Transparence des salaires : en finir avec un tabou français !
Youssef Achour

Photo d'illustration
LT / UpCoop
Youssef Achour

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Quand l'opinion est en avance sur la législation... D'ici 2026, la directive européenne du 10 mai 2023 imposera aux entreprises de plus de cent salariés de mettre en place des mesures de transparence salariale. C'est l'aboutissement d'une idée qui chemine lentement depuis les années 1970. À tous ceux qui pensent que le monde du travail pourrait y être rétif, puisque dans notre pays l'argent serait tabou (contrairement aux pays anglo-saxons notamment, où parler de ses revenus et de son salaire est décomplexé et monnaie courante !), aux dirigeants qui verraient cette nouvelle législation comme une source d'inquiétude et de menace, qu'ils se rassurent, les salariés français y sont prêts !
Mieux, ils l'espèrent et la plébiscitent ! D'après une enquête réalisée par l'Institut Bona fidé pour UpCoop (1), 83% des salariés français sont favorables à « une transparence totale des salaires, dans toutes les entreprises, pour tous les salariés et tous les dirigeants ». Cette conviction est très largement partagée par toutes les catégories, cadres et non-cadres par exemple, et par tous les âges, les seniors y étant même encore un peu plus favorables que les jeunes.
Que nous dit ce 83% franc et massif ? Qu'il est temps d'en finir avec les préjugés et les stéréotypes sur le prétendu tabou français de l'argent. Que, quand le salaire moyen en 2024 s'établit à 2.600 euros net, et le médian à 2.100, une très large majorité de salariés n'a aucune hésitation, ni crainte à rendre le sien public. La société civile est donc parfaitement prête à une transparence qui ne gêne visiblement aujourd'hui qu'une petite minorité de hauts salaires... Si l'opinion est à ce point en avance sur la législation, c'est qu'au fond, la question de la transparence n'est pas qu'affaire de marque employeur, de management ou de bien-être au travail. Elle est aussi un enjeu de démocratie, et fondamentalement, d'égalité.
Ces dernières années, la transparence s'est imposée comme exigence démocratique accrue sous la pression de l'opinion, à mesure que des scandales politico-financiers ont marqué l'actualité. La création de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) est par exemple une conséquence directe de l'affaire Cahuzac. La démocratie s'impose désormais aussi au niveau de l'entreprise : nous avons besoin de transparence salariale dans l'entreprise. Elle constitue une réponse puissante à un scandale qui perdure. À poste équivalent et au sein d'une même entreprise, les femmes sont toujours moins bien rémunérées que les hommes, un écart de salaire de près de 4% d'après une étude de l'INSEE en 2022. La transparence des salaires rendra difficilement soutenable et justifiable le maintien d'une telle inégalité dans nos entreprises et jouera en conséquence comme levier pour rendre enfin effective l'égalité de rémunérations entre les genres. Elle procure également un second avantage : mettre en difficulté le népotisme, le favoritisme, le « piston », qui prospèrent dans l'opacité, et recréer, en donnant à voir les rémunérations de chacun, un espace véritablement méritocratique au sein de l'entreprise. Oui il faudra désormais justifier les écarts de salaire, les écarts d'augmentation, les écarts de prime, à responsabilité égale, en fonction des performances et des engagements des collaborateurs. La transparence salariale remet du dialogue, de l'explication (donc de la considération) et de la justice dans la culture d'entreprise.
Elle est une étape supplémentaire dans le long chemin de la démocratisation des entreprises. Chacun le sent et le constate, les enjeux de partage de la valeur et du pouvoir prennent de l'ampleur et de la consistance et génèrent des attentes croissantes de la part des salariés. Un nouveau modèle d'entreprise est souhaité, celui qui concilie partage du pouvoir et de la valeur avec efficacité individuelle et collective. Depuis 140 ans, en France, les entreprises coopératives, en font la démonstration. Sur des marchés concurrentiels, elles sont capables d'être en situation de leadership et prouvent l'efficacité de leur modèle de gouvernance. Notre société UpCoop créée en 1964 en fait l'expérience tous les jours. Une personne = une voix, c'est l'exercice démocratique, une grille de salaires qui se situe en toute transparence dans un écart de 1 à 12, et une performance économique au rendez-vous !
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76% des salariés interrogés dans notre enquête estiment que le modèle coopératif est un modèle d'avenir, vers lequel les entreprises devraient aller. Il n'y a pas de hasard à ce que l'année 2025 soit décrétée par l'ONU, année internationale des coopératives. C'est un rendez-vous pour répéter et réaffirmer qu'un autre modèle existe et que des entreprises plus transparentes, plus démocratiques ouvrent la voie à une société meilleure. Pour vivre heureux au travail, désormais, il ne faut plus vivre caché !
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(1) Enquête menée du 09 au 13 septembre 2024 par l'Institut Bona fidé pour le Groupe Up auprès d'un échantillon représentatif de 800 salariés français.
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(*) Youssef Achour est Président de la Société Coopérative UpCoop et du groupe Up. Il est également président de la CRESS IDF depuis avril 2022, vice-président de la Commission Nationale du Titre Restaurant et administrateur du mouvement Impact France et membre de la CG-Scop IDF.
Youssef Achour