LA TRIBUNE - Vous venez de publier un rapport pour enrayer la fabrique de la pauvreté en Nouvelle-Aquitaine. Quelle est la nature de la fracture socio-spatiale exprimée à travers les émeutes qui surviennent dans les quartiers depuis la mort de Nahel ?
Emmanuelle FOURNEYRON - Dans le rapport, on essaye de montrer le caractère beaucoup plus diffus, massif, protéiforme de la pauvreté et de la grande pauvreté. On travaille à l'échelle de notre région mais la plupart des constats s'appliquent au pays. Si on alerte là-dessus, en disant que la pauvreté touche plus du tiers de la population néo-aquitaine, soit 2,2 à 2,3 millions de personnes qui ont du mal à se projeter, à trouver leur place dans la société, à vivre dignement de leur travail ou à en trouver, et tout ça malgré les actions déjà menées, c'est bien parce que l'on sent que la société est en ébullition. On atteint un point où il faut trouver les voies de sortie et d'apaisement : ce n'est qu'en répondant à ces questions fondamentales que l'on pourra trouver une voie de sortie par le haut. On voit que la société est éruptive sous différentes formes. On a connu des mobilisations exceptionnelles sur les retraites, ce n'était pas du tout le même public, ni la même forme de mobilisation. Les Gilets jaunes c'était encore une autre forme. Mais je crois que le trait commun c'est quand même des messages sur la difficulté à vivre au quotidien.