Vente des Girondins de Bordeaux : le feu vert d’Alain Juppé passe à l’orange

Jean-Philippe Déjean

Alain Juppé, maire de Bordeaux, septembre 2018, rentrée conférence de presse
La Tribune / Mikaël Lozano

Jean-Philippe Déjean

Alain Juppé, maire de Bordeaux, septembre 2018, rentrée conférence de presse
La Tribune / Mikaël Lozano
Mardi 25 septembre dans la matinée, Pierre Hurmic, chef de file EELV (Europe Ecologie Les Verts) à Bordeaux Métropole, que nous avons alors joint au téléphone, n'avait pas encore arrêté d'argumentaire concernant son vote sur la vente du Football Club des Girondins de Bordeaux (FCBG) au fonds d'investissement General American Capital Partner (GACP). Parce ce que ce dossier est complexe. Il a finalement tranché la question et fait parvenir hier jeudi un courrier à Alain Juppé pour lui faire part de ses inquiétudes avant le vote.
L'élu écologiste développe ensuite un raisonnement qu'Alain Juppé a lui aussi déployé en fin de journée. En clair Bordeaux Métropole n'est directement intéressé que par les garanties qui lui assurent que le nouveau propriétaire (GACP) pourra s'acquitter du versement annuel de 3,8 M€ de loyer du stade. Ce qui n'empêche pas d'aller plus loin. Ce que de nombreux élus métropolitains ont dû se dire entre le début et la fin de la semaine. Car il semble bien qu'il y ait eu une prise de conscience sur la portée réelle des enjeux financiers.
Et c'est aussi au-delà de la simple question des garanties financières présentées par GACP, qui correspondent bien à celles apportées en son temps par le groupe M6, que le président de Bordeaux Métropole s'est résolu à regarder.
Cette question sur la réduction de charges, Joseph DaGrosa, patron du fonds d'investissement GACP, en a parlé avec Alain Juppé dans l'après-midi d'hier, lors d'une entrevue entre les deux hommes.
C'est l'addition de tous ces éléments qui a finalement conduit le président de Bordeaux Métropole à repousser le vote des conseillers métropolitains au 12 octobre prochain. La remise à plus tard de cette décision a été agréée aussi bien par GACP que le groupe M6 a précisé l'élu, qui n'a pas caché que les négociations entamées avec le fonds d'investissement n'avaient pas toujours été faciles.
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Si Alain Juppé a insisté sur la couleur orange du feu qu'il accorde à la cession du FCGB, il n'a pas manqué de rajouter qu'aux Etats-Unis l'orange ne conduit pas forcément au rouge, mais aussi au vert. Certains observateurs pourront trouver étonnant que le président de Bordeaux Métropole et ses services n'aient pas anticipé l'arrivée de nouvelles dettes dans les comptes du club à l'occasion de cette cession. Il est probable que cette petite faute d'inattention soit liée à la nature même du montage choisi pour mener l'opération.
Alors que traditionnellement le repreneur d'une entreprise rembourse les dettes de cette dernière avant de la recapitaliser pour la relancer sur le marché, les fonds d'investissements mobilisés pour conduire la cession du FCGB ne procèdent pas comme ça. En l'occurrence King Street Capital et Fortress Investment Group sont deux gigantesques "hedge fund", des fonds d'investissements spéculatifs, non cotés en Bourse, qui se rémunèrent avec des taux d'intérêts élevés par effet de levier.
Comme nous l'a confirmé l'avocat d'affaires bordelais Xavier Sennès, du cabinet Ixis, le montage prévu pour la reprise des Girondins de Bordeaux est typique d'un LBO (leverage by out - rachat par effet de levier) dans lequel c'est l'entreprise cible qui s'endette pour financer son rachat. Et c'est bien ce qui rend l'opération de cession du FCGB très délicate puisqu'une fois que le LBO sera lancé, le club devra pour rembourser sa dette dégager un taux de rentabilité interne (TRI) élevé et plus probablement très élevé, dont on ignore encore le montant.
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Ce qui n'est pas gagné d'avance étant donné que ces fonds spéculatifs recherchent systématiquement des profits maximums et que le FCGB est affligé d'un déficit chronique. La réserve émise par la DNCG au sujet des prévisions de recettes trop optimistes présentées dans le business plan de GACP - des données auxquelles nous n'avons pas pu avoir accès - n'en est que plus importante. Cette cession pourrait in fine représenter un investissement global (rachat plus refinancement) supérieur à 150 M€ voire 160 M€, pour une opération calibrée sur cinq ans selon les précisions même données par Joseph DaGrosa à Alain Juppé hier. A cause des délais et du niveau élevé de l'endettement prévisible, les enjeux, on le voit, sont élevés. Qu'arrivera-t-il à Bordeaux Métropole si finalement le club s'effondre ?
Jean-Philippe Déjean