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Politique - La Tribune Bordeaux

Lac de Caussade : comment la préfète Fabienne Buccio démine ce dossier explosif

Jean-Philippe Déjean

Publié le 01 juillet 2019 à 11:25 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:31

Fabienne Buccio lors de son installation à Bordeaux.

Fabienne Buccio lors de son installation à Bordeaux.

Thibaud Moritz / Agence APPA

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Photo d'illustration de l'article
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Fabienne Buccio a pris le taureau de la contestation paysanne en Lot-et-Garonne par les cornes mais avec des gants adaptés. Elle explique à La Tribune comment elle s’y prend pour désamorcer le dossier explosif de la construction illégale de la retenue d’eau de Caussade. Une mission à haut risque qui pourrait capoter à n’importe quel moment.

Avec l'arrivée de la nouvelle préfète de la Gironde et de Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio, qui a pris ses fonctions à Bordeaux le 15 avril 2019, le dossier de la retenue d'eau de Caussade, d'une capacité de 920.000 m3, construite illégalement sur la commune de Pinel-Hauterive, près de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), a pris une autre dimension.

"Quand je suis arrivée j'ai trouvé cette situation avec un barrage à Caussade dont les travaux se terminaient, sans la moindre autorisation, et un arrêté préfectoral contenant des mesures contraignantes pour le faire détruire. Quand on sert l'Etat on essaie de trouver des solutions dans le cadre de la loi. La situation n'était bonne pour personne : ni pour les agriculteurs, à cause des problèmes de sécurité, ni pour les environnementalistes parce que le barrage existe. J'avais l'impression que chacun était installé dans son camp retranché" rembobine Fabienne Buccio.

Tout d'abord autorisée par la préfecture le 29 juin 2018, suite à une enquête d'utilité publique, la construction de cette retenue d'eau sur le cours du Caussade a été interdite par les services de l'Etat le 15 octobre 2018, après l'avis défavorable de l'Agence française pour la biodiversité (le 17 août), le recours de l'association France Nature Environnement (le 13 septembre), puis l'annulation du projet par les ministères de l'Agriculture et de l'Ecologie (le 18 septembre).

Le choc de l'obligation de démolir

Décisions qui ne vont pas empêcher les travaux de démarrer le 22 novembre de la même année, à l'initiative de la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, présidée par Serge Bousquet-Cassagne (issu de la Coordination rurale) et du Syndicat des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne. Malgré l'interdiction des travaux, confirmée le 29 mars 2019 par le tribunal administratif de Bordeaux, le chantier de la retenue d'eau de Caussade s'est poursuivi. Tant et si bien que le 6 mai dernier la préfecture de Lot-et-Garonne contre-attaquait.

Elle ordonnait ainsi à la Chambre consulaire de consigner plus de 1 M€ pour couvrir le coût des travaux de remise en état du site et de démolition de la retenue d'eau, avec tout un ensemble d'astreintes financières, touchant aussi par exemple l'arrêt des derniers travaux. La préfète de Nouvelle-Aquitaine, qui a dû gérer l'épineux dossier de la "Jungle de Calais" dans une précédente affectation dans le Pas-de-Calais, n'est pas en sucre et va le démontrer. Alors que sur ce terrain explosif les mines semblent sautiller d'impatience, Fabienne Buccio va descendre dans l'arène avec précaution.

Une opération locale suivie à Matignon

"J'ai bien étudié le dossier, bien écouté. En plein accord avec ma collègue (la préfète de Lot-et-Garonne -NDLR) nous avons eu l'idée d'un chemin qui n'est pas facile, qui peut s'interrompre à n'importe quel moment, pour sortir de cette situation. Nous sommes appuyées dans cette démarche par les cabinets du ministère de la Transition écologique et solidaire, et de Matignon. J'en ai parlé avec eux et j'ai eu mandat de discussion, d'entrée en contact, en particulier avec la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne" éclaire Fabienne Buccio.

C'est ainsi que la préfète, qui prend ce dossier très au sérieux, a accepté début juin de rencontrer Serge Bousquet-Cassagne, mais aussi son vice-président, Patrick Franken, et le directeur de la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, en compagnie de représentants de la Dreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) et du Sgar (Secrétariat général pour les affaires régionales). Pour déminer le terrain, Fabienne Buccio va notamment lever la menace d'une obligation de destruction rapide du site.

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Le président de la chambre devant le tribunal

"Il ne s'agit pas de régulariser une situation irrégulière, recadre la préfète. Ce que nous leur avons dit, c'est qu'ils ont construit un barrage impressionnant sans le contrôle d'un organisme agréé. Cet ouvrage, poursuit-elle, doit être en sécurité : l'est-il ou ne l'est-il pas ? La solidité du barrage est à vérifier et il y a des cabinets agréés pour le faire. Cet audit sera mené aux frais des agriculteurs. D'autre part, rappelle Fabienne Buccio, dans l'autorisation initiale il y avait des contraintes à suivre et notamment l'obligation de réaliser une étude complète sur l'impact environnemental des travaux, avec l'ensemble des mesures compensatoires à prendre. Puisqu'il y a par exemple une variété de tulipe qui ne pousse que là. Enfin nous demandons une étude hydrologique complète, sur la qualité de l'eau, la masse d'eau concernée, le niveau de l'étiage... ".

L'idée étant de revoir probablement à la baisse les ambitions initiales du projet. Comme le souligne la préfète, ces trois points ont été acceptés par la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne. Une structure de concertation locale réunissant agriculteurs et associations environnementalistes est en cours de constitution, afin de disposer d'un point de contact. La chambre consulaire et la Coordination rurale évoquent un armistice bienvenu et certains y voient assez logiquement un feu vert pour le barrage. Reste que le match n'est pas terminé.

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Le 10 juillet prochain le président de la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne et son vice-président sont ainsi convoqués à cause de ce dossier par le tribunal correctionnel d'Agen, suite aux plaintes qui ont été déposées.

"La justice suit son cours : je n'en suis pas maître. D'autre part l'arrêté de l'Etat est toujours actif. Mon sentiment, c'est que les agriculteurs ont compris qu'ils étaient allé trop loin et qu'ils cherchent à sortir de cette situation de façon honorable" conclut la préfète pour La Tribune.

Elle non plus ne semble pas vouloir voir l'Etat perdre la face dans ce bras de fer.

Jean-Philippe Déjean

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