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Politique - La Tribune Bordeaux

Municipales : Bordeaux Maintenant veut faire "le deuil de l'attractivité à tout prix"

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano

Publié le 03 octobre 2019 à 13:50 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:30

Cédric Montet, dirigeant d'API.video et un des principaux rédacteurs du Manifeste, et Matthieu Rouveyre, fondateur de Bordeaux Maintenant

Cédric Montet, dirigeant d'API.video et un des principaux rédacteurs du Manifeste, et Matthieu Rouveyre, fondateur de Bordeaux Maintenant

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Pour Matthieu Rouveyre et son collectif Bordeaux Maintenant, Bordeaux doit urgemment changer de politique de développement économique et mettre fin à ce qu'ils appellent "l'attractivité à tout prix". Pour appuyer leurs propos, ils publient un document d'une cinquantaine de pages. Ils y défendent l'idée que l'arrivée de nouvelles entreprises dans la métropole n'a pas profité à la population locale et prônent "un développement apaisé" et vertueux pour les territoires environnants.

Depuis plusieurs mois, Bordeaux Maintenant s'attache à empiler les documents. Le mouvement fondé par l'élu d'opposition socialiste bordelais Matthieu Rouveyre, par ailleurs vice-président du Conseil départemental de la Gironde, entend jouer le rôle d'agitateur d'idées avant que la campagne électorale se durcisse à l'approche des municipales de mars 2020. Politiquement parlant, le Parti socialiste se dirige "très probablement vers une convergence" locale avec les écologistes menés par Pierre Hurmic. Matthieu Rouveyre explique ainsi que lui-même et Emmanuelle Ajon ont été missionnés par la direction nationale pour établir un accord et tenter de reprendre la mairie à la droite, mission ayant reçu l'aval des militants locaux. Mais dans l'immédiat, il ramène le sujet aux thématiques qui agitent Bordeaux. Après quelques pistes lancées en matière d'immobilier il y a quelques jours, c'est d'économie dont il a été question hier mercredi.

Le sobriquet de "belle endormie" n'est plus aujourd'hui accolé à Bordeaux que par quelques acteurs parisiano-centrés. Régulièrement classée première destination envisagée par les cadres franciliens en mal de mobilité, la ville a vu quelques grands noms du numérique y installer des équipes et s'y développer plus ou moins fortement. Betclic, Deezer, OVH, Ubisoft y ont notamment posé leurs valises, attirés par un marché de l'emploi plus détendu qu'en région parisienne. Depuis, ce phénomène conjugué à la montée en puissance d'acteurs nés localement a sévèrement durci la course aux talents et engendré une nette hausse des salaires. Ce double phénomène, nombre de PME l'évoquent depuis des mois. Matthieu Rouveyre et Cédric Montet, lui-même dirigeant de la société API.vidéo (ex-Libcast), ont pris ce point de départ pour élargir à la politique économique au sens large :

"Nous avons cherché à mesurer l'impact de ces nouveaux venus du numérique, de ces arrivées accompagnées par de l'argent public et par une implication politique forte. En scannant notamment les informations recueillies sur les réseaux sociaux professionnels, nous avons abouti à la conclusion que cette attractivité bordelaise a eu plus d'effets néfastes qu'elle n'a apporté de solutions pour la population locale."

"Aujourd'hui il n'y a pas d'examen de conscience"

Les membres de Bordeaux Maintenant affirment qu' "aucun chiffre ne défend la politique d'attractivité" menée notamment sous la bannière métropolitaine Magnétic Bordeaux et que la municipalité actuelle n'a pas été en mesure d'en fournir. Sans condamner les efforts entrepris par le passé pour redonner des couleurs au territoire, mais en lançant une alerte :

"Ce développement a été mal anticipé et trop peu accompagné. Je ne nie pas que l'arrivée de certaines entreprises aient pu stimuler des filières locales, mais elles ont surtout faire venir des salariés et généré plus de concurrence au plan local. Il faut maintenant trouver des solutions pour que les chômeurs bordelais trouvent un emploi, plutôt que de continuer à importer de l'emploi. Nous devons faire le deuil de l'attractivité à tout prix. On va dans le mur si on ne change pas notre modèle de développement. Or aujourd'hui il n'y a pas d'examen de conscience, on préfère se mettre la tête dans le sable comme une autruche."

Le document produit par l'association compile de nombreux chiffres. Matthieu Rouveyre et Cédric Montet en mettent en exergue quelques-uns pour appuyer leur propos : croissance de 15 % du nombre d'emplois dans Bordeaux Métropole entre 2007 et 2018 (soit 41.500 emplois supplémentaire), hausse de 8 % de la démographie, soit trois points de moins que le reste de la Gironde, 16 % de hausse des loyers entre 2010 et 2018, 223 heures passés en moyenne dans les bouchons en 2018 par les automobilistes... "La croissance du nombre d'emplois est deux fois plus importante que celle du nombre d'habitants sur Bordeaux Métropole. Ce décalage s'explique par une politique du logement inadaptée au développement du territoire", marquée par "un déficit d'offres de logement notamment sociaux", la diminution du nombre de petites surfaces aspirées par Airbnb, et générant un phénomène de gentrification repoussant les ménages les moins aisés à plusieurs dizaines de kilomètres des lieux de travail. "Entre juin 2016 et juin 2019, le nombre de demandeurs d'emplois en catégorie A, B et C a progressé de 29.200, soit + 4,6 %. Dans la Métropole, la hausse est de 4,5 % et en Gironde, elle est de 5%", complète Cédric Montet, citant l'Observatoire Pôle Emploi.

Matthieu Rouveyres Cédric Montet Bordeaux Maintenant
Matthieu Rouveyres Cédric Montet Bordeaux Maintenant (Crédits : Agence Appa)

Cédric Montet et Matthieu Rouveyre (photo Agence Appa)

Bordeaux Maintenant veut quant à elle promouvoir "un développement apaisé, partenarial et partagé, soutenable, voire résilient". "Bordeaux Métropole concentre 62 % des emplois de la Gironde, Bordeaux elle-même 43 % des emplois de la Métropole et on atteint 60 % si on lui ajoute Mérignac, énumère Matthieu Rouveyre. Nous arrivons aujourd'hui à 780.000 habitants, avec une proportion de 2,7 habitants par emploi. Si elle reste stable comme c'est le cas sur les 10 dernières années, notre territoire comptera entre 1 et 1,3 million d'habitants en 2030."

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Quelles sont les alternatives proposées ? Le mouvement veut ancrer Bordeaux comme "innovante sur les grandes transitions" et donner la priorité à des activités territoriales de proximité.

"Nous devons nous réinventer. Pourquoi par exemple ne pas mieux structurer une filière autour de la gestion et du traitement des déchets porteuse d'emplois locaux ? Pourquoi ne pas créer, pour aborder la question de la livraison des colis, des centre de distribution urbains et des hôtels logistiques dans les quartiers, d'où pourraient partir des flottes de véhicules propres ? La puissance publique a vocation à accompagner ce type d'initiatives et, sans doute, à prendre quelques décisions radicales. On doit s'inscrire dans les mutations puisqu'on ne peut ni les interdire, ni les rejeter comme si elles n'existaient pas. Par contre, nous pouvons faire grandir des alternatives, comme des contre-modèles à l'ubérisation."

Bordeaux Maintenant avance plusieurs idées comme l'utilisation du tramway la nuit pour le transfert de marchandises vers le centre-ville, le déploiement de triporteurs électriques à haute capacité, la multiplication des projets d'autoconsommation collective... Elle réclame également que les opérations d'intérêt métropolitain Bordeaux Inno Campus et Aéroparc soient recalibrées et réagencées dans le temps, sans aller jusqu'à l'arrêt de ces projets comme le réclame Vincent Feltesse.

Le mouvement insiste également sur les conséquences de l'attractivité identifiées en dehors du périmètre métropolitain. Considérant que l'installation des ménages hors de la métropole est "plus subie que choisie" aujourd'hui, prenant le contre-pied de la thèse défendue par le géographe Martin Vanier, il évoque une "artificialisation des sols en Gironde équivalente à la taille de quatre terrains de football" et cite en exemple le témoignage du maire de Porchères, dans le Libournais, David Redon, abondamment repris dans le document : "Ces territoires voit arriver une population qui a le sentiment d'être déclassée et qui débarque dans des communes où les équipements sont bien moins nombreux. Pour ces secteurs, c'est la double peine : non seulement on leur envoie des populations en souffrance mais en plus on consomme leurs ressources."


Jugeant "cosmétiques" les premières relations de partenariat que la métropole et la ville a engagé avec d'autres territoires (Libourne, Marmande, Angoulême, Saintes...), Bordeaux Maintenant appelle à concrétiser des actions beaucoup plus rapidement avec tous les secteurs géographiques qui le souhaitent. Et met en accès libre son document de travail, afin de susciter le débat.

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>> Télécharger le document de Bordeaux Maintenant

Mikaël Lozano

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