projet. Plusieurs éléments clés sont trop régulièrement négligés tels que la mise au clair des performances attendues, une organisation et des compétences adaptées, une méthode structurée sur la gestion de projet et des risques, des routines de collaboration entre les fonctions avec instances cadencées de prise de décision. Une situation de déséquilibre renforcée du fait que la détection avancée des risques opérationnels potentiels est également trop rarement effectuée.
Une bonne maîtrise des investissements et des dépenses est également essentielle. Sur ce dernier point, trop d'industriels ne développent pas nécessairement une approche holistique liée à ces enjeux de coûts. Le coût total de possession TCO (Total Cost of Ownership) joue dans ce sens une fonction clé. Celui-ci permet de prendre en compte le cycle de vie des investissements : achat, frais de fonctionnement, énergie nécessaire, coût de démantèlement potentiel. Bien gérée, cette question permet de réaliser entre 15 et 30% d'économie sur le montant d'investissement initial du projet.
La course à la réappropriation de nos outils industriels est un enjeu central pour notre économie. Cette bataille ne pourra être remportée qu'à condition de développer une véritable culture de l'efficacité opérationnelle. Un défi pour les industries françaises qui doivent désormais se réinventer pour assurer leur pérennité.
Roberto Maroncelli