Ford Aquitaine Industries : le jour d’après

Jean-Philippe Déjean

dehors
Agence Appa

Jean-Philippe Déjean

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L'annonce, hier jeudi 13 décembre de la fermeture, dès le mois d'août 2019, de l'usine Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Bordeaux Métropole), a fait l'effet d'une bombe qui a littéralement assommé les salariés de la seule usine française filiale du constructeur automobile américain. Il reste encore quelques heures avant le lundi 17 décembre, date à laquelle s'achèvera officiellement la procédure d'information-consultation des salariés de FAI dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). PSE dont la mise en route exclura de fait toute option de reprise de l'usine.
Dans ce jour d'après, la vie reprend ses droits et l'intersyndicale va plancher toute cette matinée et sûrement une bonne partie de l'après-midi avec les experts économiques proches des syndicats mais aussi de hauts fonctionnaires du cabinet du ministre de l'Economie et des finances, Bruno Le Maire, comme nous l'a précisé Philippe Poutou, délégué CGT de FAI. A cela s'ajoute la poursuite d'un semblant de vie courante, aussi fascinant qu'un canard décapité en train de courir.
Mercredi 12 décembre après l'accord conclu entre l'intersyndicale de FAI, le groupe belge Punch - candidat à la reprise -, le ministère de l'Economie et des finances et les syndicalistes voulaient encore croire que Bruno Le Maire pourrait utiliser cette bonne nouvelle en fin de journée pour la resservir à Jim Hackett, le patron de Ford Motor Company (FMC), et peser ainsi sur la décision du constructeur automobile. La perspective de ce contact a continué à flotter pendant de longues heures, comme une perspective crédible, jusqu'à ce que le groupe Ford déchire violemment ce voile de rêverie en annonçant son refus de toute poursuite d'activité dans son usine girondine.
Une annonce dont le ministre de l'Economie et des finances n'était pas au courant. Autrement-dit Jim Hackett a refusé de répondre à Bruno Le Maire au téléphone. Cette déclaration du groupe Ford a ainsi été faite avec un maximum de brutalité et l'intention patente de faire perdre la face à Bruno Le Maire. L'état-major de Ford a semble-t-il voulu humilier le ministre de l'Economie et des finances. Certains verront dans cette provocation un nouveau camouflet indirectement adressé par Donald Trump à Emmanuel Macron.
Nul ne peut prédire comment vont se dérouler les prochaines semaines à Ford Aquitaine Industries (Agence Appa).
Le ministre ne restera pas les bras ballants et entend le faire savoir :
Selon une dépêche AFP ce vendredi matin, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des finances, Agnès Pannier-Runnacher, a annoncé que Bruno Le Maire aurait un rendez-vous téléphonique avec Jim Hackett dans la journée.
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Quelques 400 emplois sur les 850 de l'usine sont en jeu mais la situation de FAI sort probablement de la moyenne ordinaire pour les PSE en milieu industriel. Les prévisions tablent ainsi sur près de 40 % de départs volontaires en pré-retraites (autour de 300) et 150 transferts supplémentaires à l'usine voisine de GFT (groupe Magna), à quelques centaines de mètres de là. Des salariés "pré-retraitables" pour lesquels la garantie Ford sera toujours supérieure à celle du groupe belge Punch.
Au point que le syndicat CFTC, qui a quitté l'intersyndicale et le front du refus, parce qu'il a de sérieux doutes sur l'offre de reprise portée par Punch, a rappelé ce mercredi 12 décembre le fait qu'il avait déjà annoncé qu'il était favorable à la tenue d'un référendum "dans le cadre légal, sur la base de la transparence des informations sur le projet du repreneur, qui ne doit pas être caché aux salariés, et les concessions écrites demandées". Le rejet en assemblée générale de cette option référendaire n'a pas plu à cette confédération, qui estime que les votes en assemblée sur des éléments du dossier transmis oralement "ne répondent pas à la réglementation et ne peuvent pas refléter l'avis des 850 salariés de FAI".
Après la déclaration du groupe automobile américain de refuser toute poursuite d'activité dans son usine de Blanquefort, la CFTC a pris acte de la décision américaine et continue de s'interroger.
Pour Jean-Michel Caille un référendum ne pouvait être lancé qu'à l'initiative de Ford qui, selon lui, n'en avait aucune envie parce que le groupe avait déjà décidé de se débarrasser de l'usine. Le refus de laisser les volumes de production nécessaires pour alimenter l'usine lors de la phase initiale de changement de propriétaire et le fait que le groupe Punch, seul candidat à la reprise de l'usine, ne figurait pas dans la liste des repreneurs potentiels recherchés par le cabinet travaillant dans ce sens pour Ford ne laissent selon Jean-Michel Caille aucune place au doute.
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Comme mercredi 12 décembre, une bonne partie des acteurs du dossier va rester pendu au téléphone pour savoir si oui ou non Jim Hackett répond à Bruno Le Maire. Ce que veut notamment l'intersyndicale c'est un peu plus de temps, pour que Punch puisse présenter un plan de reprise complet dans les domaines financier et productif.
Jean-Philippe Déjean