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Politique - La Tribune Bordeaux

Attractivité, commerce, entreprises : ce que propose Nicolas Florian pour Bordeaux

Propos recueillis par Pierre Cheminade

Publié le 03 mars 2020 à 11:47 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:28

Nicolas Florian

Nicolas Florian

Agence APPA

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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"Il faut poursuivre la politique d'attractivité mais en répartir différemment les fruits", considère Nicolas Florian, le maire sortant de Bordeaux et tête de liste Majorité municipale (LR, Modem, UDI et Agir) à l'élection municipale des 15 et 22 mars. Dans un entretien à La Tribune, il précise son projet en matière économique autour de la notion d'équilibre. Filières à soutenir, marché de l'emploi et maison de l'entrepreneur, il présente ses propositions et réaffirme son soutien au projet de "rue bordelaise".

LA TRIBUNE - Quel est bilan du mandat qui s'achève pour l'économie bordelaise ?

Nicolas FLORIAN - La dynamique économique et la création d'emplois sont au rendez-vous depuis les années 2012 à 2014. Il y a beaucoup d'implantations d'entreprises et une vraie attractivité ! Des filières naissantes viennent s'ajouter aux secteurs historique du vin et de l'aéronautique : le pôle image et numérique est devenu majeur, le commerce en ligne, la santé. Il y a donc un vrai dynamisme qui s'est encore accéléré depuis 2017 et l'arrivée de la grande vitesse à Bordeaux. Au niveau de l'emploi, il y a eu 13.000 emplois créés dans l'agglomération en 2019. Bref, le bilan il est positif même s'il y a nécessairement des choses à corriger.

Vous parlez d'attractivité. Cette politique, portée par Magnetic Bordeaux et Invest in Bordeaux, doit-elle être poursuivie, modifiée ou stoppée ?

Il faut l'équilibrer ! L'attractivité est un mot que j'aime bien mais je le redoute aussi parce que l'attractivité se fait souvent au détriment de quelqu'un ou de quelque chose. Cette compétition territoriale, à un moment ou à un autre, il va falloir l'apaiser, notamment au sein de l'aire urbaine. Il faut casser cette frontière territoriale entre la métropole et les territoires qui l'entourent. La zone aéroportuaire c'est 30.000 emplois, bientôt 40.000 emplois ! Faut-il accueillir forcément les nouveaux salariés et habitants dans la métropole ou plutôt dans les communes voisines ? Il y a un besoin de davantage irriguer le territoire, de mieux répartir les richesses économiques à l'échelle du département ou de l'aire urbaine.

Cela signifierait que les maires de la métropole accepteraient de se priver de certaines entreprises et des emplois et ressources fiscales qui vont avec...

Je pense qu'il y a une maturité et une vraie attente sur ces questions au sein des maires de Gironde et des maires de la métropole. L'épisode des Gilets jaunes nous a quand même confortés dans l'idée qu'on ne peut pas être que dans la concentration et dans la congestion à l'échelle de la métropole. Il faut devenir une métropole-archipel qui maille davantage le territoire girondin. Donc il faut poursuivre la politique d'attractivité mais en répartir différemment les fruits. Mais vous savez je n'ai plus vraiment besoin de convaincre les investisseurs de venir à Bordeaux, ils veulent déjà venir ! L'enjeu maintenant c'est de leur présenter les autres territoires comme les portes du Médoc ou l'Entre-deux-mers, par exemple.

Nicolas Florian
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)

(crédits : Agence APPA)

Les entreprises de l'agglomération se plaignent parfois de ne pas être assez considérées par les pouvoirs publics et de souffrir de la concurrence des nouvelles entreprises arrivant sur le marché de l'emploi bordelais. Que leur répondez-vous ?

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Ce sont deux sujets différents. Comment est-on capable de créer un véritable écosystème réunissant acteurs économiques et acteurs publics en sortant des logiques de silos et de filières pour mieux associer tout le monde aux décisions publiques ? Quand, par exemple, on réfléchit à un nouveau franchissement de la Garonne au droit du port de Bassens et de Bordeaux Nord, il faut en amont avoir une vraie discussion avec les acteurs économiques sur l'utilité et les modalités du projet. C'est cet aspect que je souhaite améliorer avec les acteurs économiques mais aussi avec tous les habitants, avoir une démarche plus participative.

S'agissant de la compétition entre les acteurs sur le marché de l'emploi, on a d'un côté un certain nombre de demandeurs d'emplois, notamment pour l'emploi du conjoint, et de l'autre des entreprises qui ont du mal à recruter. Comment est-on capable de mettre en adéquation ces besoins et cette demande et, au-delà, de développer les bons circuits de formation initiale et continue pour répondre aux besoins ?

Concrètement, que peut faire le maire pour solutionner cette équation ?

Le rôle du maire est de faire de l'entregent, d'être capable de réunir autour d'une même table tous les acteurs, d'être un facilitateur et d'aiguillonner mais cela ne peut se faire qu'avec l'appui de la Région. Et on est en phase sur ce sujet avec Alain Rousset, le président du conseil régional. Mon rôle de maire est de faire ce trait d'union, d'apporter cette respiration pour que les gens puissent converger autour d'objectifs partagés. Et, in fine, qu'ils puissent faire du business ensemble, des gros donneurs d'ordres aux startups en passant par tout le tissu de PME.

Les candidats de la majorité Communauté d'avenir défendent une attractivité plus ciblée. Quelles filières visez-vous particulièrement ?

Il s'agit d'abord de conforter nos atouts existants. Par exemple, notre premier effort pour soutenir la filière aéronautique de l'ouest de la métropole est de prolonger la ligne A du tramway jusqu'à l'aéroport et de favoriser les dessertes de toute cette zone très porteuse d'emplois. Ensuite, il faut favoriser les nouvelles filières, soutenir l'innovation. C'est le cas tout particulièrement de la filière hydrogène et de toute la transition énergétique. Par exemple, la startup ADV-Tech développe des éoliennes urbaines dont on ne sait pas si le modèle économique fonctionne vraiment. Le rôle de la collectivité c'est de servir de client cobaye, de pilote ! Il faut donc aussi être dans l'expérimentation, quitte à avoir des échecs. Il y a beaucoup de progrès à faire aussi sur la méthanisation, le recyclage, la revalorisation des déchets. Je veux notamment soutenir le développement d'une filière locale sur le tri, la revalorisation et la réutilisation des déchets du bâtiment.

Du côté du marché d'intérêt national (MIN) de Brienne, en plus de l'appel à manifestation d'intérêt pour l'extension du site, je souhaite avoir une vraie action sur l'alimentation du point de vue de la santé : comment mieux se nourrir ? comment moins gaspiller ? comment favoriser les circuits courts ?

Nicolas Florian
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)

Quelle politique foncière défendez-vous maintenant que la Métropole s'est enfin dotée d'un établissement public foncier (EPF) régional et d'un office foncier solidaire après des années de tergiversations ?

Il faut déjà sanctuariser nos pépites foncières en faisant en sorte que certains fonciers productifs le restent. Le site de Ford, à Blanquefort, par exemple, doit avoir un avenir industriel. Je me suis donc opposé à une vente à la découpe de ce site à des acteurs logistiques. Il faut préserver une vraie filière industrielle vers l'hydrogène ou l'éolien par exemple. L'EPF était positionné sur le logement particulier au départ mais a aussi agi sur l'immobilier tertiaire plus récemment. Sur ce sujet, avec Alain Juppé, nous étions opposés à la création d'un établissement public foncier local car jugé trop consanguin et nécessitant de la fiscalité additionnelle. Là, on a un outil à vocation régionale qui permet d'avoir une logique plus globale, avec Angoulême par exemple. Il faut probablement lui donner plus de moyens, pas par la fiscalité mais plutôt par un apport en foncier par exemple.

En termes d'aménagement du territoire, quels sont les outils que vous entendez mobiliser pour inciter les entreprises à s'installer ici plutôt que là ?

L'Opération d'intérêt métropolitain (OIM) sur la rive droite, dont nous venons d'acter le principe, est l'un de ces moyens. Après, c'est lié à nos possibilités foncières et au désenclavement de certains territoires. Il faut assumer notre rôle d'aménageur pour accueillir. En l'occurrence, je suis convaincu qu'il faut connecter l'OIM de la rive droite au fleuve, au Grand port maritime et aux activités portuaires de Bassens sur le vrac et sur l'hydrogène. Il faut que le port mène ses investissements dans son outil industriel.

Sur la rive gauche, la fin du projet de logements à la Jallère ne doit pas nous interdire de  mener à bien le développement d'activités économiques sur ce secteur de Bordeaux Nord qui mérite une vraie opération de rénovation urbaine allant du nouveau stade au pont d'Aquitaine. Il faut transformer le visage de cette zone d'activité pour y accueillir de nouvelles entreprises et la désenclaver avec un nouveau franchissement sur la Garonne et la connexion des lignes B et C du tramway. A la Jalllère même, il faut un volet d'activités économiques, un volet de respiration et de nature et un dernier tiers pour le projet de ressourcerie Ikos dédié au recyclage des déchets et auquel je veux adosser une filière de recyclage des déchets du BTP.

Quelles sont vos propositions pour les commerces ?

Le commerce c'est 40.000 emplois ! Les commerçants ont souffert ces dernières années même si le fonds de soutien mis en place par les pouvoirs publics a plutôt bien fonctionné. Maintenant, il y a des deux enjeux devant nous. On vit aujourd'hui un phénomène similaire à celui que nous avons connu il y a quinze ans avec les travaux du tramway, c'est à dire que les Gilets jaunes et les mouvements sociaux ont changé les habitudes des consommateurs qui viennent moins en centre-ville et privilégient les centres commerciaux et la périphérie. Et c'est aussi vrai pour des gens qui venaient auparavant de Bayonne ou de Poitiers et qui ne viennent plus à Bordeaux ! Il faut donc arriver à les convaincre de revenir dans le centre de Bordeaux le samedi par des actions sur le stationnement ou des opérations de promotion. Mais c'est une démarche de longue haleine et il faudra notamment capitaliser sur la mise en service de la ligne D pour capter une nouvelle clientèle.

Le deuxième enjeu, plus structurel, c'est d'accompagner les commerçants locaux dans la transition numérique. La question de la vitrine numérique des commerces bordelais doit être posée. Le commerce de détails doit s'adapter aux nouveaux modes de consommation et l'idée, en tant que maire, est d'aider à créer un catalogue numérique des commerces bordelais. Il faut imaginer une plateforme d'e-commerce, une place de marché regroupant les commerces du centre-ville. C'est l'une des pistes à mettre en œuvre en lien avec la création de tiers lieux pour gérer l'aspect logistique et les livraisons à moyen et long terme. C'est un élément qui va dans le sens de l'histoire et on doit définir ensemble la boîte à outils. Il faudra aussi poser la question des horaires d'ouverture de certains commerces.

Quelle serait le rôle de la "maison de l'entrepreneur" que vous proposez ?

Ce ne serait pas forcément un lieu physique, ni un guichet public. Cela peut prendre une forme virtuelle. L'idée est de dire qu'un entrepreneur qui a été beaucoup accompagné pour créer son entreprise ne doit pas être abandonné ensuite. C'est donc un lieu de ressources pour échanger, pour rencontrer d'autres chefs d'entreprises, pour faciliter les démarches et pour faire du business dans l'écosystème. C'est une maison de services publics et parapublics pour les chefs d'entreprises. Enfin, l'objectif est de leur proposer un interlocuteur qui parle la même langue et puisse les orienter pour tous leurs sujets administratifs.

Les commerçants et chefs d'entreprise sont nombreux à demander la limitation des surfaces commerciales en périphérie. Faut-il un moratoire sur les nouvelles autorisations ?

Non je ne crois pas. D'une part, parce que je n'aime pas ce terme et, d'autre part, les autorisations accordées aujourd'hui le sont dans le cadre d'une programmation équilibrée et actée il y plusieurs années. Il faut peut-être réévaluer cette programmation mais n'ayons pas des réflexes un peu schizophrènes : on ne peut pas, d'un côté, dire qu'on va vers un développement territorial équilibré avec des zones de vie à l'extérieur de l'agglomération et, de l'autre, expliquer à ces territoires et ces communes qu'il faut brider leur développement. La Gironde gagne près de 20.000 habitants par dont la moitié dans l'agglomération, il faut bien prendre en compte cette réalité !

Nicolas Florian
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)

Le projet de "rue bordelaise" entre la gare Saint-Jean et les quais est très critiqué par vos adversaires. Soutenez-vous toujours ce projet ?

Il ne faut pas tout confondre. Il y a d'abord ce qui relève d'un vrai projet urbain auquel je suis très attaché : avoir une ouverture entre le parvis de la gare et le fleuve. C'est pour moi la base de la réflexion autour de ce projet qui vise à rénover une friche urbaine. Ensuite, on utilise cet aménagement urbain pour requalifier des logements et des commerces et j'y suis aussi favorable. Maintenant, on peut rediscuter du curseur : est-ce que c'est 30.000 m2, 25.000 m2 ou  60.000 m2 de surfaces commerciales ? On peut le revoir et il ne faut pas que ce projet se fasse au détriment d'autres commerçants. Il ne faut pas que ce soit seulement un commerce de destination mais bien un commerce de proximité pour les habitants et les voyageurs de la gare Saint-Jean.

Pour des raisons financières, ces types de projets tendent à favoriser les grandes enseignes et les franchises plutôt que les projets indépendants. Comment faire autrement ?

Il y a un risque et il faudra être très vigilant sur l'affectation des locaux. Si on restreint trop les conditions d'accès, cela favorisera les grandes chaînes donc il faudra veiller à garder une place pour le commerce de détails. La foncière commerciale créée fin 2019 avec Incité devra jouer ce rôle et au-delà faire de la préemption et de la réhabilitation en pied d'immeuble pour installer des commerces là où c'est nécessaire.

Où en est-on des relations entre la municipalité et Darwin et comment envisagez-vous les six années qui viennent ?

La clause qui était très contraignante pour le développement des activités de Darwin a été levée par Bordeaux Métropole Aménagement. J'ai pesé personnellement dans cette décision. Maintenant, l'enjeu est de laisser Darwin physiquement à la caserne Bastide Niel et dans la zone d'aménagement concerté [ZAC] tout en le sortant virtuellement pour que Darwin ne soit pas toujours lié à ce qui se passe autour. Il y a un travail à mener sur l'occupation de l'espace, sur l'allée cavalière, les réseaux. Est-ce qu'il faut dupliquer Darwin ? Oui, peut-être mais je ne sais pas si c'est un modèle vraiment duplicable tant il est singulier, c'est un modèle social de cohabitation de fonctions différentes. Mais Darwin reflète l'esprit d'une ville de demain avec des relations sociales et des activités économiques et culturelles.

Vous évoquiez l'aéroport tout à l'heure. Faut-il encore encourager la croissance, déjà très forte, du trafic aérien au départ de Bordeaux-Mérignac ou, au contraire, la remettre en question comme le suggère Pierre Hurmic ?

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Je ne souhaite pas que Bordeaux devienne Barcelone ou Venise au niveau du tourisme ! Jusqu'où a-t-on un nombre supportable de voyageurs ? Aujourd'hui c'est 8 millions, demain ce sera dix millions. Il faut identifier une forme de plafond. Aujourd'hui, on a atteint un niveau supportable sur les courts et moyens courriers et l'enjeu est de développer davantage une offre long courrier même si le low cost nous a permis d'aller découvrir beaucoup de nouvelles destinations tout en accueillant des touristes à Bordeaux. Mais l'autre enjeu de l'aéroport c'est de préserver un accès la piste pour les nombreux industriels du secteur.

Propos recueillis par Pierre Cheminade

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