Se loger en France (4/10) : Strasbourg projette son deuxième quartier européen
Olivier Mirguet, à Strasbourg

Strasbourg, sobriété énergétique
Enedis
Olivier Mirguet, à Strasbourg

Strasbourg, sobriété énergétique
Enedis
L'inauguration en avril 2017 de la nouvelle ligne de tramway vers Kehl a constitué la première marque symbolique d'un attrait retrouvé de Strasbourg pour sa façade allemande. Après s'être accommodée pendant des décennies de ses glacis post-militaires et industriels sur les rives du Rhin, la ville s'attelle enfin à un projet majeur : reconquérir la façade est de son agglomération. L'enjeu, symbolique et de longue haleine, s'étalera sur deux décennies. « Il y aura deux quartiers européens : le quartier des deux Rives et celui des institutions européennes », observe Éric Chenderowsky, directeur de l'urbanisme et des territoires à la mairie et à l'Eurométropole.
« La ZAC des Deux Rives sera achevée dans les années 2030, quand la ville et le port auront cessé de se faire front », confirme Robert Herrmann, président (PS) de l'Eurométropole de Strasbourg. Inscrite sur 75 hectares, cette ZAC en chantier depuis 2015 prévoit 4.800 logements, soit 15.000 habitants auxquels s'ajouteront 5.000 emplois.
La ville allemande de Kehl (35.000 habitants), en voie d'être déclassée au rang de banlieue commerciale low cost, pourrait voir son blason redoré au terme d'opérations d'urbanisme prestigieuses. L'architecte allemand Jürgen Grossmann présente cette année au Mipim un projet de tour de grande envergure, un phare entre les Vosges et la Forêt-Noire. Sur la rive française, face à Kehl, le projet de la Cour des douanes vise à réhabiliter en logements un espace à l'abandon, hérité d'une période révolue qui a conféré à cette zone son caractère de transit frontalier. Sur 30.000 mètres carrés, face au Rhin, la clinique privée Rhena participe déjà, depuis 2017, au nouvel équilibre de l'offre de soins dans l'agglomération, centrée jusqu'alors à l'ouest (CHU de Hautepierre) et au centre-ville (Nouvel hôpital civil).
La reconquête des rives du Rhin traduit la volonté des élus locaux de ne pas laisser la ville s'étendre en périphérie, dans un espace contraint par l'environnement fragile de la plaine d'Alsace.
Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, confirme l'idée d'une ville compacte :
Restent à satisfaire les besoins de développement économique, autour d'une attractivité européenne difficilement soutenable par une collectivité de seulement 500.000 habitants.
Le quartier d'affaires européen, pari de l'actuelle municipalité, a connu un démarrage commercial fulgurant, presque inattendu. Les premiers ensembles de logements mis sur le marché par Bouygues ou Nexity ont été vendus en quelques jours, mi-2017, à des prix élevés à l'échelle strasbourgeoise : jusqu'à 5.500 euros le mètre carré. Rebaptisé Archipel, le quartier entre dans sa deuxième phase avec trois ans d'avance.
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Le pari d'attirer une extension du Parlement européen dans un immeuble de 45 000 mètres carrés, coup de poker des collectivités territoriales, est loin d'être gagné. Depuis une décennie, une écrasante majorité des parlementaires souhaite recentrer à Bruxelles l'ensemble des travaux de l'institution, et mettre un terme aux va-et-vient entre les deux capitales de l'Union européenne. Strasbourg reste sur la défensive.
L'autre écueil concerne l'accessibilité. Pour délester la circulation au centre de l'agglomération, traversée par une autoroute héritée des schémas d'aménagement des années 1970, les collectivités ont fait le choix d'un contournement autoroutier par l'ouest. Le lancement imminent de ce chantier permettra de déclasser l'actuelle autoroute en boulevard urbain, et d'opérer la couture qui fait défaut entre le centre-ville et les quartiers populaires à l'ouest.
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À l'international, le récent sursaut d'activité de l'aéroport d'Entzheim, dont le trafic est remonté à 1,2 million de passagers après une décennie de plongée liée à la concurrence du TGV, ne fait que masquer un manque criant de lignes vers les capitales européennes. Si Strasbourg veut maintenir son attractivité, elle devra se résoudre à travailler en réseau avec Francfort, Bâle-Mulhouse, voire Baden-Baden. « J'ai le sentiment que la multiplication des plateformes aéroportuaires dans le Rhin supérieur est une chance. Et je crois beaucoup au développement de l'aviation privée », ose reconnaître Robert Herrmann.
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