Tuer les forêts avec de bons sentiments : mode d'emploi

OPINION. La France dispose d'un important patrimoine forestier aujourd'hui mis en danger avec les effets du réchauffement climatique. Pour inverser la tendance, il faut coordonner les compétences des professionnels du secteur et se prémunir contre les critiques faites contre les forestiers au nom d'un nouveau discours politiquement correct. Par Pierre Bois d’Enghien, ingénieur agronome et enseignant en sciences de l’environnement.

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Forêt dans les Landes.
Forêt dans les Landes. (Crédits : Reuters)

La France est, par tradition, un pays de forêts. Aujourd'hui, elle dispose de 4,3 millions d'hectares (ha) de forêts publiques et quasi un tiers du territoire métropolitain est boisé, soit 17 millions d'ha. L'édition 2021 de l'Inventaire forestier de l'IGN révèle que depuis 1985 jusqu'à ce jour, la croissance moyenne de la superficie boisée est de 80.000 ha par an et que la forêt métropolitaine est constituée à 67% de peuplements de feuillus, 21% de conifères et 12% de peuplements mixtes feuillus/résineux.

A l'avant-garde de la sylviculture

L'Hexagone a donc toujours porté une attention particulière à son patrimoine forestier. Qu'il s'agisse d'étendre ses superficies, y améliorer la biodiversité, de protéger des espèces séculaires comme les épicéas (dans le Jura, les Vosges par exemple) ou le merisier, ou d'introduire de nouvelles espèces comme le chêne rouge d'Amérique pour servir de pare-feu, notre pays a toujours été à l'avant-garde de la sylviculture et de la protection forestière. Cet effort s'étend sur le temps long, car il faut entre trente et cinquante ans pour voir les retombées d'une politique forestière et, en même temps, il faut penser celle-ci sur une période allant jusqu'à 200 ans!

Il est donc triste aujourd'hui de constater que la forêt française est en danger. Certes, le couvert forestier dans toute sa diversité ne disparaîtra pas demain. Mais, les perspectives sont alarmantes. Ainsi, les épicéas devraient disparaitre totalement du paysage des plaines d'ici deux ans, estime Bertrand Munch, directeur de l'office national des forêts (ONF). Il faudra s'attendre à voir reculer des espèces emblématiques comme le hêtre ou le frêne. Le pin sylvestre et le châtaignier pourraient leur emboîter le pas.

10% du territoire pourrait être concerné

Pour les experts, l'ennemi est clairement désigné : le réchauffement climatique. Ce phénomène favorise le développement d'espèces nuisibles aux arbres à l'image du scolyte qui affecte les épicéas. Les cycles de sécheresses et les épisodes de fortes précipitations induits par le réchauffement climatique affectent aussi nos forêts qui ne pourront s'y adapter suffisamment rapidement sans l'intervention de l'homme.

Dans l'ensemble, la situation est préoccupante. A très court terme, 10% du territoire pourrait être concerné par ces bouleversements. Néanmoins, il est encore possible de changer les choses. La chance de la France est de disposer d'une tradition forestière forte. Des chênaies lancées par Colbert au Fonds forestiers national créé en 1947, les forêts ont toujours été au cœur des préoccupations des pouvoirs publics. Et cela s'explique par les fonctions économique, environnementale et sociale, qu'elles jouent.

Mais pour réussir à inverser la tendance négative que nous observons actuellement, il faudra les efforts conjugués des différentes parties impliquées dans la sauvegarde de la forêt. Or c'est aujourd'hui le nœud du problème : cette absence de coordination entre partenaires de la même cause. Pire, il est désormais monnaie courante, au nom d'un nouveau discours supposément politiquement correct de critiquer l'action des forestiers. S'élever contre les coupes rases, ou même la simple action humaine sur les forêts est la nouvelle doxa. Pour ceux qui disposent d'une expertise dans le domaine, cette vision procède d'un idéalisme naïf qui aurait pu prêter à sourire s'il n'avait pas des conséquences désastreuses.

Entre ignorance et mauvaise foi

Et que dire quand on sait que ces critiques viennent essentiellement de diverses associations de défense de l'environnement ? Elles reposent au mieux sur de l'ignorance, au pire sur de la mauvaise foi. Il convient d'opposer à ces accusations un ensemble de faits. En premier lieu, il faut rappeler que les forestiers constituent un atout dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation des forêts. Leur mission est de protéger la forêt et de permettre son exploitation durable. Ce faisant, ils permettent d'améliorer le stockage du carbone par nos bois, et de réduire les importations de grumes exotiques, dont le bilan carbone peut être catastrophique.  Au quotidien, les forestiers mettent en œuvre une vision de ce que sera la forêt. Contrairement aux idées reçues, les forêts dont nous avons héritées sont davantage le fruit d'une action humaine que d'un laisser-faire de la nature.

Il est donc important de rappeler que, si le but final poursuivi par les uns et les autres est la sauvegarde du patrimoine forestier français, celle-ci ne se fera qu'avec l'action des forestiers, qui sont tous les jours au contact des forêts et des espèces qu'elles abritent. Cette mission devra également s'accomplir avec le soutien des différentes parties prenantes qui ont à cœur de préserver la nature. A moins d'un agenda caché, il n'y a aucun profit à lancer une chasse aux forestiers. La forêt française est le produit de l'action de ces derniers, et pour la sauvegarder, il convient d'instaurer entre partenaires, et dans l'esprit du public, un climat de confiance. Ce climat ne peut être que la conséquence d'un débat, honnête et bien informé. Autrement, c'est la forêt qu'on assassine.

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Commentaires 19
à écrit le 25/02/2022 à 14:13
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Entre ignorance et mauvaise foi ? On peut se poser de réelles questions quand cette tribune est rédigée par un responsable de société (SOCFIN - société luxembourgeoise qui gère des plantations d'huile de palme et d'hévéas sur près de 200.000 ha dans ...

à écrit le 20/02/2022 à 0:24
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On se demande bien qui fait réellement preuve de mauvaise foi à la lecture de cette article !!! De qui se moque t-on ? A une époque où les agents de L'ONF eux même dénoncent le traitement purement industriel et financier qui est fait de la forêt ( co...

à écrit le 19/02/2022 à 19:00
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Bien sûr que les Forestiers sont garantis de la forêt. Actuellement dans le cadre du prolongement de la ligne 1 du métro parisien, il est prévu d'abattre plusieurs centaines d'arbres dont de nombreux chênes en bonne santé et cela au nom de l'utilité ...

à écrit le 19/02/2022 à 18:18
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Cela fait des années que les échologistes prodiguent de brûler du bois dans les chaumières et l'on s'aperçoit maintenant que c'était une ( connerie ) les forêts son le poumon de la terre en transformant l'oxide de carbonne en oxygène .Un arbre abattu...

à écrit le 19/02/2022 à 17:02
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Et pourquoi serait-il "de mauvaise foi" de critiquer les coupes rases, qui détruisent les sols, la flore et la faune et qui on tendance à se généraliser avec l'industrialisation de la filière ? Un article écoeurant de mauvaise foi, justement...

à écrit le 19/02/2022 à 15:29
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Il est dommage que l'article ne développe pas les dégâts occasionnés par l'industrialisation et la mécanisation de la sylviculture.

à écrit le 19/02/2022 à 13:07
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"Épicéa séculaire"... N'importe quoi. C'est une monoculture des années 50, cause directe de la crise du scolyte. L'ensemble de cette tribune est mensongère et scandaleuse

le 20/02/2022 à 14:25
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Je possède une forêt familiale d'altitude dans l Ain composee d'épicéas commun, de sapins de hêtres, qui est en régénération naturelle. Je confirme qu'ils existaient bien avant les années 50. C'est les êtres humains qui détruisent tout car ils n'ont ...

à écrit le 19/02/2022 à 9:49
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”les forestiers sont là pour eviter l’importation de grumes exotiques”,....ben voyons les fûts de chêne sont exportés en Chine et nous reviennent sous forme de parquet, bilan carbone éhonté générant des bénéfices tout aussi honteux. La filière bois l...

le 19/02/2022 à 11:01
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exotiques ce sont des bois particuliers. Y a quantité de bois divers qui ont des propriétés particulières, du dense, du très léger, etc. Un oncle en avait fait sa spécialité vu la demande, famille de scieurs de bois depuis le grand père maternel. Le ...

à écrit le 19/02/2022 à 9:46
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Il est impératif de pérenniser et reconstruire nos surfaces boisés capteur de co², de stabilité et vie des sols, de rétention d'eau et baisse de température sinon nous allons vers le désert!

à écrit le 19/02/2022 à 9:01
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Il voudrait démontrer que moins par moins serait égal à plus. Comme on voudrait nous faire croire qu’il suffirait de stocker le CO2 pour régler tous nos problèmes.

à écrit le 18/02/2022 à 17:43
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c est toujours les écolos de trottoires qui vont expliquer comment proteger la nature a ceux qui y vivent depuis plusieures génerations !

le 19/02/2022 à 11:04
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Les écolos ont lu quantité de livres, écrits sur du papier issu du bois des forêts. :-) La Nature c'est très divers, y a pas que la forêt, elle est partout la Nature, dont nous faisons partie tant qu'on subsiste.

à écrit le 18/02/2022 à 17:41
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En effet, le principal problème n'est pas la déforestation par les professionnels du bois qui ont réfléchi pendant longtemps à sa pérennisation et donc son remplacement, sachant qu'un jeune arbre consomme bien plus de GES qu'un vieux mais ce qui me p...

le 18/02/2022 à 18:19
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Bonjour. Les vents n'ont plus la même régularité qu'avant, en particulier dans la direction qu'ils ont. Donc l'humidité est beacoup répartie autour du tronc. Les mousses et les lichens s'en donnent à coeur joie. Effectivement, tous le monde savaient...

le 19/02/2022 à 10:12
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Merci pour cette information plutôt rassurante.

le 20/02/2022 à 17:40
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J ai remarqué la position de la mousse sur les arbres de mon jardin et je partage complètement votre message Ou est le nord d avant ?🙄🙄

le 22/02/2022 à 11:32
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Dès qu'on observe un peu depuis longtemps on se rend compte des nombreux changements, j'ai une amie herboriste qui préfère ne plus compter tout ces changements, seulement les répertorier parce que trouvant tout cela affolant. On ne peut plus que comp...

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