« Une élection vécue avec angoisse par les Français » (par Chloé Morin, politologue)
Propos recueillis par Nicolas Prissette
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Chloé Morin, politologue.
© LTD / ALAIN ROBERT/SIPA
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Chloé Morin, politologue.
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À une semaine du premier tour des élections législatives qui opposeront 4 011 candidats dans 577 circonscriptions, la politologue Chloé Morin décrypte les rapports de force électoraux.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment qualifier la situation politique née de la dissolution ?
CHLOÉ MORIN - C'est potentiellement - cela dépendra des résultats - le plus grand choc politique que la France ait eu à affronter depuis des décennies. Le moment est vécu avec angoisse par beaucoup de Français, compte tenu de l'incertitude qui règne sur l'issue du scrutin et de la nature des partis politiques qui s'affrontent. La charge émotionnelle est très forte, elle dévore les arguments de fond. Ces élections législatives se présentent comme une mini-campagne présidentielle qui se jouerait en deux semaines. On va élire un Premier ministre, dont les pouvoirs sont importants, dans un laps de temps qui risque d'être trop court pour que les électeurs intègrent tous les enjeux et fassent un choix parfaitement éclairé, en conscience.
Le sénateur Philippe Bas évoque un « stress test » pour les institutions, c'est‑à‑dire une mise à l'épreuve de leur solidité.
C'est bien le cas. Jamais les deux extrêmes de l'échiquier politique n'avaient été en situation d'accéder au gouvernement. Ils le sont. Or nous ne connaissons pas leur conception d'une éventuelle cohabitation avec le président de la République, alors qu'on connaît la philosophie et la pratique des partis de gouvernement puisqu'ils l'ont déjà expérimentée. Cela ajoute à l'incertitude.
On connaît les programmes. Dans ce contexte inédit, les électeurs vont‑ils voter pour un projet ou pour des « valeurs », comme l'a dit Gabriel Attal ?
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Depuis plusieurs décennies, les Français ont le sentiment de choisir des options claires qui sont appliquées de manière édulcorée. Cette fois-ci, ils se disent que, en votant pour une option radicale, les changements seront un peu plus visibles qu'auparavant. Et beaucoup croient que, si cela tourne mal, le président de la République pourra toujours corriger le tir, ou que l'on provoquera de nouvelles élections... C'est ignorer le fonctionnement de nos institutions, car les pouvoirs du président sont restreints et il ne pourra pas dissoudre avant un an. Il y a beaucoup de paramètres de ce type qui sont ignorés par les électeurs. Par conséquent, tous les ingrédients sont réunis pour un saut dans l'inconnu.
Propos recueillis par Nicolas Prissette