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Politique - La Tribune Bordeaux

François Hommeril, patron de la CFE-CGC, intéressé par la Région

Photo de Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean

Publié le 17 mars 2017 à 11:22 - Mis à jour le 17 mars 2017 à 14:58

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le président de la CFE-CGC, qui s’intéresse beaucoup au nouveau potentiel des régions en gestion de l’emploi et de la formation professionnelle, nourrit d’énormes craintes sur les effets de la loi Travail qui pourrait, selon lui, provoquer des catastrophes en série.

François Hommeril, le nouveau président confédéral de la CFE-CGC (Confédération française de l'encadrement - Confédération générale des cadres), élu début juin 2016 à la suite de Carole Couvert, était le 10 mars à Bordeaux à l'invitation du président CFE-CGC de Nouvelle-Aquitaine, Patrick Debaere, dans le cadre d'un tour de France des régions. Ingénieur en géologie venu tout droit de la chimie, passé par Pechiney, Alcan et Rio Tinto, le patron de la CFE-CGC ne mâche pas ses mots.

Il était accompagné dans son périple bordelais par Jean-François Foucart, ingénieur à Dassault Systèmes, élu au Bureau national de la CFE-CGC en charge de l'emploi, de la formation et de l'égalité professionnelle. François Hommeril a commencé par se dire très satisfait du résultat de sa confédération aux dernières élections professionnelles dans les TPE (très petites entreprises/moins de 11 salariés), qui ont eu lieu du 30 décembre 2016 au 13 janvier 2017 et dont les résultats ont été connus en février dernier.

Faire mieux dans les hôpitaux

"La CFE-CGC est la première organisation de cadres dans les TPE. Elle est aussi la seule confédération qui progresse en nombre de voix aux élections professionnelles dans les TPE, souligne François Hommeril.La prochaine mesure d'audience de la représentativité des syndicats, poursuit-il, aura lieu fin mars et nous verrons bien ceux qui ont le plus progressé. Il y a quatre ans, en 2013, lors du premier pointage, nous étions au tour de 10 %".

A l'échelle nationale et interprofessionnelle la CFE-CGC est arrivée en 7ème position aux élections dans les TPE, avec 3,38 % des voix, en hausse il est vrai de +1,06 %, alors que la CGT conserve sa première place, à 25,12 % des voix, tout en reculant de 4,42 %. La mesure d'audience de la représentativité des syndicats est une nouveauté qui se veut exhaustive, instaurée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. La première mesure d'audience, dévoilée en mars 2013, s'est ainsi appuyée sur une consolidation des résultats obtenus par les syndicats à toutes les élections professionnelles entre 2009 et 2013 !

"Le pointage de mars 2017 montrera que nous sommes la confédération qui a le plus progressé.La CFE-CGC est davantage présente dans les grands groupes, où elle occupe la première place, en particulier dans les services, la banque, l'industrie.Nous sommes faibles dans la construction et plus dispersés dans l'économie sociale et solidaire. Et la CFE-CGC est également peu présente dans certains secteurs de la fonction publique, comme les administrations hospitalière et territoriale" détaille le président.

Formation, emploi : la piste régionale

François Hommeril entend faire tout ce qu'il peut pour réduire ce manque de couverture dans les plus brefs délais, d'autant qu'il est convaincu que le temps presse. "Les plans d'économies appliqués dans les administrations c'est l'équivalent de ce qui s'est passé dans l'industrie il y a une vingtaine d'années : avec les mêmes consultants qui vont obtenir les mêmes résultats catastrophiques" pronostique-t-il dans un avenir proche. Dans ses objectifs figure aussi la régionalisation contenue dans la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République), qui remodèle non seulement de nombreux territoires mais modifie aussi les compétences des régions.

"La gestion de la formation professionnelle et de l'emploi relèvent d'un paritarisme qui est déjà pour partie territorialisé avec la Région. Il faudrait voir dans quelle mesure un paritarisme local peut-être porteur" éclaire le président national, très intéressé par ce potentiel. La CFE-CGC ne s'est pas fait remarquée et n'est pas descendue dans la rue pour combattre la loi El Khomri ou loi Travail, comme la CGT ou FO, pourtant le patron des cadres n'a pas de mots assez durs pour condamner cette réforme.

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La CFE-CGC a refusé de s'associer aux manifestations contre la loi Travail (ici à Bordeaux) qu'elle a pourtant combattu (Agence Apppa)

Une voiture neuve sans freins

"Dans sa première mouture la loi El Khomri est, à 80 %, le catalogue des mesures prévues dans le cadre du programme national de réforme, le PNR, qui est envoyé chaque année par les gouvernements de l'Union à la Commission européenne pour prouver qu'ils appliquent bien les réformes structurelles attenduespar Bruxelles. Comme ça c'est plus facile après de discuter avec Bruxelles si l'on dépasse les 3 % de déficit... La loi El Khomri c'est une voiture neuve où on a oublié de mettre des freins, mais elle est super parce qu'elle a des fauteuils en cuir" illustre avec sarcasme François Hommeril en brocardant les quelques améliorations mises en avant.

L'inversion de la hiérarchie des normes contenue dans cette loi, qui donne la priorité aux décisions prises dans les entreprises par rapport aux accords de branche risque fort, selon le président de la CFE-CGC, de n'arriver qu'à un résultat : l'effondrement des acquis socio-économiques.

François Hommeril (J-Philippe Déjean)

Ne pas dégrader les conditions de travail

"Aujourd'hui il y a encore des systèmes de régulation, si on les détruit c'est le retour au XVIIIe siècle ! Le client pourra faire pression autant qu'il voudra sur son sous-traitant pour obtenir de nouvelles conditions plus avantageuses,entrainant une dégradation généralisée des conditions de travail. Dire que réduire la qualité des conditions de travail permet de garder ou conquérir des marchés, de créer de la richesse, c'est faux. Si c'était vrai le Bangladesh serait la première puissance économique du monde !" assène l'ingénieur.

Avant que Jean-François Foucart ne porte un autre coup à cette loi honnie par la confédération. "La loi El Khomri casse le principe d'égalité. Avant la loi garantissait un minimum mais aujourd'hui c'est fini. Avec cette loi les employeurs vont pouvoir passer au-dessous du minimum. Il y avait des bornes à ne pas dépasser et qui l'ont été par la loi Travail". Pour autant les militants syndicaux se gardent de toute analyse politique à ce sujet et justifient leur refus d'aller dans la rue, stratégie dont ils estiment qu'elle à conduit "à une hystérisation".

L'Unedic au centre des négociations

Le président de la CFE-CGC ne peut toutefois s'empêcher de critiquer le projet d'Emmanuel Macron de mettre les régimes retraite du public et du privé au même niveau, ce qu'il qualifie "d'égalité haineuse". Tout comme il condamne les justifications du recul de l'âge de départ à la retraite. "Dire qu'il faut partir plus tard à la retraite parce que l'espérance de vie augmente c'est complètement débile ! L'espérance de vie n'a rien à voir avec le déséquilibre des régimes de retraite, qui est lié notamment à la stagnation des salaires et à l'augmentation du plafond de la Sécurité sociale" juge-t-il.

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Mais le président de la CFE-CGC pense d'abord aux négociations paritaires, avec les autres syndicats et le patronat, qui doivent permettre de rééquilibrer le budget de l'Union nationale interprofessionnelle pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Unedic), qui gère l'assurance chômage. Ces négociations, qui ont repris depuis le 7 mars, doivent s'achever le 28. Et pas question pour François Hommeril de faire de cadeau au patronat sur l'Unedic, même si des candidats à la présidentielle ont déjà annoncé qu'ils comptaient nationaliser cette gestion en la retirant aux syndicats et au patronat.  

Jean-Philippe Déjean

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