Toulouse, le débat sur les finances de la Ville rebondit

Sophie Arutunian

Sophie Arutunian
La situation financière de la Ville de Toulouse, objet d'un débat houleux entre la majorité de Jean-Luc Moudenc (Les Républicains) et l'opposition menée par le PS Pierre Cohen, connaît un nouveau rebondissement. Ce vendredi, en conseil municipal, chacune des deux parties a repris à son compte une nouvelle pièce du dossier : le compte administratif 2014.
Ce document est le bilan financier de la collectivité. Il présente les résultats de l'exercice, et retrace ainsi l'intégralité des réalisations effectives en dépenses et en recettes.
Principal enseignement du document : en 2014, l'épargne brute de la collectivité s'établit à 28,8 millions d'euros, en baisse de 12 % par rapport à 2013. Pour autant, ce n'est pas la catastrophe attendue. Il est communément admis qu'une ville de la taille de Toulouse doit avoir un "matelas" d'environ 20 millions d'euros. Pour rappel, Jean-Luc Moudenc, qui accuse Pierre Cohen d'avoir "dilapidé l'épargne" de la Ville, a fait voter une augmentation des impôts de 15 % le 10 avril dernier.
"Ce compte administratif est la preuve flagrante que nous ne sommes pas en faillite. Jean-Luc Moudenc doit avouer la fin du scénario qu'il a mis en place depuis un an", affirme Pierre Cohen, ancien maire PS de Toulouse et conseiller municipal d'opposition. Pierre Lacaze, conseiller municipal PCF, va plus loin :
Pendant le conseil municipal, une manifestation réunissant plusieurs centaines de personnes est venue soutenir ces propos. "Aujourd'hui, les gens manifestent, mais ce sera pire à l'automne, quand ils paieront les impôts locaux et feront les chèques pour la cantine", s'alarme Pierre Lacaze, évoquant la hausse des tarifs des cantines scolaires.
--> Plusieurs centaines de manifestants ont protesté contre la politique de Jean-Luc Moudenc sous les fenêtres du Capitole ce vendredi 19 juin. Impôts, fermeture de TLT, politique éducative, hausse des tarifs : les revendications sont nombreuses.
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"C'est normal qu'il y ait des manifestations, répond Jean-Luc Moudenc. Les gens sont mécontents et moi aussi je suis mécontent car la situation financière de la ville n'a jamais été aussi catastrophique. Mais je ne me contente pas d'être mécontent. Je prends des dispositions désagréables, impopulaires, mais indispensables."
Sur le fond, Sacha Briand, adjoint en charge des Finances, répond catégoriquement :
"Si la situation n'est pas aussi catastrophique que prévu, c'est uniquement parce que nous avons mené une politique de recherche constante d'économies depuis que nous sommes arrivés au Capitole. Sans notre action, l'épargne était de - 3,4 %. Nous ne pouvons pas annuler la hausse des impôts. L'objectif prévu pour l'épargne en 2015 est de 40 millions d'euros. Si nous enlevons les 30 millions d'euros de recettes fiscales prévues, on tombe à 10 millions d'euros."
Devant la baisse des dotations de l'État, qu'aurait fait l'opposition si elle avait gagné les élections de 2014 ? Interrogé sur la stratégie qu'il aurait adopté s'il avait remporté le Capitole il y a un an, Pierre Cohen répond dans un premier temps qu'il n'a pas à fournir de stratégie, "car [il n'est] pas aux responsabilités". Néanmoins, l'ancien maire admet qu'il aurait peut-être également augmenté les impôts "mais de 4%, pas plus".
Selon le socialiste, derrière des mesures impopulaires prises en début de mandat, Jean-Luc Moudenc préparerait déjà le scrutin de 2020 :
"Oui, pourquoi pas la 3e ligne de métro, répond le maire de Toulouse. Nous ne constituons pas de l'épargne pour rien, mais pour investir. Ma priorité est de mettre en place notre projet."
Le débat sur le compte administratif rappelle en tous points celui qui a eu lieu en conseil municipal le 27 juin 2014 lors de la présentation par Sacha Briand d'un audit sur les finances de la ville : tout le monde est d'accord sur les chiffres mais personne ne les interprète de la même manière.
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L'épargne brute de la collectivité s'établit à 28,8 M€ (en baisse de 12 % par rapport à 2013). Elle est à son plus bas niveau depuis 2008.
L'emprunt atteint 55 M€. Il était de 15 M€ en 2013 et inexistant auparavant.
Le plan d'économies de la municipalité a permis de dégager 6,3 M€ d'économie. Il comprend pêle-mêle la réduction du recours au personnel saisonniers, la réduction des frais de Toulouse Plage, ou encore le report d'ouvertures de crèches.
Les recettes ont stagné en 2014 (+0,9 %) et les dépenses ont augmenté de 3,4 %. C'est ce que l'on appelle « l'effet ciseau ».
Sophie Arutunian