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Politique - La Tribune Bordeaux

Vente des Girondins de Bordeaux : le feu vert d’Alain Juppé passe à l’orange

Photo de Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean

Publié le 28 septembre 2018 à 10:14 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:29

Alain Juppé, 14/09/18

Alain Juppé, maire de Bordeaux, septembre 2018, rentrée conférence de presse

La Tribune / Mikaël Lozano

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Alors que l’issue favorable du vote des conseillers de Bordeaux Métropole sur la cession du Football Club des Girondins de Bordeaux (FCGB) semblait acquise, Alain Juppé, président de la Métropole, a repoussé ce scrutin, qui devait avoir lieu ce vendredi matin, de quinze jours et demandé à Joseph DaGrosa, repreneur du club, de venir s'expliquer devant les élus.

Mardi 25 septembre dans la matinée, Pierre Hurmic, chef de file EELV (Europe Ecologie Les Verts) à Bordeaux Métropole, que nous avons alors joint au téléphone, n'avait pas encore arrêté d'argumentaire concernant son vote sur la vente du Football Club des Girondins de Bordeaux (FCBG) au fonds d'investissement General American Capital Partner (GACP). Parce ce que ce dossier est complexe. Il a finalement tranché la question et fait parvenir hier jeudi un courrier à Alain Juppé pour lui faire part de ses inquiétudes avant le vote.

"En conseil de métropole du 28 septembre 2018, les élus métropolitains seront appelés à examiner la demande de mainlevée des garanties offertes par l'actionnaire actuel du Football Club des Girondins de Bordeaux (M6) et d'approuver les garanties offertes par le nouvel actionnaire du club (GAPC). A cet effet, précise Pierre Hurmic, il nous est proposé en annexe de la délibération un certain nombre de documents, dont les lettres d'intention des différentes entités appelées à apporter leurs garanties. En revanche, poursuit l'élu, ne figurent pas à ce jour dans les pièces remises aux élus ni le plan de gestion prévisionnel ni l'avis de la Direction nationale de contrôle de gestion de la ligue professionnelle de football (DNCG)".

La pérennité du club mise en doute

L'élu écologiste développe ensuite un raisonnement qu'Alain Juppé a lui aussi déployé en fin de journée. En clair Bordeaux Métropole n'est directement intéressé que par les garanties qui lui assurent que le nouveau propriétaire (GACP) pourra s'acquitter du versement annuel de 3,8 M€ de loyer du stade. Ce qui n'empêche pas d'aller plus loin. Ce que de nombreux élus métropolitains ont dû se dire entre le début et la fin de la semaine. Car il semble bien qu'il y ait eu une prise de conscience sur la portée réelle des enjeux financiers.

"Toutefois, reprend ainsi Pierre Hurmic, nous ne pouvons nous désintéresser de l'avenir du Football Club des Girondins de Bordeaux et nous contenter d'apprécier uniquement l'état des garanties proposées et les conditions de mainlevée de la lettre d'intention. A cet égard, poursuit l'élu, les conclusions de la DNCG, dont nous avons pris connaissance par voie de presse, s'interrogeant sur le réalisme du plan prévisionnel proposé par le repreneur et jugeant les prévisions de recettes optimistes, ne peuvent que nous inquiéter sur cette pérennité".

10 M€ de charges à économiser cette année

Et c'est aussi au-delà de la simple question des garanties financières présentées par GACP, qui correspondent bien à celles apportées en son temps par le groupe M6, que le président de Bordeaux Métropole s'est résolu à regarder.

"Bien sûr l'avenir du FCGB n'est pas notre affaire mais nous sommes très attachés à ce club et nous étions en attente de l'avis de la DNCG, qui a, par lettre recommandée du 21 septembre, rendu son évaluation sur le projet de cession du FCGB. Il y a plusieurs façons de lire cet avis, prévient Alain Juppé. M6 considère que cet avis est un feu vert. Mais de mon côté, je considère qu'il s'agit d'un feu orange, a-t-il averti. Car nous avons besoin de précisions concernant le montage juridique de cette cession et son mode d'exploitation. Dès 2018 GACP prévoit des économies de charges de 10 M€ : qu'est-ce que ça veut dire ?" a questionné en substance le patron de la Métropole.

Des conditions pas assez explicites

Cette question sur la réduction de charges, Joseph DaGrosa, patron du fonds d'investissement GACP, en a parlé avec Alain Juppé dans l'après-midi d'hier, lors d'une entrevue entre les deux hommes.

"Il m'a répondu, a observé Alain Juppé, que cette réduction de charges serait couverte par la vente deMalcom(le joueur brésilien cédé par le FCGB pour 41 M€ au FC Barcelone cet été - NDLR). D'accord, je veux bien, mais il faut que ce soit plus explicite. Concernant l'endettement du club, on m'a tout d'abord dit que cette dette contractée auprès de M6 serait apurée par la cession. Mais je vois aujourd'hui qu'il va y avoir une nouvelle dette avec l'arrivée du fondsFortress Investment Group.Or le projet de délibération (prévue aujourd'hui - NDLR) n'intégrait pas cette dette, qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions d'euros. D'autre part, sur le plan de la gouvernance, nous préférons avoir un Français à la tête du club plutôt qu'un professionnel américain du base-ball. C'est pourquoi j'ai demandé à monsieur Dagrosa de se présenter devant les élus", a déroulé le président de la Métropole.

Alain Juppé se donne le temps de la réflexion

C'est l'addition de tous ces éléments qui a finalement conduit le président de Bordeaux Métropole à repousser le vote des conseillers métropolitains au 12 octobre prochain. La remise à plus tard de cette décision a été agréée aussi bien par GACP que le groupe M6 a précisé l'élu, qui n'a pas caché que les négociations entamées avec le fonds d'investissement n'avaient pas toujours été faciles.

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Si Alain Juppé a insisté sur la couleur orange du feu qu'il accorde à la cession du FCGB, il n'a pas manqué de rajouter qu'aux Etats-Unis l'orange ne conduit pas forcément au rouge, mais aussi au vert. Certains observateurs pourront trouver étonnant que le président de Bordeaux Métropole et ses services n'aient pas anticipé l'arrivée de nouvelles dettes dans les comptes du club à l'occasion de cette cession. Il est probable que cette petite faute d'inattention soit liée à la nature même du montage choisi pour mener l'opération.

Le club pourra-t-il générer assez de TRI ?

Alors que traditionnellement le repreneur d'une entreprise rembourse les dettes de cette dernière avant de la recapitaliser pour la relancer sur le marché, les fonds d'investissements mobilisés pour conduire la cession du FCGB ne procèdent pas comme ça. En l'occurrence King Street Capital et Fortress Investment Group sont deux gigantesques "hedge fund", des fonds d'investissements spéculatifs, non cotés en Bourse, qui se rémunèrent avec des taux d'intérêts élevés par effet de levier.

Comme nous l'a confirmé l'avocat d'affaires bordelais Xavier Sennès, du cabinet Ixis, le montage prévu pour la reprise des Girondins de Bordeaux est typique d'un LBO (leverage by out - rachat par effet de levier) dans lequel c'est l'entreprise cible qui s'endette pour financer son rachat. Et c'est bien ce qui rend l'opération de cession du FCGB très délicate puisqu'une fois que le LBO sera lancé, le club devra pour rembourser sa dette dégager un taux de rentabilité interne (TRI) élevé et plus probablement très élevé, dont on ignore encore le montant.

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Ce qui n'est pas gagné d'avance étant donné que ces fonds spéculatifs recherchent systématiquement des profits maximums et que le FCGB est affligé d'un déficit chronique. La réserve émise par la DNCG au sujet des prévisions de recettes trop optimistes présentées dans le business plan de GACP - des données auxquelles nous n'avons pas pu avoir accès - n'en est que plus importante. Cette cession pourrait in fine représenter un investissement global (rachat plus refinancement) supérieur à 150 M€ voire 160 M€, pour une opération calibrée sur cinq ans selon les précisions même données par Joseph DaGrosa à Alain Juppé hier. A cause des délais et du niveau élevé  de l'endettement prévisible, les enjeux, on le voit, sont élevés. Qu'arrivera-t-il à Bordeaux Métropole si finalement le club s'effondre ?

Jean-Philippe Déjean

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