François Hommeril, patron de la CFE-CGC, intéressé par la Région

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
François Hommeril, le nouveau président confédéral de la CFE-CGC (Confédération française de l'encadrement - Confédération générale des cadres), élu début juin 2016 à la suite de Carole Couvert, était le 10 mars à Bordeaux à l'invitation du président CFE-CGC de Nouvelle-Aquitaine, Patrick Debaere, dans le cadre d'un tour de France des régions. Ingénieur en géologie venu tout droit de la chimie, passé par Pechiney, Alcan et Rio Tinto, le patron de la CFE-CGC ne mâche pas ses mots.
Il était accompagné dans son périple bordelais par Jean-François Foucart, ingénieur à Dassault Systèmes, élu au Bureau national de la CFE-CGC en charge de l'emploi, de la formation et de l'égalité professionnelle. François Hommeril a commencé par se dire très satisfait du résultat de sa confédération aux dernières élections professionnelles dans les TPE (très petites entreprises/moins de 11 salariés), qui ont eu lieu du 30 décembre 2016 au 13 janvier 2017 et dont les résultats ont été connus en février dernier.
A l'échelle nationale et interprofessionnelle la CFE-CGC est arrivée en 7ème position aux élections dans les TPE, avec 3,38 % des voix, en hausse il est vrai de +1,06 %, alors que la CGT conserve sa première place, à 25,12 % des voix, tout en reculant de 4,42 %. La mesure d'audience de la représentativité des syndicats est une nouveauté qui se veut exhaustive, instaurée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. La première mesure d'audience, dévoilée en mars 2013, s'est ainsi appuyée sur une consolidation des résultats obtenus par les syndicats à toutes les élections professionnelles entre 2009 et 2013 !
François Hommeril entend faire tout ce qu'il peut pour réduire ce manque de couverture dans les plus brefs délais, d'autant qu'il est convaincu que le temps presse. "Les plans d'économies appliqués dans les administrations c'est l'équivalent de ce qui s'est passé dans l'industrie il y a une vingtaine d'années : avec les mêmes consultants qui vont obtenir les mêmes résultats catastrophiques" pronostique-t-il dans un avenir proche. Dans ses objectifs figure aussi la régionalisation contenue dans la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République), qui remodèle non seulement de nombreux territoires mais modifie aussi les compétences des régions.
"La gestion de la formation professionnelle et de l'emploi relèvent d'un paritarisme qui est déjà pour partie territorialisé avec la Région. Il faudrait voir dans quelle mesure un paritarisme local peut-être porteur" éclaire le président national, très intéressé par ce potentiel. La CFE-CGC ne s'est pas fait remarquée et n'est pas descendue dans la rue pour combattre la loi El Khomri ou loi Travail, comme la CGT ou FO, pourtant le patron des cadres n'a pas de mots assez durs pour condamner cette réforme.
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La CFE-CGC a refusé de s'associer aux manifestations contre la loi Travail (ici à Bordeaux) qu'elle a pourtant combattu (Agence Apppa)
L'inversion de la hiérarchie des normes contenue dans cette loi, qui donne la priorité aux décisions prises dans les entreprises par rapport aux accords de branche risque fort, selon le président de la CFE-CGC, de n'arriver qu'à un résultat : l'effondrement des acquis socio-économiques.
François Hommeril (J-Philippe Déjean)
Avant que Jean-François Foucart ne porte un autre coup à cette loi honnie par la confédération. "La loi El Khomri casse le principe d'égalité. Avant la loi garantissait un minimum mais aujourd'hui c'est fini. Avec cette loi les employeurs vont pouvoir passer au-dessous du minimum. Il y avait des bornes à ne pas dépasser et qui l'ont été par la loi Travail". Pour autant les militants syndicaux se gardent de toute analyse politique à ce sujet et justifient leur refus d'aller dans la rue, stratégie dont ils estiment qu'elle à conduit "à une hystérisation".
Le président de la CFE-CGC ne peut toutefois s'empêcher de critiquer le projet d'Emmanuel Macron de mettre les régimes retraite du public et du privé au même niveau, ce qu'il qualifie "d'égalité haineuse". Tout comme il condamne les justifications du recul de l'âge de départ à la retraite. "Dire qu'il faut partir plus tard à la retraite parce que l'espérance de vie augmente c'est complètement débile ! L'espérance de vie n'a rien à voir avec le déséquilibre des régimes de retraite, qui est lié notamment à la stagnation des salaires et à l'augmentation du plafond de la Sécurité sociale" juge-t-il.
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Mais le président de la CFE-CGC pense d'abord aux négociations paritaires, avec les autres syndicats et le patronat, qui doivent permettre de rééquilibrer le budget de l'Union nationale interprofessionnelle pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Unedic), qui gère l'assurance chômage. Ces négociations, qui ont repris depuis le 7 mars, doivent s'achever le 28. Et pas question pour François Hommeril de faire de cadeau au patronat sur l'Unedic, même si des candidats à la présidentielle ont déjà annoncé qu'ils comptaient nationaliser cette gestion en la retirant aux syndicats et au patronat.
Jean-Philippe Déjean