Transition écologique : pas d'accélération durable sans lien social

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(Crédits : iStock)
Pour optimiser la gestion des déchets, miser sur la technologie sans intégrer la main de l'homme au coeur du dispositif est une impasse. Car c'est avant tout le geste de tri qui détermine l'efficacité du système de recyclage. Un geste, si simple en apparence, mais qui fait toute la différence dans la création des liens sociaux qui nous unissent. Par Eric Brac de la Perrière, fondateur de Yoyo.

Pas une semaine ne passe sans que l'on vante les bienfaits des GreenTechs au sein des Smart Cities. Ces nouvelles technologies vertes, dotées d'intelligence artificielle (IA) et de Big data qui se lancent dans la gestion des déchets, la réduction des gaz à effet de serre et la lutte contre le réchauffement climatique. Cependant, la technologie ne peut s'envisager comme la seule solution pérenne, l'humain a un rôle central et majeur à jouer pour remplir l'objectif de taille qui l'attend : le recyclage de 100% des plastiques... pour 2025 !

De l'engagement humain comme planche de salut

Au-delà des outils technologiques, le geste de tri directement effectué par le consommateur demeure la clef de voûte de tout dispositif de recyclage. Aucune politique publique sérieuse ne peut ignorer cet état de fait. Il faut de ce point de vue saluer les avancées de la dernière feuille de route pour une économie circulaire. Mais la route, rappelons-le, est encore longue : en France, on ne dépense qu'une vingtaine d'euros par an et par habitant pour le recyclage. Depuis des années, le taux de recyclage des plastiques stagne à moins de 25%, avec de forte disparités territoriales (les métropoles les plus denses faisant trop souvent figure de mauvais élèves !). Or, compter sur les hommes et les femmes qui peuplent nos villes, cela ne demande pas d'investissements massifs, mais c'est surtout incroyablement efficace.

Plus les consommateurs s'engagent, plus les efforts seront conséquents. Faire plus, c'est recevoir plus. Parier sur l'humain, c'est tout simplement plus efficace sur le plan environnemental. Mais cela permet de surcroît de générer des bénéfices sociaux pour tous à des échelles multiples.

Un geste, trois conséquences

Les externalités positives du tri se constatent ainsi sur trois plans : individuel, local, et national.

Sur le plan individuel, le geste de tri fait du consommateur un acteur de lui même. Car oui, trier ses déchets engage l'individu dans un acte quotidien qui fait sens et qui le valorise. Il développe l'estime de soi, confère à l'individu un sentiment de déculpabilisation et procure la sensation d'œuvrer pour le bien. En quelque sorte, il se transforme en héros du quotidien. Et quoiqu'on en dise, le monde a aujourd'hui résolument besoin de héros.

Sur le plan territorial, trier ses déchets est une initiative qui a des conséquences sur la vie de quartier en améliorant la propreté urbaine. En rendant la voie publique des villes indéniablement plus saine. En renforçant encore, le sentiment d'appartenance des habitants pour leur territoire. En retissant enfin du lien social dans une géographie urbaine toujours plus fragmentée par la métropolisation et la mondialisation. Être acteur de soi même, c'est donc s'engager socialement.

Sur le plan national, trier c'est tenter de valoriser une économie plus circulaire. Plus le tri est mené à l'échelle individuelle et territoriale, plus il incite l'Etat à mettre en place des mesures gouvernementales positives. En somme : opérer une révolution tranquille où les citoyens se retroussent les manches.

Alors ? On s'y met ?

Le plus grand défi du réchauffement climatique réside dans la capacité qu'aura l'homme à pouvoir se mobiliser face à lui.  Et l'engagement humain sera la clé de voûte des problématiques écologiques. Non pas celui d'une écologie idéologique dont les excès de moralisation depuis les années 1970 n'ont fait que freiner l'action. Ou bien dans le solutionnisme technologique qui en vient à oublier l'humain dans son sillage.

Au contraire en s'engageant dans une écologie pragmatique et efficace qui rassemble et mobilise autour d'un geste humain simple. Car, le tri nous sort de l'état passif qui consiste à observer le monde se dégrader. Il est l'occasion d'un réveil éthique des consommateurs qui deviennent des acteurs à 4 visages : acteur de soi, acteur urbain, acteur national et acteur écologique. Mais, encore faut-il optimiser ce geste pour créer les ressorts d'une dynamique de mobilisation générale. La morale de l'histoire est simple : un acte individuel engagé est un acte aux conséquences collectives qui engage les nations pour préserver la planète. Les petits gestes font les grands accomplissements.

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a écrit le 18/06/2018 à 10:47 :
L'Union européenne a fait un travail remarquable dans la gestion des déchets en Europe, le recyclage, la récupération des matériaux rares, la fermeture de décharges etc sans compter les multiples programmes et aides mises en places. Encore un exemple des avantages de cette Union que tentent de démolir les Poutine, Trump, Asselineau, Le Pen etc. dont ils cherchent à profiter par ailleurs.
a écrit le 17/06/2018 à 15:13 :
Saviez vous que le domaine public et l'administration avait ce rôle de lien social et que l'on cherche a tout prix a l'éliminer?
Car on veut le confier au domaine privé et a l'administration bruxelloise!
a écrit le 17/06/2018 à 10:13 :
"la technologie ne peut s'envisager comme la seule solution pérenne" c'est désolant ça... :-)
Je n'achète plus de jus en bouteilles, mais des oranges, pour contribuer à ne plus avoir à mettre de flacon au recyclage (pourtant la seule filière qui fonctionne, du moins existe, il faut brûler (ou enterrer ?) le reste). C'est devenu verre ou rien (sauf l'huile, hors olive, plastique, mais à jeter celui là, car gras). Le carton, fer, aluminium, ça se gère mais le plastique c'est une épine dans le système (sais pas ce qu'ils en font en Suède, on met tout dans le conteneur 'plastique', sacs de caisse, emballages divers, ... mais les bouteilles plastique sont consignées (1€ pièce, au rendu ça peut aller à une œuvre de bienfaisance ou un ticket de caisse), les cannettes aussi (10cts de mémoire mais en ai pas acheté))
J'imagine pas le nombre de conteneurs qu'il faut en bas de l'escalier d'un bâtiment à 15 étages, si tout le monde trie à 100%, à Paris, avec la densité de population, ça doit être plus compliqué (couloir au RdC assez étroit chez feu ma grand-mère dans le Vème (au dernier étage), construction Napoléon III, une poubelle ça va, quatre conteneurs, difficile à caser).
Un truc qui manque pour aider les gens à s'y mettre, c'est en ville, une bouteille vide, canette à la main, on les évacue où ? En poubelle ou conteneur de collecte sélective ? Voire le département 33, on ne voit que des conteneurs verre, pour les gens de passage, rien (sauf déchets ultimes). Mais collecter coûte (en Alsace ils préféraient récupérer le fer après incinération pour réduire les frais de collecte, boite de conserve proscrite des "emballages", ou la porter en déchetterie, 30 accès/an maxi).
a écrit le 17/06/2018 à 9:40 :
Production de déchets d'un habitant français par an: 400kg

Production de déchets l'industrie en France par habitant par an: 14 tonnes

Et si on arrêtait de nous prendre pour des gonds svp ? Merci.

Ah oui par contre le prix de nos poubelles explose tandis que nous faisons tout, nous trions nous collectons les déchets, bientôt il faudra les recycler nous mêmes pendant que l'industrie continue de gaspiller sous les applaudissements de leurs chienchiens politiciens.

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