Les bonnes combines d'un constructeur de maisons pour déjouer la pénurie de bois

Le groupe AST, qui détient l'usine Pobi (Nièvre, 58), fabrique des maisons en ossatures bois. Le site de production a subi une augmentation de 20% de sa matière première et craint la future réglementation environnementale prévue pour janvier 2022. Diversité des sources d'approvisionnement, réorganisation, mécanisation, l'entreprise multiplie les initiatives pour répondre à une demande toujours dynamique.

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(Crédits : AST GROUPE)

« Notre principe n'est pas forcément d'acheter le bois à bas prix mais de préserver le pouvoir d'achat de nos clients », souligne Alain Tur, PDG d'AST groupe, qui se revendique troisième constructeur de maison individuelle en France, et l'un des leaders pour les bâtiments en ossature bois. Comme les acteurs de la filière, l'entreprise dont l'une des usines est basée dans la Nièvre (58) est confrontée à la pénurie de bois qui entraîne une hausse des coûts et des retards de fabrication. Mais le groupe a des idées pour contourner cette problématique et continuer à servir un marché toujours aussi dynamique.

L'attrait des Français pour la maison individuelle reste en effet fort, en particulier en Bourgogne-Franche-Comté. Selon une étude menée par l'Insee, l'habitat individuel dans cette région est légèrement plus développé qu'à l'échelle de la France de provinces : ici, 64 % des résidences principales sont des maisons contre 62 % en moyenne. « Nos clients ont une trentaine d'années et une capacité d'achat entre 220 000 et 250 000 euros », souligne Alain Tur.

Le convoyeur

Aussi avec la pénurie de bois, l'usine Pobi qui se fournissait exclusivement en bois français (50%) - dans une scierie à 50 km du site de transformation - et en Belgique (50%) a fait appel aux spécialistes en courtage pour trouver ce matériau de construction.  « Nous avons été obligé d'acheter du bois russe. Depuis le mois de septembre, l'approvisionnement devient toutefois moins compliqué et nous avons retrouvé nos fournisseurs historiques avec des prix qui sont restés à la hausse », explique Alain Tur.

Dans le métier depuis trente ans, le chef d'entreprise se décrit comme « un caméléon de la construction » grâce à sa capacité d'adaptation. Pour faire face à la crise, ce dernier a actionné d'autres leviers pour améliorer sa productivité. « Nous avons retravaillé nos process de manière à faire des économies sur nos prix de revient, en améliorant notre outil industriel », confie-t-il.

L'usine Pobi a aussi fait l'acquisition d'un nouveau bâtiment de 4.000 m2 pour assembler les modules à hauteur de 1,5 million d'euros. « L'objectif était de rendre le travail de l'ouvrier moins pénible, plus simple en organisation, avec une meilleure ergonomie, un meilleur approvisionnement sur la ligne de travail. Résultat : nous avons obtenu une meilleure productivité, sans augmenter la charge de travail des ouvriers », précise Alain Tur.

L'entreprise possède désormais une capacité de production qui permettrait de fabriquer une maison toutes les 100 minutes. L'usine Pobi s'étend sur 19.000m2 avec un process industriel quasi identique à l'industrie automobile. Ce sont environ 500 maisons qui sortent chaque année de ces ateliers en ossature bois.

Avant la crise, il fallait six semaines de délais pour fabriquer une maison le temps de l'intégrer dans la chaîne de compte.

« Aujourd'hui, les délais se sont allongés de 3 semaines à cause des approvisionnements qui sont moins réguliers et dans des proportions moins importantes mais notre temps de fabrication est resté le même », constate le chef d'entreprise.

L'assemblage en usine

 Une hausse du prix de revient liée à la RE 2020

Il ne s'agit pas que d'une crise de la pénurie de bois. Les prix ont augmenté partout, même dans les services. Pour 2021, les prix de vente de l'usine POBI ont augmenté de 9,5%. « Ce n'était jamais arrivé ! En général, nous restons autour de 2 à 3% », remarque Alain Tur. « Notre taille nous permet d'imposer des volumes à des fournisseurs pour entrer dans des négociations », explique le chef d'entreprise.

« Nous allons entrer en négociation pour 2022 mais cela risque d'être très dur. Les prix vont augmenter de manière considérable ! », pressent-il. L'exercice prochain ne s'annonce guère plus positif avec la mise en application de la réglementation environnementale 2020 pour le secteur du logement, à partir de janvier.

« D'un côté, nous serons obligés de renforcer les bâtiments en isolants, de l'autre d'évaluer le carbone consommé lors de la fabrication du matériau, sur la durée de vie durant 50 ans et sur la déconstruction du bâtiment », explique Alain Tur.

Autant de facteurs qui impacteront le prix de revient d'une maison en ossature bois l'année prochaine. Le professionnel l'estime d'ores et déjà à 5%.

L'objectif environnemental est ambitieux mais aucune aide n'est accordée - depuis la suppression du prête à taux zéro il y a trois ans - aux primaux accédant pour qui le premier achat devient de plus en plus difficile. « Lorsque nos clients achètent une maison, ce n'est pas juste un toit pour mettre à l'abri leur famille, c'est aussi un moyen de capitaliser. Ils sont 30 ans et empruntent sur 25 ans. Quand ils seront à la retraite, leurs revenus seront divisés par deux et le coût du logement aura été multiplié par deux ! C'est une catastrophe sociale qui se profile si on ne permet pas à ces jeunes d'accéder à la propriété », alerte Alain Tur.

L'usine Pobi réalise un chiffre d'affaire de 30 millions d'euros. Quant à AST groupe, il vend chaque année entre environ 2.500 maisons par an pour un chiffre d'affaires de 180 millions d'euros et 600 salariés.

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