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Politique - La Tribune Bordeaux

Attractivité, emploi, commerce : ce que propose Thomas Cazenave pour Bordeaux

Propos recueillis par Pierre Cheminade et Mikaël Lozano

Publié le 14 janvier 2020 à 11:03 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:29

Thomas Cazenave, le candidat de Renouveau Bordeaux, investi par LREM, à l'élection municipale à Bordeaux.

Thomas Cazenave, le candidat de Renouveau Bordeaux, investi par LREM, à l'élection municipale à Bordeaux.

Agence APPA

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"La politique d’attractivité de Bordeaux ne doit pas se résumer à faire venir des entreprises qui recrutent à peu près toujours les même profils très diplômés", estime Thomas Cazenave, le candidat investi par LREM pour l'élection municipale à Bordeaux. Services aux entreprises, soutien au commerçants et lutte contre le chômage : il présente en exclusivité pour La Tribune ses priorités économiques pour la métropole et promet la fin du projet de "rue bordelaise" entre la gare Saint-Jean et les quais.

LA TRIBUNE - Quel bilan faites-vous de l'économie bordelaise ?

Thomas CAZENAVE : Tout d'abord, je considère que la place de l'entreprise doit être très structurante dans cette campagne électorale. Il faut qu'on parle des préoccupations quotidiennes des Bordelaises et des Bordelais mais aussi d'emploi et de développement économique parce que cela a des conséquences directes sur la manière dont on fait la ville et dont on envisage notamment les mobilités et l'inclusion sociale.

Je constate qu'on a une métropole bordelaise qui a créé beaucoup d'emplois ces dernières années et qui a vu son développement économique s'accélérer. C'est un magnifique succès avec des acteurs qui se sont imposés : de l'industrie 4.0 de Lectra à des pépites de la biotechnologie comme Lucine en passant par Cdiscount ou encore La Conciergerie solidaire. Il y a donc un dynamisme, de l'innovation et une envie de développement. Mais, pour autant, je suis frappé par le fait qu'on a toujours 30.000 demandeurs d'emplois à Bordeaux alors que dans le même temps on a des entreprises qui rencontrent toujours plus de difficultés pour recruter les bonnes compétences. L'enquête sur les besoins de main d'œuvre de Pôle Emploi indique que 52 % des entreprises bordelaises disent rencontrer des difficultés de recrutement contre 40 % en 2014 ! Ce sujet est donc très mordant. Les difficultés de mobilité sont devenues un frein au développement des entreprises tout comme la question du logement. Dans des secteurs comme la logistique (chauffeurs, livreurs, caristes) ou la santé (infirmiers, soignants), il y a des difficultés majeures à faire venir des gens à Bordeaux à cause du coût de l'immobilier. Donc on voit bien que le maire et la Métropole doivent agir pour aider nos entreprises à se développer et à créer plus d'emplois.

Quelle stratégie d'attractivité économique souhaitez-vous mettre en œuvre si vous êtes élu ?

Plus qu'une stricte politique d'attractivité qui consisterait à dire qu'on met tous nos efforts à faire venir des entreprises de Paris, de Lyon ou d'ailleurs, il faut qu'on soit plus girondin d'une certaine manière en aidant d'abord nos entreprises à se développer. Notre stratégique économique doit s'appuyer sur l'attractivité mais celle-ci ne doit pas tout résumer et il faut y ajouter une politique de croissance ! Cela signifie qu'il faut s'occuper de celles et ceux qui emploient le plus : les PME et les ETI et pas forcément dans les secteurs dont on parle le plus. La politique d'attractivité ne doit pas se résumer à faire venir des entreprises qui recrutent à peu près toujours les même personnes, c'est-à-dire des profils très diplômés de cadres, d'ingénieurs et de développeurs, parce qu'elle ne permettra pas de couvrir tout le champ du marché du travail, notamment pour les plus faibles qualifications. A l'inverse, si on s'intéresse aux entreprises déjà installées sur notre territoire on aura un impact beaucoup plus important sur le marché du travail local.

Thomas Cazenave
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)

(Crédits : Agence APPA)

Ces dernières années Bordeaux a cherché à attirer des grandes entreprises en concentrant son action sur l'attractivité, via notamment Invest in Bordeaux et la marque Magnetic Bordeaux. Souhaitez-vous infléchir cette dynamique ?

Je crois qu'on n'a pas besoin d'accoler à Bordeaux le terme de « magnetic ». Le maire doit utiliser la marque Bordeaux en tant que telle non seulement pour faire venir des entreprises mais aussi pour aider nos entreprises à se développer à l'international, notamment via le réseau de jumelages de la ville. Il faut encourager les délégations d'entreprises et de vignobles lorsque les élus se déplacent à l'étranger. Bordeaux est une marque forte et le maire de la ville doit être là pour l'incarner à Bordeaux, à Paris ou à l'étranger.

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Mais plus largement, notre territoire a besoin d'une croissance endogène parce que faire venir uniquement des bouts d'entreprises avec des cadres bien souvent déjà recrutés, en quoi ça répond à ma problématique d'emploi localement ? Je pense fondamentalement qu'il faut davantage aider nos entreprises à croître, à se développer et à recruter. C'est ça l'axe fort de notre stratégie de développement économique. On ne va pas se priver d'accueillir telle entreprise ou tel centre de recherche, bien évidemment, mais concentrons-nous sur le développement endogène pour rayonner autant qu'attirer.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?

Par exemple, les commerçants, qui sont souvent de très petites entreprises mais qui sont une composante fondamentale en matière d'emplois, ils souhaitent une chose : qu'on leur simplifie la vie de tous les jours ! Je veux donc que les services publics de la ville et de la métropole se plient en quatre pour leur permettre de se développer et de résoudre leurs problèmes du quotidien. Je regarde avec intérêt ce qui se fait à Lyon où chaque entreprise lyonnaise dispose d'un interlocuteur unique pour résoudre toutes ses démarches : raccordement à la fibre, difficultés administratives, gestion des déchets, etc. Il faut être dans une culture du service aux entreprises affirmée et forte. C'est le pendant pour les entreprises de la politique de proximité que je souhaite déployer pour faciliter la vie des Bordelaises et des Bordelais. Les commerces de proximité, il faut les soutenir mais il faut surtout des actes. Je veux donc, d'une part, un moratoire sur la création de toute nouvelle grande surface commerciale et, d'autre part, je veux mettre fin au projet de rue Bordelaise.

Les autorisations de surfaces commerciales ne dépendent pas que du maire de Bordeaux ni du président de la Métropole. Encore moins quand les enseignes s'installent hors du périmètre métropolitain...

Je ne dis pas que c'est facile mais que c'est essentiel pour le dynamisme de nos commerces de proximité qui ont été déjà très durement touchés par les mouvements de Gilets jaunes l'an dernier et par les grèves en ce moment. Il faut donc dépasser l'incantation : pour ce qui concerne le périmètre bordelais, il n'y aura pas de "rue Bordelaise" et pour la métropole je souhaite proposer un moratoire.

Thomas Cazenave LREM
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)

Pourquoi souhaitez-vous arrêter ce projet de "rue Bordelaise" à côté de la gare Saint-Jean ?

Parce qu'un projet de 26.000 m2 de surfaces commerciales pour des grandes enseignes ce n'est pas bon pour nos commerces indépendants de centre-ville, dont beaucoup sont dans des situations très difficiles à tel point que certains tirent le rideau ! Mais ce n'est pas bon non plus pour la manière dont on veut faire la ville qui doit intégrer une vie de quartier et des commerces de proximité. Les citoyens sont déjà passés à cette vision du commerce de proximité, leurs modes de consommation ont changé. Or, le modèle économique de la "rue Bordelaise" ne fonctionnera pas avec des commerçants indépendants vu le prix du mètre carré qui sortira.

Sur ce point, le coût de l'acquisition ou de la location est bien souvent un obstacle pour un nouveau commerce qui se lance. Prévoyez-vous de mobiliser votre projet d'office foncier solidaire sur cet aspect ?

Il faut mettre en œuvre une politique active de pied d'immeuble pour, dans des quartiers où ils ne sont pas implantés ou en difficultés, pouvoir soutenir ou préempter des locaux dans la dentelle pour permettre à des commerces de proximité de s'installer. La rue Saint James, à Bordeaux, n'est pas le fruit du hasard mais d'une volonté politique de la mairie à l'époque qui, pied d'immeuble par pied d'immeuble, a choisi les commerces et a facilité leur installation.

Je souhaite que sur la politique du logement la puissance publique intervienne davantage avec une vraie politique foncière portée par un office foncier solidaire doté d'une capacité d'investissement de 300 M€ sur six ans. Cela permettra, en pied d'immeuble, de pouvoir choisir, implanter et aider des commerces de proximité mais aussi des services comme des cabinets médicaux par exemple. Le maire et la puissance publique ont un rôle à jouer et doivent disposer d'un outil souverain sur le périmètre de Bordeaux et d'une rapidité d'action.

Cette question et plus largement celle du logement est prioritaire parce qu'une ville qui perd ses commerçants, ses salariés, celles et ceux qui prennent soin de nos aînés ou de nos enfants, c'est une ville qui ne fonctionne plus !

Vous parliez du marché local de l'emploi, comment envisagez-vous de peser sur cette problématique en tant que maire de Bordeaux ?

Il faut une initiative politique conjointe ! Il faut que le maire de Bordeaux, le président de la Métropole et le président du Conseil régional s'entendent sur la question des compétences et du recrutement. Mettons-nous autour de la table et regardons comment, concrètement, sur le bassin d'emplois métropolitain, avec les universités, les écoles, les organismes de formation, les partenaires sociaux, les fédérations professionnelles et les entreprises, on peut résoudre la question. Comment fait-on pour que sur notre territoire, on arrive à former des demandeurs d'emplois aux compétences recherchées par les entreprises ? Comment fait-on pour aider les entreprises à se structurer et à adapter leurs recrutements ? Il faut réunir tout le monde et lancer une action spécifique et locale sur la formation initiale et continue. Aujourd'hui, qui a pris l'initiative sur cette question au niveau du bassin d'emplois de la métropole ? Personne ! Alors que cette question-là ne se règle pas au niveau national, elle s'envisage bassin d'emplois par bassin d'emplois. Il faut un tandem efficace et cohérent entre la Métropole et la Région.

Faut-il être plus sélectif dans les entreprises que la métropole bordelaise accueille sur son territoire, notamment pour correspondre au marché local de l'emploi ?

Le maire ou le président de la Métropole ne choisissent pas les entreprises qui sont libres de s'installer chez nous ou pas ! En revanche, si on veut rester un territoire de pointe dans nos secteurs d'activité traditionnels, comme la viticulture, l'aéronautique ou le tourisme, qui sont confrontés à d'énormes mutations, il faut continuer à défendre notre attractivité. Je pense à la question de la transition écologique avec la proposition de créer sur la rive droite un écosystème lié à la transition écologique avec nos chercheurs, des formations aux nouveaux métiers de la transition durable et une fertilisation avec la création d'entreprises d'innovantes. Si on crée un tel écosystème avec un lieu emblématique et identifié, alors les entreprises viendront d'elles-mêmes ! C'est dans cette direction qu'il faut aller. D'autant que pour la rive droite qui a besoin de plus d'emplois et d'activité économique par rapport à d'autres territoires de la Métropole, cette transition écologique constitue une belle opportunité.

Thomas Cazenave LREM
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)

L'étude de la CCI Bordeaux Gironde réalisée fin 2019 a mis en évidence la nette dégradation des conditions de mobilité du point de vue des entreprises. Que proposez-vous ?

C'est un programme métropolitain de tous les candidats soutenus et investis par la République en marche. L'objectif est de gagner du temps : pour les Bordelaises et les Bordelais mais aussi pour les chefs d'entreprise qui perdent du temps pour aller à leurs rendez-vous ou peinent à recruter. Je propose des solutions de court terme plutôt que de nouvelles infrastructures qui n'arriveront à leur terme que dans quinze ou vingt ans. Je veux reprendre en main la rocade qui est le principal point noir cité par les chefs d'entreprise. Il faut qu'on redevienne maître de notre destin en transformant la rocade en boulevard métropolitain, en réservant une voie au covoiturage et en limitant le trafic des poids lourds.

Quelle est la marge de manœuvre du maire de Bordeaux ou du président de la Métropole pour interdire l'accès de la rocade aux poids-lourds ?

Aujourd'hui, seul l'Etat, et donc son représentant local qu'est le préfet, peut le faire. Il faut donc négocier et continuer à discuter sur ce sujet. Ce n'est pas évident mais quand j'entends certains candidats parler de grand contournement ou de barreau autoroutier qui serait construit chez les autres, c'est un peu facile de s'engager pour les autres...

Cela étant dit, sur la rocade, les camions ne représentent que 10 % du trafic qui est composé de beaucoup de voitures souvent très faiblement occupées : 1,1 occupant par véhicule. Il faut donc modifier les usages et je crois beaucoup au projet de RER métropolitain qui s'appuie sur les infrastructures ferroviaires existantes.

Portez-vous des actions spécifiques pour soutenir l'économie sociale et solidaire ?

C'est un secteur dans lequel on a de vrais atouts à l'instar de la Conciergerie solidaire, d'HelloAsso et bien d'autres. C'est un secteur précurseur qui anticipe les mutations du capitalisme en questionnant le sens de l'entreprise pour la société et pour la ville. Les jeunes générations s'y intéressent beaucoup. C'est un secteur qui se développe et qui attire en essayant de réconcilier les objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Cela s'inscrit aussi dans l'écosystème sur la transition écologique que je porte pour la rive droite.

L'action de Gérard Collomb à Lyon est-elle une source d'inspiration pour vous en matière économique ?

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Je regarde ce qui se passe ailleurs et surtout ce qui réussit. Je regarde l'action foncière à Nantes, le développement économique à Lyon et je constate que Gérard Collomb, le maire de Lyon, a mis le soutien aux entreprises lyonnaises au cœur de son projet de ville dans une logique de développement. Le pack lyonnais, la solidarité entre les entreprises lyonnaises est très forte. Dans cette logique, le maire incarne cette démarche et a une responsabilité particulière.

Propos recueillis par Pierre Cheminade et Mikaël Lozano

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