Covid-19 : le Guide des bonnes pratiques ne fait pas l'unanimité dans le BTP

Jean-Philippe Déjean

logement, BTP, construction
iStock

Jean-Philippe Déjean

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C'est finalement le 2 avril, un peu en retard sur le programme initial, que le guide des bonnes pratiques et plus précisément le "Guide de préconisations de sécurité sanitaire pour la continuité des activités de construction" a été publié. Ce document de huit pages va tenir lieu de guide réglementaire pour toutes les entreprises de la filière du BTP qui reprendront leurs activités pendant la durée du confinement. La plupart d'entre elles avait déjà averti qu'il n'y aurait pas de reprise du travail tant que ce document ne serait pas finalisé.
C'est aujourd'hui chose faite. Réalisé par l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP), qui le diffuse, ce document a été validé par le gouvernement. Il est également avalisé par les trois grandes fédérations d'employeurs : Fédération française du bâtiment (FFB), Confédération des artisans et petites entreprises du bâtiment (Capeb) et Fédération nationale des travaux publics (FNTP).
Pour autant il serait hâtif de prétendre que ce guide fait l'unanimité. Il n'est pas rejeté en bloc, puisque les organisations de la filière qui n'ont pas été associées à son élaboration admettent qu'il va plutôt dans le bon sens. Mais elles l'attaquent sur plusieurs de ses aspects. C'est d'abord la méthode de travail, avec le parti pris gouvernemental de ne traiter qu'avec les fédérations d'employeurs, qui est condamnée.
Les architectes, en particulier via le Conseil régional de l'ordre de Nouvelle-Aquitaine, avaient déjà fait savoir qu'ils tenaient à être associés à cette démarche. Et c'est bien le premier point pour lequel le bât blesse. Dans un communiqué commun rendu public ce mardi 7 avril la Fédération des élus des entreprises publiques locales (FEEPL), la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), la Fédération des sociétés immobilières et foncières (FSIF) et l'Union nationale des aménageurs (Unam) expriment ainsi un même sentiment.
"Nos organisations regrettent d'abord vivement que, malgré leurs propositions répétées de collaboration, elles n'aient pas été associées à l'élaboration de ce guide", observent tout d'abord les quatre signataires. Le Conseil national de l'ordre des architectes et l'Union nationale des syndicats français d'architectes (UNSFA), qui signent un texte commun à ce sujet, saluent "l'exercice délicat fait par l'OPPBTP d'élaborer un guide pratique pour des travaux en pleine crise sanitaire".
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De leur côté, les quatre organisations FEEPL, FPI, FSIF et Unam, qui confirment vouloir relancer l'activité du BTP le plus tôt possible, relèvent que "ce guide fournit utilement aux entreprises du BTP directement concernées des préconisations précises et particulièrement exigeantes sur l'organisation et le fonctionnement de leurs équipes sur les chantiers". Ensuite ces quatre organisations font valoir leurs critiques.
Avec en particulier cette remise en cause, centrale, qui accuse l'OPPBTP d'avoir outrepassé ses prérogatives.
Un recadrage très net qui conditionne toute l'intervention de ces quatre organisations. Car c'est bien dans ce cadre exclusif que vont se positionner élus et constructeurs.
Mais pas plus que les architectes, les responsables de ces quatre organisations ne sont là pour jeter le bébé de l'OPPBTP avec l'eau du bain.
Avant de confirmer une forte volonté d'être associés à la table des négociations, même si c'est dans un deuxième tour de table qui a de quoi vexer ces décideurs de l'acte de construire, dont certains ont quasiment un droit de vie et de mort sur les programmes de construction...
"Nos organisations participeront au « travail complémentaire » annoncé par l'Etat aux "autres intervenants d'un chantier", et suivront avec attention la rédaction d'une nouvelle ordonnance sur les relations contractuelles privées, en formant le vœu que ces deux ouvertures de l'Etat permettent de renouer un dialogue productif, au service de la reprise de l'activité dans des conditions optimales pour les salariés" concluent ainsi les quatre organisations.
Les architectes estiment de leur côté que l'excellent travail de l'OPPBTP n'est pas vraiment au niveau des enjeux du confinement.
A l'évidence la réponse n'est pas tout à fait positive, et les conditions même de l'utilisation du guide des bonnes pratiques sont posées.
Les architectes enfoncent ensuite le clou dans ce qui pourrait être l'échelle structurelle du risque dans la plupart des métiers du bâtiment, ainsi que sur la question du coût de revient additionnel que vont générer les mesures incluses dans le guide.
Au bout du compte les architectes, après avoir demandé que le comité scientifique se prononce sur l'absence de dangerosité des chantiers, reconnaissent que les règles édictées dans le guide pourraient débloquer la situation.
Ce qui n'a aucun rapport, comme on le comprend, avec la signature d'un chèque en blanc.
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Autant-dire que le "Guide de préconisations de sécurité sanitaire pour la continuité des activités de construction" va être soumis à une épreuve du feu sans concession lors de ses premières applications.
Jean-Philippe Déjean